La conférence de BERLIN de 1885 - Conférence où l’Europe décida de conquérir l’Afrique

Mercredi 15 octobre 2014 // L’Histoire

Pendant de longues années, l’intérieur du continent africain, souvent difficile d’accès, n’a pas intéressé les puissances européennes qui se contentaient d’y établir des escales ou des comptoirs de commerce. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, l’appétit des puissances Européennes est stimulé par la découverte de richesses insoupçonnées, à l’image des mines de diamants du Transvaal découvertes en 1867.

Durant les années 1880, les visées colonisatrices européennes en Afrique s’intensifient jusqu’à créer des tensions entre les différentes puissances. En 1881, la France occupe la Tunisie froissant au passage la susceptibilité de l’Italie, pose ses premiers jalons dans les territoires constituant l’actuelle République du Congo et s’empare de la Guinée en 1884. En 1882, le Royaume-Uni s’empare de l’Égypte, une province de l’Empire ottoman avant de se tourner vers le Soudan et l’actuelle région du Somaliland (que les colonisateurs dénommeront en 1884 Somalie britannique). En 1885, l’Italie prend possession d’une partie de l’Érythrée, alors que l’Allemagne déclare en 1884 avoir pris possession du Togo, du Cameroun, du Sud-Ouest africain (l’actuelle Namibie) et de l’Afrique orientale allemande en 1885.

La conférence de berlin fut convoqués de novembre 1884 à février 1885.à cette conférence fut décidé le partage systématique de l’Afrique et l’installation de façon durable de la colonisation de l’Afrique.

La concurrence engendrée par l’exploration du bassin du Congo (1874-1877) par Henry Morton Stanley, qui efface l’une des dernières terra incognita de la carte du continent, conduit à l’organisation de la conférence de Berlin. En 1876, la conférence de géographie de Bruxelles (12-19 septembre 1876) avait été convoquée par le roi des Belges Léopold II afin d’envoyer des expéditions au Congo pour les motifs présumés d’y abolir la traite des Noirs maintenue par les arabes et, selon ses propres termes, de « civiliser » le continent africain. Elle aboutit à la création de l’Association internationale africaine. Dès 1878, le roi Léopold II saisit l’occasion de la traversée du continent par H.M Stanley pour l’inviter à se joindre aux travaux de la nouvelle association.

En 1878, la Belgique créé aussi l’Association internationale du Congo qui présente des objectifs plus explicitement économiques ; elle reste toutefois en relation avec l’Association internationale africaine qui lui offre un paravent philanthropique. Stanley est chargé de retourner au Congo avec la mission secrète d’établir un État, le futur État indépendant du Congo, dont il serait le chef au nom de l’Association internationale africaine.

Dans le même temps, la France affirme son intérêt pour la région : l’officier Pierre Savorgnan de Brazza remonte le bassin du Congo pour fonder Brazzaville en 1881. Le Portugal, qui s’appuie sur des traités antérieurs signés avec l’Empire Kongo, revendique une souveraineté sur ces mêmes territoires. Il passe le 26 février 1884 un accord avec le Royaume-Uni pour bloquer l’accès de l’océan Atlantique à l’Association internationale du Congo. Le Portugal conçoit alors l’idée d’une conférence internationale pour le partage de cette région. L’idée fut immédiatement reprise par l’Allemagne avec le chancelier Bismarck qui convoqua la Conférence de Berlin le 14 novembre 1884.

La conférence

Bismarck se pose en médiateur de la crise, profitant de l’occasion pour affirmer un peu plus le rôle central de l’Allemagne dans le concert des nations. Quatorze puissances participent aux débats : Allemagne, Autriche-Hongrie, Belgique, Danemark, Empire ottoman, Espagne, États-Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Pays-Bas, Portugal, Russie, Suède. Les peuples et les rois africains sont tenus à l’écart de toutes les discussions. La conférence présente un ordre du jour plus important que la simple question congolaise. On y parle principalement de la liberté de navigation et de commerce ainsi que des modalités d’installation sur les côtes.

Deux conceptions s’opposent. D’un côté, Bismarck entend garantir la liberté de navigation et de commerce dans toute la zone. De l’autre, le Portugal, soutenu par le président du conseil français Jules Ferry, conçoit les colonies comme un monopole commercial détenu par la métropole. Au final, la conférence établit une liberté de commerce étendue dans les bassins du Congo et du Niger, mis à part dans le domaine du transport d’armes.

