La société de la triche.

Mercredi 19 septembre 2012 // La France

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Drapeau de FranceLe grand public a été surpris d’apprendre que Lance Armstrong se retrouvait dépossédé de ses sept victoires dans le Tour de France et radié à vie du cyclisme professionnel. En même temps, sa fondation Livestrong, aidant ceux qui luttent contre un cancer, a enregistré aux Etats-Unis une quantité record de dons : pour la seule journée du vendredi 24 août, elle a reçu 25 fois plus qu’un jour normal. On sait également que ses sponsors lui ont réaffirmé, à l’instar de Nike, son équipementier -depuis 1996, leur total soutien. Comme quoi le phénomène de la triche a lui aussi acquis un aspect mondial dépassant de loin les frontières hexagonales.

La réelle utilité de la fondation présidée par Lance Armstrong montre d’ailleurs l’aspect compliqué de ces situations. Il en est de même avec ce qu’a représenté Jean-Luc Delarue, qui avait maille à partir avec la justice non seulement pour son addiction à certains stupéfiants, mais aussi pour ne pas avoir fait bénéficier ses salariés en cdd des mêmes avantages que ceux embauchés avec un cdi et pour avoir manifesté, dans un avion de ligne, un maintien « agressif et injurieux à l’encontre du personnel navigant et des passagers » ; cela ne l’a pas empêché de lancer aussi une fondation et d’entreprendre un tour de France pour contribuer à la lutte contre les drogues.

Si les hommes s’avèrent complexes, il n’en demeure pas moins que les faits avérés entraînent l’intervention de la justice et qu’il existe des comportements répréhensibles. Mais le brouillard moral dans lequel vit notre société les dissout, met tout surie même plan et se réfugie derrière des faux-semblants et des appellations lénifiantes. Ce dégoulinage de pseudo-bons sentiments vient d’ailleurs encore de se manifester dans les hommages évidemment unanimes rendus à Jean-Luc Delarue.

On a ainsi trop souvent l’impression que ta conduite idéale consiste, comme pour les automobilistes, à savoir échapper à la sanction : « pas vu, pas pris » semble être devenu la norme de ta vie quotidienne. Le microcosme qui façonne l’actualité pratique à merveille l’omerta, cette loi du silence qui amène à ne pas aborder certains sujets. L’affaire DSK en a été, l’an passé, l’éclatante illustration : on savait, mais on n’en parlait pas et les bonnes raisons ne manquent jamais pour justifier cette attftude à la limite de la compromission. Les philosophes expliqueraient que les choses n’existent pas tant qu’on ne les dit pas, n’accédant à la réalité qu’une fois connues.

On peut aussi se demander s’il ne s’agit pas de la même pratique en politique lorsque sont annoncées des mesures dont il est pourtant évident non seulement qu’elles ne serviront à-rien mais qu’elles aggraveront les problèmes. Certes, à court terme, tout le monde est content d’une mini-réduction de la taxe sur le pétrole, de l’embauche de 150.000 jeunes ou de la création de nouveaux emplois de fonctionnaires. Mais demain, comment l’Etat financera-t-il ces mesures ? Or, l’Etat, c’est chacun de nous, par ses impôts. Il ne restera donc alors plus qu’à tricher...

MÉLENCHON, L’OPPOSANT

C’est officiel : selon un sondage « OpinionWay » réalisé pour le quotidien « Le Fi- garo », Jean-Luc Mélenchon est considéré par 15% des Français comme le meilleur opposant à François Hollande pour le mois de juillet, devant Nicolas Sarkozy (11%) et, à égalité, François Fillon et Marine Le Pen (10%).

Bien sûr, on peut considérer un tel sondage comme un non-événement. Tout y incite, à commencer par la relative modestie des chiffres. Que la droite, sonnée par sa défaite, n’ait pas encore trouvé ses marques n’a rien de bien étonnant : I’UMP a encore du mai à comprendre qu’il y a une vie après Nicolas Sarkozy. Tout ce qu’il souligne est l’activisme du président du Front de Gauche.

Là est sans doute la mauvaise nouvelle pour François Hollande et son équipe. Le nouveau président voit émerger une opposition irréconciliable à gauche, là où il ne l’attendait pas, ou du moins pas si vite. L’apparition de cette opposition risque de renforcer, au sein même du PS l’ensemble de ceux qui estiment que le gouvernement ne va pas assez vite et surtout qu’il est en train de décevoir l’électorat.

Cela tombe d’autant plus mal que l’unanimité affichée lors de l’université d’été de La Rochelle n’a pas levé toutes les hypothèques, parmi lesquelles la plus redoutable : celle du Traité budgétaire européen. Déjà, des socialistes comme Marie-Noelle Lienermann ou Razzy Hammadi ont fait savoir qu’ils ne voteraient pas la ratification.

Dans un tel contexte, l’appel au référendum lancé par Jean-Luc Mélenchon peut paraître bien séduisant pour l’aile gauche des socialistes.

Mais la menace que constitue Jean-Luc Mélenchon pour la cohésion de la majorité doit être relativisée. Il est fort improbable que l’opposition du Front de Gauche puisse peser assez pour infléchir l’action du gouvernement. Et puis il y a la personnalité même de « Méluche », ses propos souvent outranciers, sans parler de ses vacances, pour le moins contestables, chez le très ambigu et très autoritaire leader vénézuélien Hugo Chavez. Ce n’est pas un hasard si le Parti de Gauche a enregistré récemment la défection de Franck Pupunat, l’un de ses collaborateurs.

Aujourd’hui, Jean-Luc Mélenchon est sans doute le premier opposant à François Hollande. Est-il le plus dangereux ? Cela reste à prouver.

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