La droite doit revoir son logiciel.

Jeudi 24 septembre 2015 // La France

Il a trois ans, il n’y avait ni migrants ni terrorisme. Aujourd’hui, ces deux sujets constituent la préoccupation des Français qui ne veulent pas perdre leur identité.

La gauche vient de vivre une semaine de spasmes, comme cela lui arrive de temps en temps, quand elle est laminée dans plusieurs scrutins consécutifs ou quand elle est usée par un pouvoir dont elle ne sait plus trop quoi faire. Les Verts sont de plus en plus tentés par une alliance Duflot-Mélenchon, qui agace les moins sectaires de cette formation. Quant au Parti socialiste, sa rentrée, s’est faite sous le signe de la division, du désordre, voire de l’invective, avec comme chiffon rouge le ministre de l’Économie, Emmanuel Macron. Il ne faudrait pas croire pour autant que parce que le PS est sur la voie de l’implosion entre réformateurs et frondeurs, parce que la majorité se présente en ordre dispersé aux élections régionales, parce que le vote de la loi de finances pour 2016 va encore donner lieu à des psychodrames et à des grincements de dents, la droite a déjà gagné l’élection présidentielle de 2017. Bien sûr, elle est aujourd’hui en meilleur état qu’il y a trois ans, quand les ténors de l’ex-UMP se battaient pour en prendre la présidence. Bien sûr, elle a heureusement vite abandonné son idée d’exercer un droit d’inventaire du quinquennat précédent. Bien sûr, elle a gagné toutes les élections nationales ou partielles de manière magistrale.

Mais si tout cela est une condition nécessaire pour pouvoir revendiquer de redresser le pays dans deux ans, ce n’est pas une condition suffisante. La preuve en est que Marine Le Pen est en tête dans bien des sondages portant sur le premier tour de la présidentielle. Le vote Front national est, certes, principalement un vote de protestation, un vote de colère, un vote de refus face aux élites de droite comme de gauche.

 Mais la formation créée par jean-Marie Le Pen est surtout celle qui prétend, aujourd’hui, le mieux pouvoir rendre aux Français la maîtrise de leur destin, dans un monde marqué par les flux migratoires gigantesques, la montée des communautarismes et des crises financières à répétition qui sont sources d’angoisse pour des millions de Français. Alain juppé vient de faire sa rentrée politique avec toute une série d’idées intéressantes pour réformer l’école. François Fillon, pour sa part, a présenté, la semaine dernière, un programme audacieux de redressement du pays, avec un grand nombre de mesures très fortes, comme l’abandon des 35 heures, l’abolition de l’ISF, la réforme en profondeur du droit du travail et surtout une baisse colossale des dépenses publiques. Il faut se féliciter d’avoir enfin des leaders de l’opposition qui proposent plutôt que de se regarder en chiens de faïence.

Il ne faudrait pas, cependant, oublier que les principales préoccupations des Français, aujourd’hui, ne sont plus l’emploi, le logement ou l’éducation. Là où ils attendent de nos politiques des réponses concrètes, c’est en matière d’immigration, au moment où l’Onu a dénombré depuis le début de l’année un nombre de migrants équivalent à la population de Nantes. Ce qu’ils veulent savoir, c’est comment la France va pouvoir rester un État de droit face à cette immigration clandestine que la gauche regarde entrer avec béatitude et angélisme. En 2007, ils ont applaudi un Nicolas Sarkozy qui avait promis de « nettoyer au Karcher » les quartiers sensibles. Aujourd’hui, ils demandent non plus de belles déclarations, mais du courage, de la volonté et de l’autorité.

Il y a trois ans, quand la droite a commencé à se reconstruire, il n’y avait ni migrants ni terrorisme. Aujourd’hui, ces deux sujets, avec l’horreur et l’angoisse qu’ils véhiculent, constituent l’actualité quotidienne et donc la préoccupation des Français qui redoutent de voir disparaître leur identité et leur mode de vie après avoir déjà perdu leurs frontières et leur souveraineté. Curieusement, ces sujets sont quasi absents des programmes et des déclarations de François Fillon et d’Alain Juppé. Ils ont encore quelques mois pour corriger le tir. Eux, comme tous les autres candidats de droite, ont encore quelques mois pour relire ce que disait le général de Gaulle, en décembre 1965, pendant la campagne présidentielle : « Ce n’est pas la gauche, la France ! Ce n’est pas la droite, la France ! Naturellement, les Français, comme de tout temps, ressentent en eux des courants. Il y a l’éternel courant du mouvement qui va aux réformes, qui va aux changements, qui est naturellement nécessaire, et puis, il y a aussi un courant de l’ordre, de la règle, de la tradition, qui, lui aussi, est nécessaire. C’est avec tout cela qu’on fait la France. Prétendre faire la France avec une fraction, c’est une erreur grave et prétendre représenter la France au nom d’une fraction, c’est une erreur nationale impardonnable. » À bon entendeur !

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