La revanche de la gauche Kleenex.

Jeudi 13 novembre 2014 // La France

Les ex se rebiffent. Ils ont été ministres, conseillers de François Hollande avant d’être éconduits comme l’ancienne compagne. Désormais, plus rien ne les arrête. La guerre des roses est déclarée.

Où s’arrêteront-ils ? Jusqu’à présent, les ex-ministres répandaient leur fiel et leur rancœur de manière discrète. Un confidentiel par-ci dans un quotidien, un écho par-là dans un hebdomadaire. Une interview mi- figue mi-raisin. Rien qui puisse définitivement les compromettre et les tenir éloignés trop longtemps du palais de l’Élysée. Une critique acerbe leur était attribuée dans un journal qu’ils s’empressaient de démentir. « Sait-on jamais ?, disaient- ils à mots couverts. Demain le vent peut tourner. » Un prochain remaniement. Une nouvelle victoire à la présidentielle. Le chef de l’État pourrait bien avoir besoin d’hommes et de femmes d’expérience. Si bien qu’instruits des leçons de l’histoire, ces anciens ministres, ces ex-secrétaires d’État retournés à l’anonymat, avançaient masqués pour ne pas compromettre leur avenir. Ils vivaient leur disgrâce avec la dignité d’une veuve qui ne verse pas de larmes.

Mais avec François Hollande, tout se passe comme si plus aucun ministre éconduit ne se faisait d’illusion. Les ex ne vivent plus sous l’empire de la crainte du président et de ses représailles. Ils n’ont pas peur d’un président de la République qu’ils méprisent et qui ne sera pas, selon eux, en mesure de se représenter, devant les Français, en 2017. Alors ils parlent. Ils écrivent au grand jour quand leurs prédécesseurs se contentaient de placards et de libelles anonymes.

Désormais, chez les socialistes, la vengeance est un plat qui se mange chaud.

Le temps est à la revanche immédiate, signe que le pouvoir chancelle et qu’il a déjà partiellement abandonné l’Élysée. Les haines s’étalent au grand jour. C’est le grand déballage permanent. La guerre des roses se livre sur la place publique. L’opposition en est réduite à compter les points, battue à plate couture sur le créneau du Hollande bashing.

Un exemple ? Jean-Marc Ayrault n’était pas même remplacé par Manuel Valls à Matignon que certains ministres à peine débarqués livraient déjà de François Hollande un portrait assassin. Le Nouvel Observateur, dès le 15 mai, donnait la parole à ces ex, éjectés sans ménagement. À commencer par Hélène Conway-Mouret, ancienne (et obscure) ministre déléguée chargée des Français de l’étranger, qui allait donner le ton et ouvrir le balltrap. François Hollande, affirme- t-elle, « vous prend quand il a besoin de vous puis vous jette quand vous ne lui êtes plus utile ». C’est « quelqu’un, poursuit la ministre, qui vous donne de grandes leçons de morale et qui est pourtant loin d’être exemplaire ». L’article a fait grand bruit, ce n’était qu’un début. Un amuse-gueule.

Depuis, ce qui n’était qu’une aimable partie de chamboule-tout vire au jeu de massacre. Pis, le président doit faire face à des attaques continues. « Les emmerdes, ça vole toujours en escadrille », affirmait en connaisseur Jacques Chirac. Rien n’est plus vrai pour François Hollande. Hier, Cécile Duflot, Pascal Canfin, Valérie Trierweiler, avant que la prose acide de Delphine Batho s’étale demain dans toutes les librairies (Insoumise, Grasset, sortie le 15 octobre) et que survienne, dans quelque temps, la vengeance d’Aquilino Morelle, la gauche règle ses comptes à coups de livres qui sont autant de petites bombes à fragmentation dont le président n’a pas fini de mesurer tous les effets dévastateurs. À commencer par la révélation de son mépris pour les "sans-dents", évoquée dans l’ouvrage de l’ex-compagne du président.

Même Michèle Delaunay, l’ancienne ministre déléguée chargée des Personnes âgées, pourtant volontiers caustique, mais jamais méchante, ne s’est pas privée de critiquer sur son blog tous ceux parmi ses anciens collègues qui se sont toujours contentés de « faire carrière sans mettre un pied dans la vraie vie ». Celle qui fut cancérologue ne visait pas seulement ses collègues, mais aussi (et surtout) le président.

Plus vacharde, Cécile Duflot, qui, en quittant le gouvernement, a recouvré sa liberté de parole de militante écolo, elle qui se disait obligée de porter une « muselière » écrit que « faute d’avoir voulu être un président de gauche, il n’a jamais trouvé ni sa base sociale ni ses soutiens. À force d’avoir voulu être le président de tous, il n’a su, être le président de personne ». D’autres, à droite, l’avaient dit avant elle, mais sans trouver autant d’écho dans l’opinion publique. Avec tous les déçus du hollandisme, chaque balle tirée semble désormais faire mouche et fragiliser le pouvoir élyséen.

François Hollande est chaque jour davantage enterré par les siens.

Aquilino Morelle, qui a été, pendant deux ans, le conseiller spécial du président à l’Élysée avant d’être débarqué en vingt-quatre heures du Palais, le traite aujourd’hui publiquement d’enfoiré ». Si « Valérie Trierweiler est une grenade dégoupillée, je suis comme un missile nucléaire sur une rampe de lancement », confie-t-il désormais à la journaliste Caroline Roux, d’Europe 1. Et pour cause, il raconte comment le président, dont il avait partagé les petits secrets et les grandes misères, se révèle d’une profonde ingratitude. A une autre journaliste, Sophie Des Deserts, l’ex-plume du président raconte la réaction de François Hollande lorsqu’il a déposé sur le bureau du chef de l’État le numéro de closer qui le montrait casqué rue du Cirque. « J’ai vu François nu, plus bas que terre, je l’ai ramassé la petite cuillère. Peu à peu, il s’est relevé. Alors, il n’a plus supporté mon regard. »

C’est comme si, l’un après l’autre, les ex du président, ministres, conseillers ou maîtresse découvraient la vraie nature de François Hollande. Denis Jeambar, dans le documentaire qu’il avait consacré au candidat socialiste (François Hollande, comment devenir président ?), avait, pendant la campagne, interrogé François Hollande sur la nécessité de l’ingratitude. Dans une scène qui finalement n’avait pas été retenue au montage, le futur président avait théorisé pendant de longues minutes « sur ce devoir d’ingratitude ». Il était « d’une froideur glaçante », raconte aujourd’hui l’ancien patron de l’Express, qui venait de mettre au jour un aspect de l’homme que personne ne lui connaissait à ce moment-là. Comme si tout était déjà écrit dès avant l’élection présidentielle de 2012 : du cynisme de François Hollande à la revanche de la "gauche Kleenex" ; de la victoire de la gauche à son autodestruction.

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