La droite la plus bête du monde.

Jeudi 26 juin 2014 // La France


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Il flotte une odeur de poudre, ce 27 mai, dans les sous-sols de l’Assemblée nationale. Deux jours après la déroute de la droite aux européennes, devancée de 4 points par le Front national au soir du 25 mai, l’heure est aux règlements de comptes.

Parlementaires, caciques et membres du bureau politique se pressent. La veille et toute la nuit, ils ont aiguisé leurs lames. Ils sont prêts. Deux mois plus tôt, ils ont dû remiser au placard leurs velléités de revanche face à Jean-François Copé : renforcé par le succès de son parti aux municipales, le président de l’UMP avait arraché un sursis à la meute de ses détracteurs. Cette fois, l’affaire Bygmalion, les aveux télévisés, la veille, de son directeur de cabinet achèvent de le déstabiliser.

Mais jusqu’à ce matin, il répète à ses proches qu’il ne démissionnera pas. Qu’il n’a rien à se reprocher. Il a pris les devants : un audit des comptes de l’UMP, une collégialité renforcée dans la gestion administrative du parti et un plaidoyer pro domo vigoureux (J’ai été trahi par mes collaborateurs, pourtant proches de moi ») doivent, il en est certain, le tirer d’affaire.

C’est compter sans la détermination des pistoleros qui lui font face. NKM tire la première, affirmant ne pas pouvoir croire en la sincérité de Copé : « Je considère que tu mens. » Les balles fusent au-dessus de sa tête. Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, réplique pour le clan Copé. À NKM, il lance : « Tu donnes des leçons de morale mais, aux municipales, j’ai fait 5 points de plus que la moyenne nationale de l’UMP et toi, 5 points de moins. » NKM avance l’idée d’un congrès pour résoudre la crise, Fillion et Juppé se rangent à sa position.

Les échanges se poursuivent. Bruno Le Maire, qui soutenait Copé jusqu’alors, fait défection : « L’intérêt général de notre famille politique exige, Jean-François, que tu quittes la présidence de l’UMP. » Ne restent, dans les rangs copéistes, que Nadine Morano, Michèle Tabarot et Renaud Muselier pour batailler aux côtés du mourant. « Barre- toi, maintenant ! », ose l’ancien trésorier, le filloniste Dominique Dord. Mais c’est finalement le copéiste Jean-Pierre Raffarin qui porte l’estocade : « Je me suis toujours demandé ce qui demandait le plus de courage, défendre l’amitié ou l’éthique, s’interroge l’ancien premier ministre. Et je pense que c’est l’éthique. » « C’est fini, je démissionne », lâche Copé. La messe est dite.

« C’est le conclave qui décide, et nous, on attend la fumée blanche pour savoir ce que devient notre parti ? », s’énerve Rachida Dati, au sujet des « sages auto proclamés » - Raffarin, Juppé, Fillion - installés à la tête de l’UMP depuis le départ de jean- François Copé. Choisie dans l’urgence, la solution du "triumvirat" d’anciens premiers ministres fait bondir au sein du parti. « L’UMP tente d’imposer des vieux sages centristes alors que ses militants veulent des jeunes de droite ».

Il avait eu la guerre Copé-Fillon. L’affrontement à mort, un mois durant, de deux hommes prêts à tout sacrifier pour sauver leur ambition présidentielle. L’écœurement des militants, la colère des électeurs de droite, le discrédit jeté sur le parti n’avaient pas empêché l’UMP de rebondir, dans la rue, contre le "mariage pour tous", et dans les urnes, dans toutes les élections partielles, avant le grand soir, ces Bouvine de la droite, aux municipales de 2014. Il avait eu la lutte des clans, deux ans d’affrontements larvés, de combats de tranchées, de guerre froide entre fillonistes et copéistes, installés à parité dans les instances de l’UMP, effacés par la figure tutélaire de Nicolas Sarkozy, dont le silence faisait planer sur l’UMP l’espoir d’un sursaut le jour du retour. Et il y a eu l’affaire Bygmàlion et ces règlements de comptes à la kalachnikov, façon O. K. Corral. Cette fois, tout le monde est touché. Sarkozy, qui perd son avance au profit d’Alain Juppé et n’apparaît plus comme le seul leader incontestable à droite. Fillon, dont l’étoffe d’homme d’État souffre, depuis novembre 2012, de sa lutte fratricide avec Copé et de ses attaques contre Sarkozy. Copé, qui entraîne dans sa chute la ligne politique de la droite décomplexée dont il s’était fait le héraut. Et tous les autres, qui n’arrivent pas à s’imposer comme les chefs d’un mouvement que l’échec de la gauche prédisposait à la reconquête.

