Notre Opinion : Par François d’Orcival, de l’Institut.

La morale éternelle de la petite fable.

Vendredi 22 mars 2013 // La France

www.innovation-democratique.org

Montagne de dépenses publiques, réglementations paralysantes, phobie du travail manuel, et voilà pourquoi, comme le dit la fable, nous ne faisons plus cuire de pain.

Il suffit souvent d’une fable pour tout expliquer. En dix-huit vers que l’on apprenait à l’école, La Fontaine nous a laissé une leçon d’économie : « D’argent, point de caché. Mais le père fut sage /De leur montrer avant sa mort / Que le travail est un trésor. » (Le Laboureur et ses enfants.) En voici une autre, tout aussi éternelle, même si elle a été retouchée il y a une quarantaine d’années : la Petite Poule rousse.

Il était donc une petite poule rousse qui grattait le solde la basse-cour à la recherche de quelques grains de blé. Elle appela ses voisins et leur dit : « Si nous semons ce blé, nous aurons du pain. Qui veut m’aider à le semer ? » « Pas moi », dit la vache. « Ni moi », dit le canard. « Ni moi », dit le cochon. « Pas moi non plus », dit l’oie. « Eh bien, je le ferai », dit la petite poule rousse. Et elle le fit. Le blé fut semé, il poussa et mûrit en un beau grain doré. « Qui va m’aider à moissonner mon blé ? », demanda la petite poule. « Pas moi », dit le canard. « Ce n’est pas dans mes qualifications », dit le cochon. « j’y perdrais mon ancienneté », dit la vache. « j’y perdrais mes indemnités de chômage », dit l’oie. « Eh bien, je le ferai », dit la petite poule rousse.

Enfin arriva le moment de faire cuire le pain. « Qui va m’aider à le cuire ? », demanda la petite poule rousse. « Ce serait des heures supplémentaires pour moi », dit la vache. « ,j’y perdrais mes allocations sociales », dit le canard. « On ne me l’a jamais appris », dit le cochon. « Mais si je suis seule à t’aider, ce serait de la discrimination », dit l’oie. « Eh bien, je le ferai », dit la petite poule qui fit cuire cinq miches de pain ; elle les montra à ses voisins, et tous en voulurent une part ! Mais alors, la petite poule dit : « Ah ! non, je mangerai moi-même les cinq miches. » La vache protesta : « Superprofits ! » Le canard s’exclama : « Avidité capitaliste ! » L’oie siffla : « J’exige l’égalité des droits. » Et le cochon . grommela. Tous se mirent à peindre le mot "injustice" sur des banderoles et ils défilèrent autour de la petite poule rousse en scandant des horreurs.

Vint un fonctionnaire. « Tu ne dois pas en vouloir trop », dit-il à la petite poule. « Mais j’ai gagné mon pain », répondit-elle. « C’est vrai, dit le fonctionnaire. Ça, c’est le merveilleux système de la liberté d’entreprise : tout le monde peut gagner autant qu’il le veut. Mais avec nos réglementations sociales, les travailleurs les plus productifs doivent partager le fruit de leur travail avec ceux qui ne font rien. » Et c’est ainsi qu’ils vécurent tous ensemble, y compris la petite poule rousse qui souriait et remerciait : « Comme je vous suis reconnaissante, comme je vous suis reconnaissante !... » Mais ses voisins se demandèrent bientôt pourquoi elle ne fit plus jamais cuire de pain...

Cette version moderne de la fable enfantine sur le travail et la solidarité, nous la devons à Ronald Reagan, le président qui sut extraire son pays de l’enlisement et du déclin. Il l’avait écrite plusieurs années avant d’être candidat. Elle disait tout. Et nous l’avons publiée le 25 mai 2001, un an avant l’élection présidentielle, à un moment où le ministre socialiste des Finances, Laurent Fabius, appelait à une « France super compétitive » tandis que sa collègue des Affaires sociales, Élisabeth Guigou, rédigeait avec les élus communistes une "loi de modernisation sociale" qui allait geler tout progrès de productivité des entreprises. La "super compétitivité" n’était compatible ni avec les 35 heures ni avec la paralysie sociale.

« Les socialistes qui veulent pénaliser les entreprises, écrivions-nous alors, n’ont pas réalisé que la compétition domine partout. Quand ils le comprendront, il sera trop tard. » Douze ans après, et malgré deux quinquennats de droite, les chiffres sont implacables : nous avons détruit 500 000 emplois industriels, notre industrie n’a cessé de décliner, notre part dans le commercé mondial s’est réduite d’un quart et le solde
de nos échanges, positif en 2002, accuse un déficit de 70 milliards l’an dernier.

Les raisons, Michel Pébereau, qui fut à la tête de BNP Paribas, les rappelait dans une communication récente devant l’Académie des sciences morales et politiques dont il est membre : notre compétitivité a été gravement amputée, disait-il, par « une montagne de dépenses publiques qui absorbent 56,3% de la production de notre économie », par le poids de réglementations paralysantes « par leur foisonnement, leurs excès, leur instabilité », et enfin par une « phobie collective du travail manuel ». Voilà pourquoi, comme le dit la fable, nous ne faisons plus cuire de pain.

À la radio, le mercredi à 8 h 50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes ; à la télévision, le jeudi à 10h10 sur LCI dans Choisissez votre camp.
Valeurs actuelles

 

Répondre à cet article