La stabilisation en République centrafricaine.

Par Paul TEGDA

Samedi 1er novembre 2014 // L’Afrique

Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l’organisation des Nations-Unies (ONU), s’est félicité, du transfert d’autorité, le 15 septembre, entre la Mission internationale de soutien au Centrafrique sous conduite africaine (Misca) et la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations-Unies pour la stabilisation en République centrafricaine (Minusca). A ce jour, la Minusca compte 6.500 militaires, 1.000 policiers et une composante civile supplémentaire, qui sont en train de se déployer, progressivement, dans le pays. Cet effectif atteindra, l’année prochaine, un total de 10.000 militaires et 2.000 policiers autorisés par la résolution 2149 votée, le 10 avril 2014, par le Conseil de sécurité des Nations-Unies. La Minusca compte mettre la priorité, sur la protection des civils, le rétablissement de l’autorité de l’Etat, la promotion d’un accord politique et d’un processus favorisant la réconciliation nationale. Objectif : arriver à organiser les élections présidentielles et législatives inclusives, libres, justes et transparentes, en février 2015.

Cela dit, l’Autorité nationale des élections trouve que ce calendrier est intenable à cause du manque de moyens. Ses membres ne toucheraient pas leurs émoluments depuis des mois, tandis qu’une salle de conférence de la primature, leur servirait de bureau. Cette situation laisserait penser que la tenue des élections, en février prochain, n’est pas une priorité pour les autorités centrafricaines.

A vrai dire, on n’est pas très optimiste quand la présidente de la transition, Catherine Samba-Panza, milite, ouvertement, pour leur report. Elle se distingue, sur ce plan, de son prédécesseur, Michel Djotodia, qui avait hâte de les organiser afin de, vite, abandonner le pouvoir qui lui brûlait les doigts. Comment organiser des élections quand la moitié du pays est encore dans l’insécurité ? Quand l’état civil est, totalement, détruit et n’est pas, encore, reconstitué ? Quand l’administration n’est pas, encore, redéployée sur le terrain ? Quand les moyens financiers annoncés ne sont pas, encore, décaissés ? , s’interroge, à haute voix, Catherine Samba-Panza.

Comme elle l’a fort bien indiqué, pendant son discours prononcé, le 19 septembre 2014, devant le Brookings Institution, à Washington, le bilan de la crise centrafricaine est très lourd : plus de 2.000 personnes tuées, 12% de la population déplacée, 8% de personnes réfugiées dans les pays voisins, 2,5 millions de personnes, soit54% de la population totale ayant besoin d’assistance humanitaire, plus de 30% des infrastructures scolaires et sanitaires détruites, environ, 28.000 enfants touchés par la malnutrition aiguë sévère,7.000 enfants enrôlés dans des groupes armés, plus de 2.000 femmes victimes de viols et violences sexuelles, un phénomène de rejet communautaire sur des bases d’appartenance religieuse persistantes avec des assassinats traduisant, aujourd’hui, le refus de vivre ensemble, des poches d’insécurité persistantes dans la capitale et dans toutes les provinces avec des violences sur les populations, les moyens de fonctionnement de l’administration et les capacités de production du secteur privé anéantis, l’infiltration des terroristes, notamment, les terroristes sur le territoire centrafricain et la poursuite des exactions sur les populations par la LRA, constituant une menace pour la paix et la sécurité sous-régionale, régionale et internationale (fin de citation). Personne ne conteste que le Centrafrique soit au creux de la vague. Mais, est-ce, uniquement, pour cela, qu’on doit reporter les élections ? Même sous François Bozizé, le Centrafrique a-t-il jamais été un pays, électoralement, viable ? Les bandes armées, qui placent de larges portions du territoire sous leur contrôle, sont-elles une histoire qui a commencé avec la Séléka ? Le pouvoir central, depuis Ange-Félix Patassé, a-t-il jamais contrôlé le pays tout entier ?

En vérité, la situation en Centrafrique, ne peut être comparée à celle qui prévaut dans aucun autre pays de l’Afrique centrale. Les élections y étaient organisées alors que plus de la moitié du territoire échappait à l’autorité du pouvoir central. Cela n’ayant
choqué personne, hier, il ne faudrait pas qu’on prenne, cela, comme prétexte, aujourd’hui, pour retarder les élections. Car le Centrafrique est un Etat singulier, unique en son genre, en Afrique centrale. La présidentielle de 2010 fut organisée, dans des conditions, tellement, calamiteuses que l’opposition, jusqu’à l’éviction, de François Bozizé, par Michel Djotodia, ne lui reconnaissait pas la qualité de président démocratiquement élu.

Que faut-il faire ? Il est, hautement, souhaitable que ce soit le successeur de Catherine Samba-Panza, qui ait la tâche de s’atteler, sérieusement, à la reconstruction du Centrafrique, avec le bienveillant concours des Nations-Unies, déjà sur place, et de la communauté internationale. Le président issu du scrutin, de février 2015, aura, de toutes les façons, beaucoup plus de légitimité que François Bozizé 1, auteur d’un coup d’état militaire en mars 2003, et François Bozizé 2, juste parce qu’il n’aura pas été à la fois juge et partie, les élections se déroulant sous la supervision directe des Nations-Unies, même si toutes les conditions (on le sait) seront, loin, très loin même, d’avoir été réunies. Disons-le sans peur on fermera les yeux, comme on sait le faire, en Afrique. Mais, cette fois, ce sera pour la bonne cause : celle de permettre de relancer le Centrafrique, sans perdre le temps, de façon durable et définitive, sur de bonnes bases.

La priorité de la présidente de la transition, devrait se limiter, à vite, organiser le processus de réconciliation nationale, avant la fin de l’année, afin que la présidentielle de février 2015 (ne changeons pas cette date), se tienne dans un pays (à peu près) réconcilié. Le reste de la tâche, incombant au (futur) président élu qui aura la lourde responsabilité de reconstruire le pays.

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