L’éditorial Par Yves de Kerdrel

La droite et le devoir d’inventer.

Mercredi 11 septembre 2013 // La France

Plutôt que de faire sa rentrée sur un droit d’inventaire, qui ne saurait être pratiqué que par Sarkozy lui-même, l’opposition ferait mieux de se livrer au devoir d’inventer.

Mark Twain a écrit cette phrase très juste : « La gauche invente des idées nouvelles que la droite adopte sitôt qu’elles sont usées. » C’est ce qui vaut sans doute à notre cher et vieux pays d’avoir « la droite la plus bête du monde », pour reprendre la célèbre formule de Guy Mollet. La gauche a inventé ce crime contre la croissance qui s’appelle l’ISF. La droite chiraquienne l’a repris à son compte et l’a même durci. La gauche a inventé les 35 heures. La droite, en raison des mesures alors prises par François Fillon, les a légitimées et en a fait un acquis social. La gauche a inventé l’écologie politique. La droite l’a reprise à son compte pour en faire l’insupportable principe de précaution.

Les exemples sont, hélas, tellement nombreux qu’il vaut mieux s’arrêter là. Ou presque. Car la gauche de Lionel Jospin a aussi inventé, en 1997, la formule du "droit d’inventaire", afin d’en finir avec le mitterrandisme. Ce qui ne l’a pas empêché de faire au moins autant de bêtises que l’ancien président de la République. À tel point que le candidat du Parti socialiste n’a même pas été retenu pour le second tour de la présidentielle de 2002. Et voilà que maintenant certains, à droite, de Laurent Wauquiez à François Fillon, veulent faire l’inventaire du quinquennat de Nicolas Sarkozy. Leur argument est que pour être crédibles dans leurs propositions, il leur faut être honnêtes dans le bilan du passé.

Drôle de conception de la politique qui consiste à tout ramener à des querelles de personnes, à des chocs d’ego, à des disputes de clans, pendant que les Français voient, chaque jour, leur situation personnelle se détériorer, pendant que les socialistes ont déjà détruit près de 500 000 emplois depuis leur accession au pouvoir et pendant que l’incompétence du ministre de l’Intérieur et l’inconscience de la garde des Sceaux replongent le pays dans l’insécurité générale, la violence et le communautarisme. N’y a-t-il rien de plus urgent, pour un opposant à la majorité actuelle, que de tirer sur son propre camp, d’insulter le passé à défaut de savoir imaginer l’avenir et de faire le lit des extrémismes de tout bord en faisant ainsi croire
qu’il n’y a pas de différence entre la droite et la gauche ?

Une seule personne est autorisée à faire le bilan des années Sarkozy, c’est Nicolas Sarkozy en personne. Et il faut avoir la mémoire bien courte pour oublier tout ce que l’ancien chef de l’État a regretté d’avoir fait de manière insuffisante au cours de ses cinq années de présidence. Une contrition qu’il a faite à de très nombreuses reprises pendant toute la campagne présidentielle de 2012. Sur l’ouverture à de fausses valeurs de gauche. Sur l’impérieuse nécessité de mieux protéger le pays contre l’immigration clandestine et l’invasion de produits fabriqués par des pays ne respectant pas les règles du jeu mondial. Sur la maîtrise de notre destin national, dans une Europe détournée de son esprit et de son rôle par des technocrates bruxellois. Sur la réforme du modèle social français par la guérison de cet insupportable cancer de la société qu’est devenu l’assistanat de masse. Sur tout cela, Nicolas Sarkozy n’a pas attendu les réquisitoires de Roselyne Bachelot, d’Alain Juppé
de jean-Pierre Raffarin pour s’exprimer et dessiner les contours d’un programme de reconquête.

Plutôt que de laisser, pendant tout cet été, le monopole de la parole publique à des socialistes qui n’avaient rien à dire, rien à proposer, rien d’autre à faire que d’imaginer la France de 2025, la droite aurait mieux fait de se distinguer par un devoir d’inventer au lieu de s’invectiver par des petites phrases sur le droit d’inventaire. C’est à la droite qu’il revient aujourd’hui d’inventer les solutions pour redresser le pays que les socialistes mettent au bord du dépôt de bilan. C’est à la droite qu’il revient de recréer les conditions d’un ordre républicain, pour permettre un retour à la sécurité, une baisse de la délinquance et un arrêt immédiat de l’immigration. C’est encore à la droite qu’il revient de permettre à chacun de travailler aussi longtemps qu’il le souhaite, de créer de la richesse sans être spolié et d’inventer sans être bridé.

La rentrée politique va être marquée par une réforme des retraites aberrante, inefficace et injuste, par une réforme pénale laxiste et par un budget en trompe l’oeil. Mais surtout par de nouveaux maquillages des chiffres du chômage, par des mensonges à répétition sur les statistiques de la délinquance et par un système scolaire en perdition. Ce sont là autant de raisons pour que l’opposition sorte enfin de son silence, porte le cri des millions de Français qui subissent cette chape de plomb socialiste et soit une vraie force de proposition. Avec des idées neuves, des idées simples et des idées claires.

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