La marche des robes n’aura pas lieu.

Mardi 11 février 2014 // La France

Pendant que les juges, qui font leur métier, éprouvent les plus grandes difficultés, matérielles et psychologiques, à juger les causes qui leur sont soumises ; que les avocats, qui font leur métier, se demandent comment ils vont payer leurs secrétaires et leurs collaborateurs, leur taxe professionnelle et leurs cotisations sociales ; que les justiciables s’interrogent sur la durée interminable des procédures qu’ils ont dû engager, le bâtonnier du Barreau de Paris, accompagné de son conseil de l’ordre, appelle tous les avocats et leurs amis, voire leurs clients à défiler à Paris, contre le racisme et pour l’honneur de madame Taubira.

J’ai reçu ce message, par voie électronique, alors que j’étais dans le train pour Lyon où je devais prononcer une conférence sur le thème « Réveil des consciences, réveil de la France ». Si les jeunes gens et aussi les moins jeunes de cette assemblée n’avaient pas été si enthousiastes et si généreux, que j’en ai oublié la Bâtonnière et son antiracisme de trottoir, j’aurais souffert d’ulcération gastrique.

Ainsi même chez nous, avocats, une profession qui nous met chaque jour, et plusieurs fois par jour, au contact direct des souffrances de nos concitoyens, des troubles et des malheurs que leur causent à la fois la méchanceté des hommes et l’incurie des législateurs, l’irréalisme des gouvernants et le malheur des temps, il faudrait que les mobilisations publiques, avec défilé dans la rue, se finissent sur des sujets aussi vains, aussi dérisoires, aussi« bobo »... Cela signifie, que, même chez nous, les élus ont été, par leur fonction d’élus, coupés des réalités et entraînés dans cet univers irréel dans lequel, dégagés des contingences matérielles par les indemnités confortables qu’ils prélèvent sur nos cotisations, ils ne savent plus où ils sont, ce qu’ils disent ce qu’ils font.

Un bâtonnier, c’est fait pour porter le bâton en tête de la procession des juges et des avocats, le 19 mai, en l’honneur de saint Yves qui fut « avocat, mais pas voleur », comme le chante l’Église au jour de sa fête, et juste juge. Il fut donc pauvre, étant l’avocat des pauvres. Comme il était le juge de tous et le défenseur des plus faibles, la question du racisme - ne l’effleurait même pas. Elle lui était aussi étrangère qu’elle peut l’être aujourd’hui pour nous qui, par principe, défendons ceux qui nous font l’honneur de nous désigner, qu’ils soient blancs ou noirs, juifs ou chrétiens, riches ou pauvres, jolis ou contrefaits, jeunes ou vieux. La seule question que chacun nous pose et que nous essayons de résoudre est toujours la même : a-t-il un droit ? et si oui pouvons-nous le faire établir ?

Si leur droit est menacé, méconnu, violé, nous ne défilons pas. Nous n’appelons pas à défiler. Nous ne faisons pas de conférences de presse. Nous ne publions pas de livre vengeur. Nous saisissons le juge compétent. Nous concluons, nous plaidons, nous essayons de convaincre et de faire reconnaître, en droit, ce droit.

Et le juge, de son côté, sans regarder à la couleur du plaideur, ni à celle de son avocat, au vu des arguments, des pièces et des lois, juge. C’est déjà beaucoup. C’est même immense. Mais nos élus s’en moquent, Ils préfèrent appeler à défiler contre le racisme.

Par Jacques Trémolet de Villiers.

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