La droite ne mollit pas.

Mercredi 2 janvier 2013 // La France

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Il est vrai que depuis sept mois la gauche a fait ce qu’il fallait pour cabrer l’électeur de droite : les deux vagues massives d’impôts supplémentaires, la préférence immigrée dans le traitement des dossiers sociaux, l’organisation méthodique de la pénurie sur le marché de l’immobilier, le projet de loi sur le mariage gay, le tout assorti des provocations de Christiane Taubira, Cécile Duflot et Arnaud Montebourg. Mais, dans le même temps, on pouvait redouter que la comédie Copé-Fillon au sommet de l’UMP (l’un et l’autre en chute libre dans les sondages) ne finisse par convaincre des électeurs exaspérés de ne pas se déplacer. Marine Le Pen s’y préparait ; elle affirmait déjà que les adhésions venues de l’UMP affluaient à son Rassemblement bleu marine, au cours d’une conférence de presse précisément organisée à l’Assemblée nationale.

Les trois élections partielles de dimanche dernier avaient lieu dans trois circonscriptions plutôt de droite, dans des départements peu semblables, les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne, l’Hérault. Au mois de juin dernier, en se maintenant au second tour dans la circonscription de Béziers, le Front national avait fait battre de peu le sortant UMP, Élie Aboud, par une candidate socialiste, Dolorès Roqué. L’élection ayant été annulée, et pour toutes les raisons exposées plus haut, le Front national espérait enterrer l’UMP et affronter le PS au second tour. Le FN changeait même de candidat pour en présenter un plus implanté encore, France Jamet. Mais celle-ci n’a gagné qu’un point par rapport au score précédent du FN, loin de ses objectifs, tandis que le candidat UMP, tendance Droite forte, la devançait de 20 points et distançait la sortante socialiste de 14 points. Éliminé du second tour, le FN laissait Élie Aboud dans une position confortable. Ailleurs, dans les Hauts-de-Seine, Patrick Devedjian n’a manqué son élection dès le premier tour que d’une poignée de voix ; quant au Val-de-Marne, le sortant Henri Plagnol se retrouve avec un dissident de droite en face de lui, le PS disparaissant de la compétition.

Certes, des partielles ne sont que des partielles, mais ces trois scrutins doivent être pris pour ce qu’ils disent. La mobilisation à droite ne faiblit pas et cette détermination va à nouveau se manifester dans la rue le dimanche 13 janvier (au sujet du mariage) ; ces électeurs de droite sont unitaires pour deux, se refusant à parier sur l’éclatement de l’UMP ; pour le moment, ils attendent, tout en prenant leurs précautions. La gauche est restée chez elle, parce qu’elle ne sait pas où la mène un gouvernement à la politique contradictoire et illisible, qui le paie déjà cher dans l’opinion. Le Front de gauche n’en profite pas, malgré les diatribes amusantes de Mélenchon. Marine Le Pen n’aura pas la vitrine dont elle rêvait, ni à Béziers ni à Hénin-Beaumont ; elle devra attendre les municipales du printemps 2014.

La défaite de la gauche ce 9 décembre a été à la fois « cinglante » et « sanglante pour reprendre le mot du politologue Jérôme Jaffré. Premier responsable, François Hollande, qui godille entre les courants tout en espérant ramener à la raison mais sans trop savoir comment la centaine de ses élus irresponsables qui siègent à l’Assemblée. Quant au succès de la droite, il est exclusivement celui de ses électeurs. Ceux-ci ne mollissent pas, parce qu’ils comptent bien retrouver une famille unie capable de se nourrir d’idées fortes face à la gauche. Gérard Larcher, l’ancien président du Sénat, gardien, avec Longuet et Gaudin, du groupe sénatorial unique, à la différence de l’Assemblée, prévient : « Quand on commence par faire chambre à part, on finit souvent par se séparer... »

Il y a trente ans, et sept mois après les législatives de juin 1981 qui avaient installé la gauche au pouvoir, il y eut aussi des élections partielles : quatre scrutins avaient été invalidés qui concernaient trois élus socialistes et un gaulliste, à Paris, en Seine-et-Marne et dans la Marne. Les ténors de la majorité socialiste et communiste prirent l’exercice au sérieux et se déplacèrent pour soutenir leurs représentants. C’était encore la gloire ; et la droite n’avait pas cicatrisé la blessure de la défaite dont les giscardiens accusaient les chiraquiens. Pourtant, déjà, l’électeur de droite voyait plus loin : le soir du 17 janvier 1982, la droite enleva les quatre sièges dès le premier tour.

La gauche avait perdu entre 6 et 10 points depuis les élections générales. Ce fut un signe avant-coureur de la grande désillusion qui allait conduire aux défaites de la gauche aux cantonales puis aux législatives de 1986 malgré la proportionnelle. À droite, cela marqua le retour de l’espoir. 

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