Espagne

La descente aux enfers D’Inaki Urdangarin.

Mardi 12 mars 2013 // L’Europe

www.innovation-democratique.org

Inaki Urdangarin, est poursuivi pour corruption. Le procès met aujourd’hui l’Espagne au banc des accusés.

Cela s’appelle être sur la pente descendante. C’est ce que devait penser Inald Urdangarin le 23 février en descendant, suivi de son avocat, Mario Pascual Vives, les quarante mètres de rampe qui séparent la rue Perellades de l’entrée du tribunal de Palma [de Majorque], où il devait comparaître devant le juge Castro. [Soupçonné d’avoir détourné des millions d’euros en utilisant son réseau aristocratique pour bénéficier de contrats pour sa fondation sportive, l’institut Nôos, Urdangarin est accusé de huit délits.]

Pendant l’année écoulée, entre le 25 février 2012, jour de sa première citation, et ce 23 février 2013, tout est allé de mal en pis. L’élégant duc de Palma, gendre du roi depuis son mariage avec l’infante Cristina, abordait alors son rendez-vous chez le juge avec l’air contrit d’un enfant sage qui a été trahie. Aujourd’hui, le traître il a pris dix ans, perdu 10 kilos et s’est transformé en une sorte de spectre hâve, tourmenté, solitaire, telle chevalier à la Triste Figure.

L’homme portait un jean, un manteau et une écharpe si serrée qu’on aurait dit une corde de pendu. "Bonjour" : c’est tout ce qui est sorti de la bouche d’Inaki lorsqu’il est passé devant la centaine de journalistes qui l’attendaient, l’accréditation pratiquement à la bouche, amassés derrière une barrière,sous l’oeil vigilant de nombreux policiers. Urdangarin est ressorti du palais de justice cinq heures plus tard, tout aussi imperturbable, accueilli par cinq motards et une voiture entourée de quatre gardes du corps, sans qu’il ressorte de sa déclaration autre chose que sa volonté de dissocier la maison royale de ses activités au sein de l’institut Nôos [plusieurs courriels publiés s’ajoutent aux déclarations de Diego Torres, son ancien partenaire dans l’institut Nôos, et suggèrent que le roi était au courant de tout].

Cette tentative paraît téléguidée et tardive après que, vingt-quatre heures plus tôt, l’ancien joueur de handball olympique, ancien membre de la famille royale, qui accompagnait son épouse aux réceptions les plus solennelles de l’Etat, ce duc adulé des politiques, est apparu en couverture du New York Times. Le quotidien américain le décrivait non pas comme un grand mécène, un remarquable chef d’entreprise ou un futur président du Comité olympique international - ce qu’il a peut-être rêvé de devenir -, mais comme celui qui à trahi l’Espagne et son roi.

Quel que soit le résultat de sa comparution devant le juge Castro, la dégringolade d’Urdangarin, qui est venu à Palma seul, sans son épouse, s’avère inéluctable. Il est apparemment très difficile de renoncer à l’ivresse du succès et de l’argent facile une fois qu’on y a goûté : en effet, Inaki est resté sourd à tous les appels à revenir dans le droit chemin. Prolonger son exil doré à Washington, sur les recommandations de sa belle-famille, pour fuir les projecteurs ? Très peu pour lui. Payer la caution de 8 millions imposée par le juge ? Une peine injuste.., alors même qu’il est accusé d’avoir détourné 6 millions d’euros de fonds publics avec sa fondation à but non lucratif. Il n’en fait qu’à sa tête. Il campe sur ses positions et refuse de faire amende honorable.

On dirait qu’Inaki vit dans une autre réalité. Rien à voir avec le macho sûr de lui qui, dans un courriel envoyé à Carlos Garcia Revenga [le secrétaire particulier de l’infante Cristina], se vantait de pouvoir satisfaire à lui seul une équipe féminine de cyclistes à forte poitrine. Aujourd’hui, il n’est plus que l’ombre de lui-même. Amaigri, tourmenté, seul. Expulsé du site web de la famille royale. Sans boulevard portant son nom dans le centre de Palma [à la demande des habitants de l’île, qui voulaient le dissocier du nom de leur ville, l’un des principaux boulevards qui s’appelait jusqu’à maintenant Les Ducs de Palma, en l’honneur au gendre du roi et de son épouse, a été renommé le Boulevard]. Rejeté par les citoyens et les autorités qui lui ont tant donné. Soutenu par sa seule épouse, le très viril duc de Palma a aujourd’hui la queue entre les jambes. Et la chute n’en sera que plus douloureuse. Le 23 février 1981, le roi avait réussi à s’opposer aux putschistes et à sauver la couronne. Le 23 février 2013, le mari de sa fille a réussi à le mettre dans une humiliante situation.

L’ennemi parfois est dans la maison.

Répondre à cet article