Dehors les ROMS, CONGOLAIS ET KOSOVARS.

La force d’une évidence

Vu de ma fenêtre : Par Denis Tillinac

Mardi 24 septembre 2013 // La France

Tout peuple a le droit de décider librement, qui il souhaite ou non accueillir sur son territoire et en quel nombre.

Histoire française contemporaine. Une ville de 13 000 habitants dans l’est de la France, éloignée de toute métropole et où les emplois se font rares. Rentrée des classes. On a refilé à un jeune instituteur les maternelles moyenne section d’une école publique : 26 loupiots, 3 Français de souche. Les autres viennent du Maghreb, d’Afrique subsaharienne, de Bosnie, de Tchétchénie et d’ailleurs. Rejetons d’exilés politiques ? de clandestins ? de "régularisés" ? Nul ne le sait au juste et l’instit me dit en riant jaune qu’avec tant de prénoms franchement insolites, il risque de patauger.

Un mot revient dans les propos de ses collègues : Lampedusa. C’est cette île italienne incluse dans l’espace Schengen où affluent sur des rafiots de fortune des êtres ayant fui la misère, là guerre, la tyrannie. On les parque à la diable, puis on les lâche dans la nature, sans identité vérifiable, sans un fifrelin, sans l’usage d’une langue de l’Union et sans la moindre chance de trouver un emploi.

Par quels circuits certains sont-ils arrivés dans une ville française de l’Est ? Mystère. Qui les héberge, quels guichets leur fournissent des subsides ? Posez la question à un fonctionnaire de la Direction des étrangers, il soupirera et haussera les épaules. Ces arrivages confluent avec des résidents bénéficiant du regroupement familial, avec des sans-papiers que l’État, de guerre lasse, finit par régulariser, avec des activistes en eaux troubles que le même État tolère pour acheter la paix sociale. Ou plutôt pour la louer.

Chacune de ces familles a son histoire qui inspirerait de la compassion aux coeurs les plus endurcis. Mais la compassion n’est plus de mise, en tout cas au sommet de l’État, quand le marasme jusqu’alors circonscrit aux banlieues des grandes villes contamine la sociogéographie de la France profonde. Cet été, à Brive-la-Gaillarde qui n’est pas un abrégé du Bronx, de jeunes Maghrébins d’une "cité" se sont battus à coups de barre à mine avec des Polynésiens ; il a fallu des renforts policiers pour calmer le jeu.

Aucune ville moyenne n’est épargnée. Les crispations ethniques ou confessionnelles aggravent une situation déjà potentiellement explosive eu égard au nombre considérable de Français d’origine exotique acculturés, désoeuvrés, en proie à des ressentiments qui semblent irrémédiables. Pas tous, grâce au ciel, mais il suffit de quelques-uns pour mettre une ville en état d’incandescence, et pire à l’occasion.

Une seule solution si l’on veut, non pas intégrer les inintégrables, mais au moins ne plus nourrir un fantasme d’invasion : fermer pour de bon le robinet des flux migratoires. Tout irait moins mal si le Français lambda avait la certitude qu’en dehors de cas isolés, plus aucun migrant ne pourra planter ses pénates en France. Du moins le temps d’une génération.

Doit-on sortir de Schengen, cette passoire ? Rien ne nous l’interdit : les Anglais sont dans l’Union européenne, pas dans l’espace Schengen. Un traité est toujours renégociable. En France, il contribue au discrédit d’une classe politique qui s’est longtemps gargarisée de mythologies assimilationnistes avant de s’abuser avec l’exutoire de la laïcité. Le vrai problème, c’est le nombre, et son augmentation continue.

N’accablons pas Valls, il rame à contre-courant d’une idéologie en vogue dans son camp selon laquelle un melting-pot cosmopolite doit supplanter à terme un peuple sédentaire. Exigeons plutôt de nos élus qu’ils cessent de se défausser avec du "social". La solution ne saurait être que politique : des lois appropriées à notre moment historique sur la définition de la citoyenneté et les prérogatives subséquentes. Elles n’émaneront pas du PS ou de ses alliés. Il incombe donc à l’UMP de les proposer. Elle y vient, non sans lenteurs et précautions de vierge effarouchée. Il n’y a pourtant aucune présomption de racisme ou de xénophobie dans cette évidence anthropologique : le droit d’un peuple à décider librement qui il souhaite accueillir, dans quelles proportions et selon quelles modalités. C’est en l’occultant qu’on fait le lit des ultras.

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