La réforme n’est pas un but en soi.

L’urgent c’est de réformer.

Vendredi 14 novembre 2014, par Yves de Kerdrel // La France

C’est le seul moyen de renouer avec la croissance, de libérer nos entreprises et surtout de redonner du travail à un million de Français.

Quel citoyen français n’a pas eu honte, au cours des deux semaines écoulées, en voyant le lamentable spectacle de la grève des pilotes d’Air France ? Qui d’entre nous n’a pas eu le cœur serré devoir l’image de la France écornée parce que quelques pilotes payés 168000 euros par an ont décidé que rien ne devait changer au sein de leur compagnie ? Quel compatriote ne s’est pas dit : si même les Français les plus ouverts sur le reste du monde bloquent tout projet de réforme, alors notre pays ne peut qu’aller dans le mur ? Cette grève de notre transporteur aérien national n’est pas seulement une honte. Elle est aussi un symptôme de ce mai français qui consiste à croire que c’est le monde qui doit s’adapter à notre modèle et non l’inverse. Un symptôme largement entretenu par les politiques qui ont lâché en rase campagne Alexandre de juniac, le courageux président d’Air France-KLM.

D’un côté, les rapports se multiplient sur le bureau du chef de l’État et du premier ministre sur la manière d’accompagner le changement pour que la France reste dans le peloton de tête des économies mondiales d’ici à 2020. D’un autre côté, dès qu’une réforme est mise en oeuvre, le gouvernement a tellement peur de son ombre qu’il renforce par ses déclarations absurdes le noyau dur de ces privilégiés qui cassent la France. Qu’ils soient pilotes d’Air France, cheminots, dockers, marins de la SNCM, aiguilleurs du ciel, et j’en oublie malheureusement beaucoup, tous portent une responsabilité énorme dans l’immobilisme qui frappe notre pays, dans la pusillanimité qui inhibe nos politiques et dans la conviction largement partagée par certains de nos concitoyens que la France n’a pas besoin d’être réformée.

Le rapport présenté la semaine passée par le Medef, avec une quarantaine de mesures précises, montre bien que la réforme n’est pas un but en soi. C’est le seul moyen de remettre notre pays sur le chemin de la croissance, de libérer nos entreprises et surtout de redonner du travail à plus d’un million de Français. Comme l’a dit Nicolas Sarkozy à Lambersart lors de son premier meeting depuis la présidentielle de 2012 : « Tout devra être revu de fond en comble. Il ne s’agit pas d’imiter les autres. Il s’agit encore moins de nous renier. Il s’agit de s’adapter pour retrouver les voies du génie français. » Bien sûr, tout cela est facile à dire de la part d’un ancien président qui a peu réformé lorsqu’il était au pouvoir. Idem pour François Fillon dont l’attrayant programme de rupture serait plus crédible s’il avait eu la volonté de le mettre en oeuvre pendant les cinq années qu’il a passées à Matignon. Et même motif, même punition pour Alain Juppé, dont les tentatives de réforme ont paralysé le pays, en leur temps, pendant plus d’un mois.

Comme le montre Xavier Fontanet dans son excellent livre Pourquoi pas nous ?, il y a un certain nombre de conditions pour que des réformes soient acceptées et portent leurs fruits. D’abord, il faut que les Français comprennent qu’il n’y a pas d’autre solution. Et après le mandat de François Hollande, le pays sera dans un tel état de délabrement que tout sera mûr pour une vraie prise de conscience, comme celle qui est intervenue entre 1958 et 1962. Ensuite, il faut que chacun de nous soit associé à ces réformes. C’est de cette manière que David Cameron a remis le Royaume-Uni sur les rails. Dès son arrivée au pouvoir, il a ouvert dans chaque mairie un cahier de doléances de manière à ce que tout Britannique puisse apporter ses idées. Car la réforme relève davantage du bon sens partagé que des cours professés à l’Ena. Enfin, il faut faire maigrir l’État. Non pas en coupant dans les budgets comme un bûcheron avec sa hache, mais en renversant les données du problème, en demandant aux Français quelles missions l’État doit continuer d’assumer et lesquelles il doit abandonner, privatiser ou mutualiser.

Il reste que n’importe qui ne peut pas réformer. Il y a ceux qui prennent peur à l’annonce du premier préavis de grève, comme nos dirigeants actuels.

Et ceux qui, comme le général de Gaulle en 1958, ont su faire comprendre aux Français la nécessité de reconstruire le pays. Celui qui devra réformer la France dans deux ans et demi - ou plus tôt si possible - devra avoir en tête ce que Turgot écrivait à Louis XVI juste après avoir été nommé pour remettre de l’ordre dans les comptes du royaume : « J’ai prévu que je serais seul à combattre contre [ ... ] la foule des préjugés qui s’opposent à toute réforme, et qui sont un moyen si puissant dans les mains des gens intéressés à éterniser le désordre. » Depuis cette lettre écrite en août 1774, rien n’a changé. Ce qui montre l’immense difficulté de ce défi.

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