Les frontières du nouvel État sont fixées : au total, Léopold II de Belgique reçoit, à titre personnel, deux millions et demi de kilomètres carrés qui deviendront plus tard l’État indépendant du Congo. Au nord-ouest de l’État ainsi formé, 500 000 km2 reviennent à la France (bientôt baptisé Congo-Brazzaville). La France se voit aussi attribuer la partie intérieure du Niger dont le Royaume-Uni contrôle le delta. Du côté allemand, on espère que les concessions territoriales faites à la France atténueront le ressentiment né de la perte de l’Alsace-Lorraine à la suite de la guerre franco-prussienne de 1870. Le Portugal abandonne ses prétentions au nord de l’estuaire du Congo, sauf en ce qui concerne l’enclave de Cabinda.

Participants


États participants

chef d’État

chef du gouvernement

représentants/participants

Flag of the German Empire.svgEmpire allemand

Guillaume Ier

Otto von Bismarck

Otto von Bismarck, Paul von Hatzfeldt (en), Clemens Busch (en)
et Heinrich von Kusserow (de)

Flag of Austria-Hungary 1869-1918.svgEmpire austro-hongrois

François-Joseph Ier

Eduard Taaffe

Emerich Széchényi de Sárvári Felsö-Vidék

Flag of Belgium (civil).svgBelgique

Léopold II

Auguste Beernaert

Gabriel Auguste van der Straten-Ponthoz (de) et Auguste Lambermont

Flag of Denmark.svgDanemark

Christian IX

Jacob Brønnum Scavenius Estrup

Emil von Vind

Flag of Spain (1785-1873 and 1875-1931).svgRoyaume d’Espagne

Alphonse XII

Antonio Cánovas del Castillo

Francisco de Benomar

US flag 38 stars.svgÉtats-Unis

Chester Alan Arthur

Chester Alan Arthur

John A. Kasson (en) et Henry Shelton Sanford

Flag of France.svgRépublique Française

Jules Grévy

Jules Ferry

Alphonse Chodron de Courcel

Flag of the United Kingdom.svgRoyaume-Uni

Victoria

William Ewart Gladstone

Edward Malet (en)

Flag of Italy (1861-1946).svgRoyaume d’Italie

Humbert Ier

Giovanni Giolitti

Eduardo de Launay

Flag of the Netherlands.svgPays-Bas

Guillaume III

Jan Heemskerk

Philipp van der Hoeven

Flag Portugal (1830).svgRoyaume de Portugal

Louis Ier

Fontes Pereira de Melo

Antônio José da Serra Gomes (pt) et António de Serpa Pimentel

Flag of Russia.svgEmpire russe

Alexandre III

Mikhaïl Kristoforovitch Reutern

Pierre Kapnist (ru)

Union Jack of Sweden and Norway (1844-1905).svgSuède-Norvège

Oscar II

Robert Themptander

Gillis Bildt

Ottoman flag alternative 2.svgEmpire ottoman

Abdul Hamid II

Mehmed Said Paşa (en)

Mehmed Said Paşa (en)

Réglementation

Acte général

Son « acte », le 23 février 1885, établit les points suivants :

  • Toute puissance européenne installée sur la côte peut étendre sa domination vers l’intérieur jusqu’à rencontrer une « sphère d’influence » voisine. Mais le traité exclut le principe de l’hinterland qui permet l’annexion automatique de l’arrière-pays par un État maîtrisant son littoral.
  • Il ne peut y avoir annexion que par l’occupation effective du terrain et les traités conclus avec les populations indigènes doivent être notifiés aux autres nations colonisatrices.
  • Liberté de navigation sur les fleuves Niger et Congo et liberté de commerce dans le bassin du Congo.
  • « Interdiction de l’esclavage. La réalité fut bien différente » !
  • La Conférence a, enfin, pris acte de l’existence de l’État indépendant du Congo en tant que puissance souveraine, territoire appartenant en propre au roi Léopold II de Belgique (et qui deviendra une colonie belge en 1908). La France obtient la reconnaissance de son autorité sur la rive droite du Congo et de l’Oubangui.

La Conférence de Berlin rappelle l’interdiction de la traite et invite les signataires à contribuer à son extinction.
La notion de « sphère d’influence » apparaît pour la première fois dans un traité international à cette occasion.

Découpages bilatéraux « Portugal - Royaume-Uni » : le gouvernement portugais présente un projet connu sous le nom de « Carte rose » dans lequel les colonies de l’Angola et du Mozambique étaient réunies sur un axe est-ouest. Tous les pays réunis, à l’exception du Royaume-Uni, sont prêts à entériner ce projet. En 1890, le gouvernement britannique, en violation du traité de Windsor et du traité de Berlin lui-même, lance un ultimatum demandant que les Portugais se retirent de la zone située entre les deux colonies. Cet espace sera une dizaine d’années plus tard occupé par la Rhodésie de la BSCA britannique.

