La révolte qui gronde.

Vendredi 14 février 2014 // La France


www.innovation-democratique.org
https://twitter.com/PVaurs

La poudrière - À mesure que se creuse la fracture entre le peuple et les élites, que les Français se "droitisent" et que leur pouvoir se "gauchise", qu’ils s’expriment dans des révoltes souterraines et que le gouvernement les écrase de son mépris, une vérité s’impose, incontestable : jamais les Français n’ont été aussi révoltés contre leur classe dirigeante. Et la colère monte...

Dossier coordonné par Arnaud Folch

C’est un rendez-vous prisé des observateurs de la vie politique, particulièrement de ceux qui refusent d’ignorer cette colère qui monte au sein du peuple français. Chaque année, l’institut Opinion Way publie, en partenariat avec le centre de recherche politique de Sciences Po, le Cevipof, une grande enquête intitulée Baromètre de la confiance politique. En fait de confiance, cette étude révèle depuis plusieurs années l’incroyable défiance des Français vis-à-vis de leurs élites. Enrichissante, cette batterie de sondages l’est aussi en ce qu’elle révèle la vague de fond de l’opinion, communément nommée par les experts "droitisation de la société".

C’est le journal le Monde qui a pris l’habitude de publier dans ses colonnes les résultats de cette enquête, insistant chaque année davantage sur le "pessimisme" et la "morosité" des Français. Pourtant, cette année, l’enquête, commanditée par le Conseil économique, social et environnemental, est moins relayée dans la presse que par le passé. On évoque toutefois le même "pessimisme" que les années précédentes, la même "lassitude", le même sentiment de "défiance" vis-à-vis des institutions. Difficile, pourtant, de se procurer lés résultats intégraux de cette étude. L’enquête n’a été dévoilée que partiellement le 13 janvier. Sur les sites du Cevipof et d’Opinion Way, ne figurent que 41 de ses 84 pages. Volonté de cacher certains résultats ou simple volonté du client, le Cese, de les garder pour son usage exclusif ? Ces résultats "oubliés", que Valeurs actuelles s’est procurés, sont éloquents. On y apprend, par exemple, que 50 % des Français souhaitent que la France ait "à sa tête un homme fort qui n’a pas à se préoccuper du Parlement ni des élections", que 75 % des Français interrogés n’ont "pas confiance en l’État pour résoudre les problèmes du pays", que 69 %jugent que "la démocratie ne fonctionne pas bien" (en hausse de 15 points en un an), et que 75 % d’entre eux se disent "fiers d’être français" !

Les résultats publiés sont, eux aussi, enrichissants. Les sondés sont en quête d’autorité, de repères, de valeurs, ulcérés par la chape de plomb du politiquement correct (67 % affirment qu’il y a "trop d’immigrés en France", phrase qu’on ne peut imaginer prononcer sur un plateau de télévision) et profondément détournés des partis politiques traditionnels 88% disent "ne pas leur faire confiance". Tous ces chiffres révèlent une France en passe d’exploser.

En réponse à ce ras-le-bol généralisé, qu’offre donc le système politicomédiatique, sinon de balayer d’un revers de main toutes ces préoccupations ? La meilleure illustration, s’il en fallait une, de cette faille historique entre le peuple et sa représentation : lors de la conférence de presse de Hollande, pourtant plus que décrié (87%) des Français jugent, au bout de vingt mois de mandat, qu’il "n’a pas l’étoffe d’un président de la République", éditorialistes, journalistes et politiques jusqu’à certains de droite ! - ont ajouté leur coup d’encensoir au concert de louanges...

