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La nouvelle doctrine de l’Ouest.

Par Jean-Paul Tedga

Lundi 12 mai 2014 // L’Afrique

Le top avait été donné par le printemps arabe de 2011. Tour à tour, comme un amusement, on a assisté à la chute de trois dinosaures d’Afrique du Nord : le général Zine el Abidine Ben Ali est tombé, le premier, le 14 janvier 2011, après 23 années de pouvoir sans partage, en Tunisie. A rapidement suivi, un autre dictateur célèbre, général de son état, lui aussi, Hosni Moubarak, qui, après un règne absolu de 30 ans à la tête de l’Etat égyptien, ne s’apprêtait à passer la main qu’à un de ses deux fils. Plus surprenante, fut la fin du timonier de Tripoli, qui se faisait appeler, « le frère guide », « roi des rois d’Afrique », colonel d’armée à ses heures perdues, Mu’ammar al Kadhafi, assassiné, le 20 octobre 2011, après 42 années de dictature, au moment où il tentait, désespérément, de quitter la Libye, sous les bombes de l’OTAN, pour rejoindre un pays voisin.

Si Kadhafi irritait les Occidentaux autant qu’il séduisait la plupart des Africains, Ben Ali était bien le chouchou de Paris tandis que Moubarak était l’allié des Américains. Mis sur la balance, leurs rapports n’ont guère pesé lourd au moment où ils furent lâchés à tour de rôle.

L’Afrique du Nord ne se limitant pas à ces trois pays, l’Algérie et le Maroc furent, également, secoués. Mais contrairement à leurs homologues défaits, Abdelaziz Bouteflika et Mohammed VI eurent leur salut grâce à la solidité de leurs armées et de leurs organes de renseignement et de répression. Ceux-ci furent moins perméables aux infiltrations extérieures et surent contenir comme il fallait, les assauts plus ou moins instrumentalisés des islamistes.

Commencée il y a deux ans en Afrique du Nord, cette vague contestataire gagne l’Afrique noire. Cette partie du continent commence à être affectée, comme on l’a vu, en décembre et janvier, en République centrafricaine (RCA). Le président François Bozizé n’a pu éviter sa chute qu’au prix d’une concession de taille : sa déclaration urbi et orbi de ne pas modifier la constitution et de ne passe représenter pour un troisième mandat successif en 2016. Avant l’attaque de la rébellion Séléka qui voulait le faire partir par les armes, le président centrafricain avait entamé des manoeuvres souterraines pour que, comme un seul homme, « le peuple » puisse lui demander, en sauveur de la RCA, de se représenter.

François Bozizé n’est pas seul sur la liste. Il y en a d’autres, comme lui, qui caressent l’espoir de modifier la constitution pour rester au pouvoir. Beaucoup n’osent pas afficher leurs intentions, le contexte mondial ne favorisant plus ce genre de tripatouillage. Si on reconnaît que rares sont les chefs d’Etat africain à avoir la dimension de Nelson Mandela ou de Benoît XVI, la limitation à deux mandats est une doctrine non écrite de trois capitales, toutes, occidentales : Paris, Londres et Washington. C’est cette logique qui avait, entre autres raisons, poussé Nicolas Sarkozy à limiter à deux mandats de 5 ans, la durée du chef de l’Etat français. Cette nouvelle disposition de la constitution devait lui être appliquée, s’il n’avait pas été prématurément éconduit par le corps électoral. Mais Nicolas Sarkozy parti, cette doctrine reste bien ancrée chez les nouveaux locataires de l’Elysée et du Quai d’Orsay. François Hollande en a fait sienne. Barack Obama, David Cameron et François Hollande, parlant le même langage sur cette question, l’entreprise est très risquée pour d’éventuels aventuriers d’autant plus que même le Grand Vladimir Poutine, pour ne pas avoir à affronter les foudres de la « communauté internationale » avait chois de devenir premier ministre pendant 5 ans, avant de pouvoir retrouver son fauteuil au Kremlin. Il en est de même pour le Brésilien Ignacio Lula da Silva qui attend de retrouver la présidence du Brésil, après l’interime assuré par son ancienne
directrice de cabinet, Dilma Roussef.

Au moment de passer le témoin à son-successeur à la présidence en exercice de l’Union africaine, le président du Bénin, Yayi Boni, avait mis ses pairs en garde, contre la volonté de certains de vouloir modifier la constitution pour confisquer le pouvoir. Il avait tenu des propos d’un courage exceptionnel, devant un parterre de chefs d’Etat dont certains sont torturés jour et nuit par leur volonté (contrariée par le contexte politique actuel) de modifier la loi fondamentale.

Effectuant son deuxième et dernier ,mandat, Yayi Boni dit à qui veut l’entendre qu’il va s’en aller au terme de celui-ci pour devenir prédicateur de l’église évangéliste dont il est un distingué pasteur. Cela affirmé, nul n’ignore qu’une fois parti du Palais de La Marina, il croulera sous des Missions onusiennes et africaines outre les conférences payantes qu’il serait invité à donner de par le monde comme c’est le cas aujourd’hui pour Bill Clinton, Tony Blair, Georges W. Bush, Nicolas Sarkozy, etc. Pour être autant sollicité, il faut avoir laissé une bonne impression à la tête de l’Etat. C’est le cas de-Yayi Boni pour ce qu’il a fait à la présidence de l’Union africaine et à la tête du Bénin. C’est aussi le cas du Sud-Africain Thabo Mbeki et du Nigérian Olusegun Obasanjo, qui affichent des agendas particulièrement chargés, à un très haut niveau de sollicitation.

Je souhaite personnellement qu’il en soit de même du président du Burkina Faso, Biaise Compaoré, dont le mandat expire en 2015 et du Congolais Denis Sassou Nguesso dont le sien ira jusqu’en 2016.

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