Mediapart

La récession Hollande.

Par Laurent Mauduit.

Vendredi 24 mai 2013 // La France

C’est la désespérante chronique d’une récession qui a été mille fois annoncée et que le gouvernement n’a pas voulu conjurer ! Selon les chiffres rendus publics ce mercredi 15 mai par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee), la France est entrée officiellement en récession. Et c’est tout sauf une surprise : car c’est assurément la conséquence de l’environnement européen dépressif dans lequel la France est plongée, mais c’est tout autant celle d’une politique économique voulue par les dirigeants socialistes qui, loin d’amortir le choc, l’a amplifié. Il faut donc qualifier les choses pour ce qu’elles sont : la récession dans laquelle la France est entrée, c’est sans conteste… la récession Hollande.

Examinons d’abord les chiffres : à l’évidence, ils sont très inquiétants. Alors que la France est dans une situation économique proche de la croissance zéro depuis près de deux ans, les comptes nationaux trimestriels publiés ce mercredi par l’Insee (on peut les consulter ici dans leur version intégrale) font apparaître que le produit intérieur brut (PIB – en clair, la richesse nationale) a baissé de –0,2 % au dernier trimestre de 2012 puis à nouveau de –0,2 % au premier trimestre de 2013. Or, par convention, un pays est en récession dès que son activité est en recul pendant au moins deux trimestres consécutifs. Ce qui est donc désormais le cas de la France.

Au gouvernement, on essaie de relativiser les choses, en arguant qu’il ne s’agit que d’une récession « technique ». Ce qui n’a strictement aucun sens. Un pays est en récession ou ne l’est pas. Et dans le cas de la France, il n’y a donc plus de doute : l’activité recule. Et selon l’avis de la plupart des experts, les précautions sémantiques de Bercy sont d’autant plus déplacées qu’il y a fort à parier que ces tendances très inquiétantes se prolongent et qu’en réalité la France soit en récession une bonne partie de l’année 2013.

Il n’y a en effet plus guère que le ministère des finances pour espérer que la fin de l’année 2013 se solde par une croissance totale de +0,1 %. L’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), pour ne parler que de cet autre institut, évoque par exemple une prévision de croissance de –0,2 % sur l’ensemble de l’année 2013 (on peut consulter ses prévisions ici).

La France entre donc dans une période économique particulièrement sombre. Car on devine sans peine les conséquences sociales implacables d’une chute d’activité. D’abord, la récession va encore renforcer la lame de fond du chômage. Or, la France a déjà atteint un sommet historique à la fin du mois de mars dernier. Il y avait alors 3,224 millions de demandeurs d’emplois, au titre de la catégorie A, la plus restreinte, celle sur laquelle le gouvernement préfère communiquer. Mais si l’on prend l’ensemble des cinq catégories de demandeurs d’emplois (de A à E), on atteignait même le chiffre effrayant et sans aucun précédent de 5,348 millions de personnes.

C’est donc cette tendance que la récession va encore aggraver. Mais ces chiffres ne donnent encore qu’une idée très approximative des souffrances sociales du pays. Car, pour bien mesurer la pauvreté, l’Insee doit dépouiller les données fiscales du pays, qui ne sont accessibles qu’avec retard. On ne connaîtra donc que dans deux ans les tendances de cette même année 2013. Mais elles sont malheureusement prévisibles : on devrait franchir dans le courant de cette année 2013 la barre symbolique des 10 millions de pauvres en France. Et la récession va bien sûr gonfler tous ces facteurs qui alimentent la précarité et la pauvreté.

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