La grande ménagerie.

Lundi 6 janvier 2014 // La France

Décidément, Taubira nous occupe, et, lorsque ce n’est plus sa réforme pénale, et les poursuites abracadabrantesques contre les jeunes gens de la Manif pour tous, c’est elle-même qui, sans aucune décence, crie « à l’assassin ». Chard dans Présent, s’amuse en dessin : « Enfin, Madame Taubira, il vaut mieux être malin comme un singe que bête comme une oie », lui crie un bon Français de base, tandis que l’oie, coiffée d’un bonnet (rouge ?) s’exclame : Hein ?

Comment ne pas se souvenir de Jean-Marie Le Pen comparé à un orang-outang ? D’Henri Jeanson traitant Léon Daudet de « porc royal » ! De Charles Maurras définissant Léon Blum par la trilogie chien-chameau-chacal !... sans compter le bestiaire entier du bon La Fontaine où le singe, reconnaissons-le, est, de loin, le mieux traité.

D’ailleurs, si j’ai bon souvenir de mes classes de sciences naturelles, certaines théories, parmi les plus en vogue, nous le présentaient comme notre ancêtre - « l’homme descend du singe », donc aussi Madame Taubira. Et ce n’est pas sa position de Garde des Sceaux qui l’exemptera de ce soupçon d’hérédité simiesque que certains scientifiques se sont plu à nous attribuer.

Et puis, nous sommes là dans ce que notre pays compte de plus indéracinable et, d’une certaine façon, de plus universel. Le goût du mot, drôle ou piquant, mordant ou souriant, léger et irrespectueux, est l’héritage qui nous reste - peut-être le seul - de nos ancêtres les Gaulois. Ce mot, nous l’adressons, de préférence, aux sages et aux puissants. Avec la noblesse d’âme qui est, aussi, notre caractère, nous ne nous moquons pas du faible, du petit, du pauvre, du mal-aimé. Il nous faut des rois, des ministres, des princes, des papes, des évêques, des présidents, des juges et des gardes des sceaux pour nourrir notre verve. Être Garde des Sceaux, chez les Gaulois, c’est risquer, à tout moment, de chuter sur un calembour comme on glisse sur une peau de banane. Ça fait partie du métier. Je prends les paris, sans grand risque. Après le tollé général et immédiat de la classe politique, de Mélenchon à Marine Le Pen, Minute aura les rieurs de son côté. Plus encore, Minute a ouvert une porte : celle du rire vengeur. La cage était fermée depuis longtemps, voici qu’elle s’entrouvre, alors, comme chantait Georges, « gare au Gorille » !

Plus gravement, les moralistes de tous bords ont condamné, c’est fou ce qu’on condamne dans notre pays ! Les jeunes manifestants du 11 novembre 2013. Ça ne se fait pas ! A-t-on idée ? Ils n’ont plus aucun respect de l’Armée, des morts, des anciens combattants, du chef de l’État...

Pardon, messieurs, le vieux qui vous parle, et qui se souvient d’avoir été jeune, est fier d’avoir fait, en son temps, au mois de novembre 1961, ce que ses neveux ont fait, il y a quelques jours : huer un chef d’État qui, glorieux prisonnier, en 1914, victorieux à la radio, en 1940, bradait l’Algérie et envoyait croupir en prison des généraux et des soldats qui avaient gagné leurs décorations sur le champ de bataille.

Objectivement, de Gaulle avait plus d’allure que Hollande... et nous n’avons pas hésité, au nom de notre armée, et de notre patrie, à le huer... au risque de quelques jours de garde à vue et de poursuites en outrages au chef de l’État... Et devant celui-là qui veut fêter les mutins et méprise nos ancêtres qui sont aussi les siens... nous devrions nous taire !

« Honte aux veilleurs qui se taisent et aux chiens qui restent muets ! » dit le prophète Isaïe.

Bravo à ces veilleurs qui, en bons chiens de garde, ont aboyé !

Répondre à cet article