La gauche a imposé sa dictature sémantique contre certains mots. Mais comment, alors, décrire la réalité ?

Mercredi 24 juillet 2013 // La France


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Rien de tel pour disqualifier un discours de droite que de le prétendre "droitisé". Passons sur le paradoxe, et les complexes récurrents qu’il trahit, car à droite autant qu’à gauche la "droitisation" a mauvaise presse. Mais que signifie au juste "droitiser" ? Tout simplement aborder un sujet tabou chez nos élites politiques, intellectuelles et médiatiques, mais qui angoisse le Français ordinaire : les flux migratoires. Le refoulement de cette angoisse menace à terme la concorde civile, rien n’étant pire qu’une peur inavouée. À tort et à raison, nos compatriotes perçoivent très majoritairement l’immigration comme un danger. Ils ont peur d’être submergés par des arrivants trop nombreux et inassimilables. Certes, des fantasmes attisent cette peur, certains liés à la guerre d’Algérie, d’autres au terrorisme islamique, d’autres encore à la perception, confuse mais blessante, d’une sorte d’apologie du cosmopolitisme véhiculée par le discours culturel ambiant. L’insécurité endémique dans les banlieues gagnées par le communautarisme aggrave un sentiment de dépossession dans les classes populaires.

Quoi qu’il en soit de sa genèse, une peur collective est une réalité qu’aucun gouvernant ne doit traiter par le mépris. Depuis les années soixante-dix (chocs pétroliers, lois sur le "regroupement familial"), seul Le Pen a dénoncé une situation qu’en privé et à voix basse des élus de gauche comme de droite estiment lourde de périls. Le Pen s’étant marginalisé, la moindre allusion à l’impact des flux migratoires devint suspecte, pour ne pas dire délictueuse. On victimisa l’immigré, on diabolisa quiconque tirait la sonnette d’alarme. On se gargarisa de débats bidons sur l"intégration", 1"assimilation", les "minorités" pour mieux occulter les questions de fond. Cette occultation a fait la fortune politique du FN. S’il progresse dans les urnes quand l’économie est en panne, la hantise de l’immigration reste le socle de son électorat. Il le gardera aussi longtemps que la classe politique s’obstinera à escamoter ou à minorer ce qui obnubile les citoyens de base.

Convaincue par idéologie que le sujet se résume aux handicaps sociaux des immigrés, la gauche juge inéluctable, voire souhaitable, la métamorphose des peuples européens en un melting-pot "multiculturel". La droite n’ose démentir ce mélange d’angélisme et de fatalisme, tant elle craint le piège grossier d’une assimilation au "lepénisme". C’est lâche et dangereux car le déni de réalité favorise tous les amalgames et nourrit tous les ressentiments. On devrait rendre publics le volume des flux,.,leurs provenances, leurs circuits, leurs effets sur le corps social, les procédés de régulation, le rôle des législations européennes, la situation des sans-papiers et des demandeurs d’asile. On devrait pouvoir se demander publiquement si le "regroupement familial" reste ou pas pertinent, si le distinguo juridique entre citoyens et étrangers doit ou pas être redéfini, si le "droit du sol" hérité de l’Histoire doit ou pas être modifié. Bref, connaître les faits et débattre.

Tout peuple exerce sa souveraineté en décidant quels immigrés il souhaite accueillir, en quel nombre, selon quelles modalités et pour quelle durée ; sinon, ce n’est plus un peuple mais un agrégat. Affirmer cela ne relève ni de la xénophobie, ni de l’hystérie nationaliste. Que le sujet le plus crucial et le plus obsédant soit sereinement explicité est l’intérêt évident de nos compatriotes de souche non européenne, victimes au quotidien de confusions humiliantes. C’est aussi l’intérêt de la droite UMP, si elle ne veut pas être débordée par le FN. Le risque existe. Surtout, c’est l’intérêt commun de tous les Français désireux d’en finir avec une hypothèque qui les tétanise. Les propositions souvent sommaires et poujadisantes du FN ne sont pas forcément recevables. Pour autant, elles ne sont pas toutes ineptes. La levée d’un tabou qui les démystifierait serait salutaire. Si cette levée est un symptôme de "droitisation", ceux qui, à l’UMP, encourent ce reproche ont raison ; l’Histoire les créditera tôt ou tard d’un courage intellectuel plus nécessaire que jamais.

 

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