La rentière du malheur.

Vendredi 23 mars 2012, par Bertrand RENOUVIN // La France

Drapeau de FranceEn octobre dernier, Gaël Brustier appelait au combat qui permettrait « d’en finir une bonne fois avec cette famille de rentiers du malheur que sont les Le Pen » (1). Bien vu ! La rente du capital familial permet de nourrir une ambition politique qui gonfle en même temps que les malheurs de la nation. De père en fille, la stratégie est la même : jouer le rôle du tribun de la plèbe. Le père voulait simplement jouir de la peur qu’il inspirait aux bourgeois de droite et de gauche mais ne désirait pas le pouvoir. La fille veut participer à un gouvernement dans quelques années sans rien renier de ses convictions nationalistes. La différence entre Jean-Marie et Marine, c’est que l’héritière a renoncé aux provocations verbales, pris ses distances avec le libéralisme économique et déployé un grand nombre de parapluies.

Marine Le Pen s’avance couverte de citations et parsème ses discours de solides références. Il y a du Paul Valéry, du Karl Polanyi, du Maurice Allais, du Marcel Gauchet... On invoque Emmanuel Todd, Jacques Sapir, Jean-Luc Gréau... Lectures considérables ! Volant d’un auteur à l’autre, sautant des pages, elle a ’saisi le lien entre les thèses des économistes hétérodoxes et le patriotisme français et vu tout le parti qu’elle pourrait tirer du thème protectionniste et du rejet de l’euro, associés à une condamnation des élites. Il y a un an (2), voulant saisir la plus infime chance d’évolution, j’avais souhaité qu’on laisse Marine Le Pen exposer complètement son programme et qu’on le prenne au sérieux. C’est fait. Sous l’apparence d’une proximité avec des oeuvres majeures, perce une classique manoeuvre de récupération et de manipulation. Si l’on reprend une thèse, il faut accepter sa cohérence interne ou dire ce que l’on rejette. Si l’on cite un auteur, il faut avoir l’honnêteté intellectuelle d’indiquer les points de désaccord. Marine Le Pen n’a pas cette honnêteté. Elle brandit sa panoplie de références pour enjoliver sa propagande extrémiste et lier dans un même programme nationaliste le protectionnisme et la xénophobie, la laïcité et la dénonciation de l’islam. Cette recherche d’une efficacité électorale maximale conduit à sacrifier la tradition française, l’intérêt national et les principes fondamentaux de la République.

Le droit du sol est inscrit dans la tradition juridique française depuis 1515. C’est le droit d’une France francisante, soucieuse d’associer toujours plus de citoyens à son projet historique. Le Front national veut supprimer ce droit au nom d’une conception ethnique de la nationalité qui assignerait définitivement l’étranger à son statut, avant qu’on trouve le moyen de l’expulser. Cet attentat contre la tradition républicaine serait facteur de violents affrontements politiques, d’insécurité sociale et d’affaiblissement démographique. Tant que Marine Le Pen ne se prononcera pas pour l’inscription du droit du sol à l’article 1 de la Constitution, nous combattrons.

La préférence nationale est une illusion qui provoquerait le développement du travail clandestin comme l’a montré Jacques Sapir, que Marine Le Pen aime tant citer. Tant qu’elle ne renoncera pas à cette prétendue « priorité nationale », nous la combattrons.

La laïcité invoquée par le Front national ne sert qu’à l’ offensive contre les musulmans. Tant que Marine Le Pen ne respectera pas la loi de 1905, conçue et appliquée dans un souci d’apaisement, nous la combattrons.

Le nationalisme ethnique est facteur de division et de haine dans notre peuple que Marine Le Pen dit vouloir protéger. La xénophobie est compatible - Sarkozy l’a démontré - avec les intérêts de la droite oligarchique qui redoute plus que tout le durcissement de la lutte de classe. Les partisans de la protection économique et de la sortie de l’euro démontrent les faiblesses des propositions de Marine Le Pen, et la récusent (3). Vouloir la guerre ethno-culturelle, c’est nier radicalement le souci politique et la possibilité, pour la France, de jouer un rôle majeur dans les affaires du monde.

(1) Cf. sa tribune : http://www.marianne2. fr/Marine-Le-Pen-vote-Montebourg-la-strategie-des-Possedees-de-Louduna211378.html
(2) Voir l’éditorial n° 984 : « Une femme du XXIe siècle ».
(3) Cf. Jacques Nikonoff, La confrontation, Argumentaire anti-FN, Le Temps des Cerises, 2012, prix franco : 10€.

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