DROIT DE REGARD : Par Catherine Nay.

La solitude de Bayrou

Lu dans : « Valeurs actuelles. »

Jeudi 19 avril 2012, par Catherine NAY // La France

Drapeau de FranceHollande a eu (son Bourget) Sarkozy (son Villepinte), Mélenchon, (sa Bastille) et Bayrou (son Zénith) : Lui qui moquait jusque-là ces onéreux barnums pour mieux les dénoncer a dû y souscrire à son tour.

Une campagne, ce sont des images. Il lui manquait le visuel d’une salle surchauffée agitant des drapeaux et l’acclamant. Voilà, c’est fait. A une échelle plus modeste que ses rivaux (6 500 personnes) mais, dimanche, il faisait si beau et son discours était si long (une heure trente-neuf)...

« C’est maintenant que la campagne commence », promet-il. Méthode Coué ? Car il doit d’urgence rebondir. Très loin derrière Nicolas Sarkozy et François Hollande, le voilà désormais dépassé par Marine Le Pen et par Jean-Luc Mélenchon. Le troisième homme de 2007, qui avait réuni plus de 18 % des voix, n’est plus que le cinquième homme (crédité de 11,5 % des suffrages), sondage Ipsos et Ifop dixit. Son capital confiance s’est délité.

A moins de quatre semaines du premier tour, le temps lui est compté. Comment s’y prendre pour créer l’élan et l’adhésion ? Ses commentaires sur les tueries de Toulouse et de Montauban, où il avait hâtivement établi un lien indirect entre le discours de Nicolas Sarkozy et le geste du criminel, ont été jugés par tous déplacés. En réalité, c’est son positionnement, ni gauche ni droite, le salut par le centre, qui ne marche pas. Il y a un grand paradoxe Bayrou : il dit des choses intéressantes, ses analyses sont pertinentes, encore que peu assorties de remèdes, au hit-parade, il est le plus populaire, les Français lui reconnaissent même une stature présidentielle, mais ils ne croient pas à son utilité électorale.

En France, il n’y a pas de première place hors de la confrontation droite-gauche. On le sait depuis Jean Lecanuet.

Depuis 1965, rien n’a changé. Le rôle du centre est d’être l’appoint d’une majorité François Bayrou est fondamentalement un homme de droite. Pour avoir refusé de rallier Sarkozy il y a cinq ans, hormis une chiche poignée de fidèles, ses amis du centre l’ont abandonné pour former un groupe à l’Assemblée nationale dont il n’est plus le chef, lui campant dans un splendide isolement en haut de l’Hémicycle. Un positionnement orgueilleux mais vain. « Mitterrand a été élu à la troisième tentative, Chirac aussi. C’est mon tour », plaide-t-il souvent, oubliant que ces deux-là étaient portés par un parti puissant avec des relais sur tout le territoire.

En 2007, il avait refusé de prendre la main que Ségolène Royal lui tendait. Ils avaient même débattu entre les deux tours de la présidentielle, façon pour lui de prolonger la campagne et d’attirer à lui la lumière. Que va-t-il faire au lendemain du 22 avril ? Son refus de choisir aura-t-il encore un sens ? Être un faiseur de roi se monnaye cher. Pendant cinq ans, le candidat du MoDem a misé sur l’effondrement de Nicolas Sarkozy qu’il exècre. Il espérait même qu’il ne se représenterait pas. Il s’est trompé. Mais pourra-t-il le rallier après en avoir dit tant de mal ? Ce serait se vendre pour un plat de lentilles. Mais s’il choisit Hollande, il n’est pas sûr de récupérer son siège de parlementaire. Une partie de ses électeurs le lâcheront. A quoi songe Bayrou devant sa glace lorsqu’il se rase le matin ? On aimerait le savoir.

Valeurs actuelles 29 mars 2012

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