« Cette enquête du Cevipof confirme de manière définitive, pour ceux qui en doutaient encore, la victoire idéologique de la droite, jubile Guillaume Peltier, chef de file de la Droite forte et fin connaisseur des sondages. Jamais à ce point le peuple français n’a attendu la révolution idéologique et programmatique de ses élites. Si cette prise de conscience ne se produit pas, alors le peuple se substituera aux élites. »

Grâce à ses deux meetings par semaine, Peltier se fait fort de faire de remonter à Paris les aspirations de cette "France d’en bas" qu’il voit étouffer comme sous le couvercle d’une Cocotte-Minute : « Il y a cinquante ans, droite et gauche se sont réunies autour d’une table pour ce que j’appelle un "Yalta des élites", poursuit Peltier.

La droite a dit : "Laissez-nous l’économie, la gestion et le pouvoir politique."La gauche a accepté, à condition d’avoir les médias et le pouvoir intellectuel. Le résultat ? Il y a eu Mai 68, mai 1981 et mai 2012. La gauche a su mener des victoires idéologiques avant de remporter des victoires politiques. Or, jamais le peuple français n’a été à ce point dans une complicité intellectuelle et idéologique avec la vraie droite ! »

Difficile de lui opposer des faits : en une décennie, les tabous qui verrouillaient le corpus doctrinal de la droite ont sauté un à un. Le mythe de l’Europe fédérale est mort dans les urnes en mai 2005, quand près de 55 % des Français ont, contre tous les pronostics, refusé le projet de Constitution européenne.

La crise de 2008 est venue sonner le glas de la mondialisation heureuse et du capitalisme roi. Quant à l’immigration, prétendue chance pour la France, la réalité du quotidien, si bien décrite par Laurent Obertone dans la France Orange mécanique, la condamne. Membre du Conseil économique, social et environnemental, commanditaire de l’enquête du Cevipof, Annick du Roscoàt tire aussi des leçons définitives de cette enquête : « Il y a un ras-le-bol général et ça gronde dans tous les coins, fulmine-t-elle, encore furieuse que son institution ait refusé de prendre en compte, il y a moins d’un an, les 700 000 signatures de la pétition contre le "mariage pour tous". Des gens qui ne bougeaient pas avant sont aujourd’hui décidés à descendre dans la rue ! »

Les 26 janvier et 2 février, les opposants en tout genre à François Hollande battront le pavé pour des motifs variés. Nul ne sait s’ils seront nombreux, mais la culture de la rue gagne un peuple de droite plus que jamais révolté par les dénis de démocratie auxquels il assiste. Cette révolte s’exprimera-t-elle par des moyens légaux ? Les élections législatives partielles de l’Oise et de Villeneuve-sur-Lot, suivies de la cantonale de Brignoles, ont vu la gauche balayée au premier tour et un candidat du Front national défiant un UMP au second…

Jean-François Copé, lui, doit jouer à l’équilibriste : comme il le confirme dans nos colonnes, ce n’est qu’avec un programme rénové en profondeur pour répondre aux attentes des Français que l’UMP pourra catalyser cette colère. Pour l’heure, rien ne dit qu’il gagnera son pari : les pétitions se multiplient ; en septembre, un million de personnes ont apporté leur soutien au bijoutier de Nice qui avait abattu son braqueur ; la semaine passée, les "bonnets rouges" ont brûlé un nouveau portique écotaxe en Bretagne et la colère, exacerbée par les deux poids, deux mesures systématiques du gouvernement, n’en finit pas de monter...

Les Veilleurs opposés au "mariage pour tous" sont traqués par la police quand la chef des Femen, qui profanent des églises, bénéficie du statut de réfugiée politique. Après des semaines de diversion sur 1"affaire Dieudonné", le jour de la Marche pour la vie, le militant anti-Hollande David Van Hemeylrick a été arrêté alors qu’il allait gonfler un ballon dirigeable frappé de l’inscription "Hollande dégage !", au motif que son ballon ressemblait à... une quenelle ! Le jeune militant a été placé en garde à vue pour "incitation à la haine raciale"... À en croire Guillaume Peltier, tôt ou tard, la pression sera trop forte pour que le couvercle de la Cocotte-Minute la supporte : « Ce Yalta des élites est en train d’exploser sous la pression populaire. »

Répondre à cet article