S’il n’y avait que les querelles d’ego... « La droite est malade, en crise, depuis la défaite de Nicolas Sarkozy », analyse Rachida Dati. « Le péché originel, c’est que la question de la ligne politique de l’UMP n’a pas été tranchée depuis 2012 », abondé Nathalie Kosciusko-Morizet. Pour Laurent Wauquiez, « tout est lié l’interprétation de la défaite de 2012. Tout le monde dit : on a été trop à droite, on en a trop dit. je réponds "non", on n’en a pas assez fait. La droite tirera-t-elle les leçons du passé ? Les prises de position de deux des trois membres du "triumvirat" installé à la tête de l’UMP et déjà très contesté indiquent que non. Au soir du séisme électoral du 25 mai, Alain Juppé, pourtant informé des résultats du FN (25 %) et de la déconfiture du centre (10%), en tire la conclusion que l’UMP doit mettre en place une... « plate-forme commune » avec ses « alliés » de l’UDI ! Jean-Pierre Raffarin lui emboîte le pas, souhaitant un « candidat unique » pour la droite et le centre en 2017...

Un sondage BVA-iTélé viendra pourtant leur rappeler, quelques jours plus tard, que 55 % des sympathisants de droite souhaitent un positionnement "identique" de la part de l’UMP, 35% désirant une ligne "plus à droite" et 8 % seulement jugeant nécessaire leur virage centriste !

L’UMP souffre d’un strabisme divergent : ses dirigeants regardent vers le centre et ses militants vers la droite, accuse Thierry Mariani, patron de la Droite populaire.

« Juppé a ouvert une boîte de Pandore », insiste Rachida Dati, pour qui la droite est « affaiblie par ses dirigeants qui veulent sauver leur peau en s’alliant avec un parti qui a plus d’élus que de militants : on tend la main au centre qui nous la mord ».

« Non seulement on se met aux enchères mais on attend la baisse des prix », juge encore l’ancienne ministre de la Justice, pour qui cette alliance contre nature serait absurde : « On m’explique qu’il faudrait s’allier avec ceux qui ont fait une campagne européenne radicalement opposée à la nôtre ; il faudra bientôt qu’on soit favorable au "mariage pour tous", au droit de vote des étrangers, à l’entrée de la Turquie dans l’Union ? » De concert, Laurent Wauquiez met en garde contre cette « ghettoïsation assurée de la droite », dont les élites ont pour « seule obsession de faire une digue contre le FN » : « Arrêtons de parler de honte et de morale, les gens qui ont voté FN ne sont pas nos ennemis ! »

La guerre des idées aura bien lieu. « La question qui est posée est celle de l’existence d’un parti politique entre les ruines du centre et le Front national. Peut-on laisser ce vide ? interroge Henri Guaino. L’idée de départ, celle de créer un grand parti de centre droit, a échoué. L’opinion s’est radicalisée, le parti s’est ramolli. C’est cette perte d’identité qui fait le lit du Front national.

Un congrès en octobre pour désigner, au vote des militants, le successeur de jean-François Copé ? Rien n’est moins sûr. Une chose est certaine l’immense majorité des sénateurs UMP y est déjà opposée. À commencer par Jean-Pierre Raffarin, Gérard Larcher, Jean-Claude Gaudin et Roger Karoutchi. Et pour cause : des sénatoriales se déroulent le 28 septembre prochain. En maintenant le congrès de l’UMP en octobre, cela signifierait que la campagne pour la présidence du parti interférerait avec celle des sénatoriales.

Mais sa majorité risque d’être ténue. C’est pourquoi les sénateurs UMP plaident pour un report du congrès à novembre afin que la bataille pour la présidence de l’UMP ne pollue pas les sénatoriales et n’entraîne pas la perte de sièges décisifs. « On n’a pas besoin d’une guerre entre Tutsis et Hutus » en même temps qu’un scrutin crucial pour la droite, argumente Pierre Charon. Le sénateur UMP de Paris s’est d’ailleurs présenté vendredi 30 mai rue de Miromesnil pour obtenir le soutien de Nicolas Sarkozy.

La droite se remettra-t-elle de l’ascension du FN ? Au lendemain de sa victoire aux européennes, Marine Le Pen fêtait, avec quelques proches, le score historique du Front national dans un restaurant proche des Champs-Élysées, où les caciques du parti ont leurs habitudes. Autour d’elle, les cris de victoire et le champagne achèvent d’égayer la soirée. Mais plus que tout succès électoral, le motif d’espoir de la présidente du FN se trouve, ce soir-là, à l’intérieur du petit écran accroché au mur où une chaîne d’information en continu diffuse les images de la crise à l’UMP. Tout un symbole...

Ils avaient tout pour séduire et convaincre. Ils devaient capitaliser sur le rejet de Hollande, bâtir un projet de société capable de réconcilier les Français et la politique, donner des gages, prouver qu’ils appliqueraient leurs promesses, une fois élus. Ils ont préféré imiter les trois singes de la sagesse, célèbre allégorie de l’art asiatique, l’un se masquant la vue, l’autre se couvrant la bouche, le troisième se bouchant les oreilles. Ils ont choisi de rejouer la pièce de la droite la plus bête du monde jusqu’à quand ?

>La droite compte dans ses rangs un ancien ministre de SARKOZY, C’EST XAVIER BERTRAND FAISONS CONFIANCE à CET HONNETE HOMME.

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