La gauche toutes voiles dehors.

Mardi 31 juillet 2012 // La France

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Les jeux sont faits : rien ne va plus. Après les élections européennes en 2009, les régionales en 2010, les cantonales et les sénatoriales en 2011 et la présidentielle en mai dernier, la gauche vient d’enlever l’Assemblée nationale. Pour elle, le plus dur reste à faire : tenir le cap...

La gauche est officiellement en ordre de marche pour affronter le difficile chantier du redressement de la France. En trois ans, elle a emporté tous les scrutins, réalisant un quasi grand chelem. Tous les ministres en fonction ont été élus ou réélus le 10 et 17 juin derniers. Le PS à lui tout seul se retrouve dans une position nettement plus favorable qu’en 1981. « François 1er » en avait rêvé, « François II » l’a réalisé. La gauche en général et le PS en particulier disposent de tous les pouvoirs en France : le
pouvoir exécutif et donc administratif, le pouvoir législatif, le pouvoir judiciaire. Elle dispose même, à de rares exceptions près, du pouvoir médiatique qui n’a pas ménagé ses efforts pour valoriser et favoriser le candidat Hollande. Comme le disait récemment un député, battu par un ministre en exercice : « Si la gauche est contre le cumul des mandats, elle est pour le cumul des pouvoirs ».

Dans ces conditions, aucun obstacle ne peut freiner l’application du programme présidentiel, les 60 engagements pour la France : le retour de la retraite à 60 ans, la création d’une tranche supplémentaire d’impôts, l’encadrement des loyers, la création de « 150 000 emplois d’avenir », 60 000 postes supplémentaires dans l’Éducation, etc. Si le gouvernement s’est jusqu’à présent contenté de mesurettes toutes symboliques et très « plan com’ » (baisse de l’indemnité du chef de l’État, des ministres et des chefs d’entreprises publiques, etc.), c’est pour préserver son unité et assurer sa majorité à la Chambre basse.

Car la gauche est déjà à la peine. Elle n’a pas connu d’état de grâce et l’élection de François Hollande n’a pas initié la grande vague rose promise. Élu par défaut, il est,. aussi soutenu par défaut. Orpheline de Mitterrand, la gauche socialiste est en manque de leadership. La belle image de famille unie se lézarde en coulisses. Car jamais la gauche n’a été autant plurielle et autant divisée.

Gauche plurielle et divisée

Au sein du PS, les courants ont toujours la vie dure et le bateau, parfois, tangue. On l’a constaté lors de élections législatives quand François Hollande a soutenu son ancienne-compagne, Ségolène Royal, reniant au passage sa promesse de « ne pas être un président partisan » et « de ne pas s’impliquer dans les législatives ». Martine Aubry volant au secours de la candidate officielle du PS à la Rochelle a fait sourire en coulisses, la seconde n’ayant pas oublié que la première lui avait volé le poste de premier secrétaire, après une fraude avérée lors du congrès de Reims en 2009. Ceci explique peut-être pourquoi, (pour se faire pardonner ?) Martine Aubry a accepté que Ségolène Royal soit directement investie, sans passer par le vote des militants rochelais qui leur préférait... Olivier Falorni, premier secrétaire départemental finalement exclu du PS pour avoir voulu respecter les règles de désignation !

Les élections passées, les appétits personnels, les stratégies de courant commencent à se faire jour et peuvent ralentir la mise en oeuvre du programme. Premier champ d’action : le Parlement et tout d’abord l’Assemblée nationale. Le chef de l’État doit pouvoir compter sur une majorité, loyale qui plus est. La défaite de Ségolène Royal qui se voyait déjà au « perchoir » mais avait oublié qu’il fallait d’abord être élue, arrange finalement le nouveau chef de l’État. Ségolène Royal aurait pu être un véritable contre-pouvoir et non une alliée fidèle, compte tenu de leurs rancoeurs personnelles et réciproques. S’il échappe au jeu des combinaisons au Palais-Bourbon, le président de la République va être freiné dans son élan de réforme. Il ne dispose pas de la majorité nécessaire des 3/5 pour réformer la Constitution et faire passer quelques réformes, notamment celle du droit de vote aux étrangers.

Verrouiller le système

Deuxième « terrain de jeu » : le gouvernement. En effet, la question d’un remaniement ministériel, y compris à mi-mandat après les élections municipales de 2014, se pose. S’inspirant de François Mitterrand en 1981, François Hollande voudrait que les communistes intègrent le gouvernement, pour les responsabiliser et donc mieux les étouffer. Connaissant la manoeuvre et criant à « l’intox », les communistes et le Parti de Gauche rejettent la proposition : « Tout le monde a intérêt à faire croire qu’on veut entrer au gouvernement. Au PS pour diviser le Front de gauche. A droite, pour faire peur aux électeurs », s’amuse un élu PCF.

Troisième aire d’exercice : la rue de Solférino. Martine Aubry, qui s’est fait souffler Matignon, a confirmé son intention de quitter son poste de première secrétaire à l’automne, « si toutefois les conditions sont réunies ». Une précision qui vaut son pesant d’or car elle pourrait bien rempiler. Le poste n’est pas exposé. Il constitue un bon relais pour le gouvernement et aussi un tremplin pour une candidature à l’Elysée. Là encore, Hollande a besoin d’une personne de confiance. Déjà Harlem Désir et Jean-Christophe Cambadélis ont annoncé leur candidature. Harlem Désir a déjà remplacé Martine Aubry pendant les primaires et peut mettre en avant son expérience à ce poste. Quant à Cambadélis, il attend le mois de septembre pour confirmer sa candidature, prétextant ne pas « vouloir jouer le Fillon-Copé à gauche ».

Gaétan Gorce, sénateur de la Nièvre, pense aussi briguer le poste de Premier secrétaire. Mais il a le désavantage d’avoir été trop proche de Ségolène Royal. Et sa position d’aller « vers un parti plus ouvert, plus démocratique (sic) », ne rassure ni les dirigeants PS ni l’Elysée. Finalement, si le poste allait à un très proche du président, afin de verrouiller complètement l’hyperpouvoir dont il dispose ? Stéphane Le Foll, ancien directeur de cabinet de François Hollande, aurait eu le profil. Mais il est entré au gouvernement et va y rester. Reste François Rebsamen, sénateur maire de Dijon « avec qui le chef de l’État a une proximité réelle, une vraie confiance, une forme de complicité... Il connaît bien les fédérations, les réseaux », dit de lui François Patriot, président de la région Bourgogne.

Cette guerre des chefs est loin d’être anodine. Du choix subtil des personnes aux postes clés dépendra en grande partie l’unité du PS et la survie de la gauche dont l’équilibre est plus instable qu’il n’y paraît.

Ségolène Royal et Olivier Falorni, leur affrontement a été l’illustration des luttes internes féroces.

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