La force injuste de la Loi.

Lundi 24 décembre 2012 // La France

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A Paris et en province, ils étaient plus de 100 000 - peut-être 200 000 - à marcher dans les rues contre le projet de loi sur le mariage et l’adoption par les couples homosexuels, trente et unième proposition du candidat François Hollande. La mesure devait s’imposer comme un progrès éclatant, comparable à l’abolition de la peine de mort en 1981. Ses pourfendeurs, en manifestant, rappellent les grandes manifestations de 1984 pour l’école libre qui firent reculer le gouvernement Mauroy. Ils ont gagné, au moins en partie : sur un sujet qui engage aussi gravement l’avenir de la société, le débat est désormais possible.

Malgré l’ambiance passionnelle où se déchaînent la manipulation affective et les oukases des jeteurs d’anathèmes qui taxent d’homophobie quiconque oserait contester l’ordre nouveau, partout, la parole se libère. Des médecins, des membres d’associations familiales, des élus, des homosexuels expriment leur rejet de ce projet de loi. Des voix discordantes se font entendre jusqu’au sein de l’Élysée où le maire de Quimper, Bernard Poignant, conseiller de François Hollande, veut que « chaque enfant puisse savoir qu’il est issu de père et mère »... Les représentants des grandes religions donnent, eux aussi, de la voix. L’assemblée des évêques s’est exprimée, prudemment d’abord, avec plus de force ensuite. Mgr Barbarin, Primat des Gaules, a tenu à participer à la manifestation lyonnaise. « De même que l’on ne peut détruire les fondations d’une maison sans que celle-ci ne s’effondre, on ne peut renoncer aux fondements de notre société sans mettre celle-ci en danger », a écrit le Grand Rabbin de France, Gilles Bernheim, dans un texte à l’argumentation remarquable.

L’opinion, la sacro-sainte opinion, semble elle-même en train de se retourner : ils ne seraient plus que 48% à être favorable à l’adoption par les couples de même sexe. Car, derrière cette expression « novlangue » de « mariage pour tous » dont on sait depuis Orwell et Huxley qu’elle vise à délégitimer tout autre mode de pensée, c’est la question de l’institutionnalisation de l’adoption par les couples homosexuels qu’ont découvert les Français. Si la loi est votée, non seulement elle fera disparaître de notre code civil la notion multiséculaire de mariage comme union entre un homme et une femme, mais, en plus, on ne parlera plus aux enfants de père et de mère, mais de... « parent 1 » et « parent 2 ». Il est loin le temps où ceux qui entendent aujourd’hui abolir la filiation biologique au profit d’une cellule familiale indifférenciée, proclamaient, en mai 68 : « Je ne suis pas un numéro, je suis un homme libre ! ».

L’idéologie sous-jacente à nos démocraties marchandes a conduit, pour une bonne part, à l’éclatement de la famille ces trente dernières années ; elle prétend aujourd’hui détruire la personne elle-même en faisant de l’enfant un produit comme un autre, au nom d’un « droit à l’enfant », niant les « droits de l’enfant », au premier rang desquels celui d’avoir un père et une mère et celui de se forger une identité lisible, enracinée dans une histoire familiale. Ce droit de l’enfant à avoir un père et une mère pourtant reconnu par une convention internationale signée par la France en i990 !

Autre temps, autres moeurs. Déjà, certains parlementaires socialistes souhaitent déposer des amendements sur la question de la procréation médicalement assistée (PMA). De son côté, Jean-Marc Ayrault a renvoyé cette question à « une loi complémentaire qui pourrait être une loi sur la famille ».

Le projet de loi de « mariage pour tous » sera discuté au Parlement en janvier. C’est un sujet qui a donné l’occasion à une France généralement invisible et inaudible de se mobiliser et d’affirmer clairement ses arguments. Que le mariage, avant d’être la reconnaissance d’un lien affectif entre deux êtres, est d’abord une institution créée pour assurer le mieux possible la bonne éducation des enfants. Que l’enfant n’est pas un objet qu’on commande dans un magasin, mais un sujet libre, une personne. Que ces enjeux anthropologiques relèvent d’une gravité inhabituelle. Grâce à eux - une grande manifestation est encore prévue le 13 janvier - Antigone n’a pas encore abdiqué face à Créon.

Reste cette question : peut-on reprocher à un président d’appliquer le programme pour lequel il a été élu ? Certes non. Mais le débat qui se profile dans les prochaines semaines n’est pas une négociation démocratique à l’amiable ; c’est un combat métaphysique contre « la force injuste » de la loi.

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