Valeurs Actuelles

La huitième partielle.

Dimanche 7 juillet 2013 // La France

La huitième partielle. Pour la gauche, une claque ; pour le Front national, un succès ; pour l’UMP, même victorieuse, un problème stratégique aux municipales.

Huitième élection partielle, huitième défaite du Parti socialiste. Plus qu’une défaite, une claque. Car, à la différence des scrutins précédents, dans les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne, l’Hérault ou l’Oise, celui-ci s’est déroulé dans des terres historiquement radicales et socialistes, celles de la Dépêche du Midi. La gauche y est partout, la droite rare et le Front national n’y existait quasiment pas il y a peu.

Villeneuve-sur-Lot est une agglomération de 23 000 habitants, entourée de communes rurales plutôt paisibles, même si les cambriolages et vols en tout genre sont en forte progression. Mais ni cela ni les scandales dont on parle tant à Paris ne peut expliquer les gros déplacements de voix auxquels on assiste. Les images des journaux télévisés sont bien plus fortes ; elles montrent ce qui se passe ailleurs et peut arriver chez soi, les émeutes pour défendre des femmes voilées, les revendications pour construire des mosquées, l’infiltration dans la vie quotidienne de coutumes venues de loin, tout ce qui bouleverse le rythme régulier des saisons et du calendrier qui était celui de son enfance. Sans parler de ces « mariages qu’ils nous font maintenant dans les villes » et de « ces histoires qu’ils veulent raconter à nos gosses »...

Certes, il ya eu l’affaire Cahuzac et son compte en Suisse, cette photo instantanée de la corruption en politique, ce qui s’est ajouté à l’immense déception provoquée parla politique en zigzag de François Hollande. Mais dire que les partielles sont toujours favorables à l’opposition est un peu court pour expliquer ce qui s’est passé dimanche dernier et ce que cela signifie pour l’avenir.

D’abord et contrairement aux autres partielles, les électeurs de la 3e circonscription du Lot-et-Garonne sont allés voter. Même si l’abstention est restée élevée (54,3 %), elle est nettement inférieure à celle de l’Hérault (59 %) ou de l’Oise (67 %). Et bien que 15 000 électeurs du 10 juin 2012 soient restés chez eux ce 16 juin, près de 33 000 ont exprimé leur choix, ce qui est tout de même autre chose qu’un sondage.

Là où le socialiste Jérôme Cahuzac obtenait 47 % des suffrages l’an dernier, son successeur de la fédération socialiste Bernard Barrai ne réunit plus que 23,8 % des voix, soit une perte de près des deux tiers (14 790 voix exactement). Les socialistes se sont donc massivement abstenus sur leurs propres terres. Quand Barral accuse les Verts (914 voix) et le Front de gauche (1 670) de lui avoir fait perdre la deuxième place (il lui a manqué 771 suffrages) pour figurer au second tour, il devrait surtout se retourner vers toutes les voix qu’il a lui-même perdues.

Or celles qui ont manqué au candidat socialiste ne sont pas toutes allées à l’abstention ; un paquet d’entre elles se sont reportées sur d’autres candidats. Y compris sur celui du Front national, le jeune Étienne BousquetCassagne, fils d’une personnalité locale. Comment expliquer autrement que celui-ci soit arrivé entête, devant le socialiste, dans la ville même de Villeneuve-sur-Lot, dont Cahuzac était le maire ? Malgré l’abstention, le candidat du FN est le seul à avoir progressé entre juin 2012 et juin 2013, faisant 10 points de mieux (un millier de voix).

Au classement, il est second, mais il a devancé l’UMP non seulement à Villeneuve mais aussi dans certains bureaux de vote ruraux où le Front national n’est apparu qu’avec la présidentielle de 2012. Il est celui qui a surpris tout le monde, même un analyste aussi chevronné des sondages que Roland Cayrol qui ne le voyait pas, disait-il la veille du scrutin à la Dépêche, « en position d’arbitre au second tour ». Or c’est le socialiste qui a été éliminé.

Le duel de ce 23 juin va donc opposer, comme dans l’Oise, l’UMP au Front national. Jean-Louis Costes, maire UMP de Fumel, a devancé le FN de 2,6 points. Il a maintenu ses positions en pourcentage (28%) d’une élection à l’autre, mais il atout de même pérdu près de 3 600 voix. Chez lui, à Fumel, il a conservé quasiment 50 % des voix, laissant le FN à 15 %.

Ce qui montre que là où la droite est forte et solide, le Front national ne mord pas ; il progresse ailleurs. Le mode de scrutin est ainsi fait que seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour pouvaient ici se maintenir au second. Mais avec moins d’abstentions, on aurait eu une triangulaire. La gauche se rassemblant au second tour, même dans les circonstances actuelles, son candidat aurait pu passer devant les deux autres. Attention aux municipales : le problème de l’UMP est de plus en plus la concurrence du Front national. Elle le sait. Le premier tour de cette huitième partielle confirme que c’est devenu un sujet stratégique.

À la radio, le mercredi à 8 h 50 sur France Info dans le Duel des éditorialistes et ce jeudi 20, à 18 h 20 sur France Culture dans Du grain à moudre ; à la télévision, le jeudi à 10h10 sur LCI dans Choisissez votre camp.
20 juin 2013 Valeurs actuelles.

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