  • France - Royaume-Uni : une ligne courant depuis Say au Niger jusqu’à Baroua, sur la côte nord-est du lac Tchad, détermine la zone dévolue à chacun des deux pays. La France se voit doter du territoire situé au nord de cette ligne et le Royaume-Uni la zone au sud de la limite. Le bassin du Nil reste la propriété des Britanniques. De plus, entre le onzième et le quinzième degré de longitude, la frontière passera entre le royaume du Ouaddaï, qui sera français, et le Darfour au Soudan, qui sera britannique. En réalité, une zone tampon de 200 kilomètres est mise en place entre le vingt-et-unième et le vingt-troisième parallèle. Le contentieux sera levé en 1898 à l’issue de la crise de Fachoda.
  • France - Allemagne La zone située au nord de la ligne formée par l’intersection du quatorzième parallèle et Miltou est considérée comme française, celle située au sud-est allemande.

Royaume-Uni - Allemagne La ligne de démarcation entre les colonies des deux pays est formée par une ligne passant par Yola, sur la rivière Bénoué, Dikoa, en remontant jusqu’au lac Tchad.

France - Italie L’Italie se voit attribuer la zone comprise dans le quadrilatère formé par le Tropique du Cancer, le quinzième parallèle et les dix-septième et vingt-et-unième méridiens.

Conséquences La conférence de Berlin n’a pas partagé l’Afrique entre les puissances coloniales, elle ne fait qu’établir les règles de ce partage. Mais elle n’a pas pu empêcher les conflits entre colonisateurs, comme le montrent la crise de Fachoda en 1898 et les crises marocaines de 1905 et 1911.

Bibliographie Adam Hochschild, - La terreur coloniale dans l’État du Congo, 1884-1908, Tallandier, 2007

  • Luigi Nuzzo, Colonial Law, European History Online, Mayence : Institute of European History, 2010, consulté le 28 février 2013.
  • Henri Wesseling, Le partage de l’Afrique - 1880-1914, Folio Histoire Gallimard, 2002
  • Henri Wesseling, "les empires coloniaux européens 1815-1919" Folio histoire inédit ISBN 978-2-07-036450-3 (2004)
  • Bernard LUGAN "Histoire de l’Afrique des origines à nos jours" Editions Ellipses
  • Bernard LUGAN "Atlas historique de l’Afrique des origines à nos jours" Editions du Rocher
  • Bernard LUGAN "Histoire de l’Afrique du Sud" Editions Ellipses
  • Bernard LUGAN "La guerre des boers 1899-1902" Editions Perrin
  • John Iliffe "Les Africains : Histoire d’un continent " Editions Champs histoire
  • Elikia M’bokolo et Sphie Le Calennec "Afrique noire : Histoire et civilisation du XIXe siècle à nos jours" 2004
  • François-Xavier Fauvelle-Aymar "Histoire de l’Afrique du Sud" Editions l’Univers historique Seuil - 2006
  • Henri Brunschwig "Le partage de l’Afrique noire" Editions Champs histoire - 2009
  • Eric Deroo "La grande traversée de l’Afrique 1896-1899 : Congo Fachoda Djibouti" édition bilingue français-anglais
  • Anthony Clayton "Histoire de l’armée française en Afrique : 1830-1962" Editions Albin Michel - 1994

Filmographie Joël Calmettes, Berlin 1885, la ruée sur l’Afrique, 2010 (IMDb)

Notes et références La Conférence géographique de Bruxelles (1876).

  1. Le pays du Congo fut divisé en trois parties, précisément : le Congo Léopoldville pris par les Belges, le Congo Brazzaville pris par la France et l’Angola qui appartenait historiquement au Portugal. Toutes ces régions formaient l’ex-royaume du Kongo.
  2. Le 12 mai, le traité du Bardo fait de la Tunisie un protectorat français.
  3. Le Rwanda ne sera découvert par les Européens qu’en 1894.
  4. Toutes charges et toutes responsabilités sont déclinées par la Belgique, comme le confirmera l’article 62 de la Constitution votée, les 28 et 30 avril 1885, par la Chambre des représentants belge. Léopold II lèguera toutefois ce territoire à la Belgique en 1908.
  5. La reconnaissance de l’AIC est le produit d’une série de traités bilatéraux signés entre le 22 avril 1884 et le 26 février 1885 entre celle-ci les différentes puissances coloniales.

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