Politique Magazine.

La classe dirigeante s’ingénie faire du neuf avec du vieux.

Henri d’Orléans, comte de Paris.

Samedi 15 novembre 2014 // La France

Henri d’Orléans, comte de Paris, pose un regard critique sur la situation actuelle de notre pays. Pour l’héritier des rois de France, l’histoire offre cependant maints exemples de redressement. Encore faut-il savoir en tirer les leçons.

MONSEIGNEUR, COMMENT JUGEZ-VOUS LA SITUATION POLITIQUE ACTUELLE ?

Comme bon nombre de Français, je constate que la France se trouve dans un état de déliquescence dramatique qui pourrait générer les pires débordements. Le pouvoir actuel, politique, économique et social se nourrit de sa propre décomposition. Il a soif d’argent, de toujours plus d’argent et ne vit plus que de compromissions et de pactes de fausses alliances... Il va même jusqu’à casser les liens anciens de solidarité dès que cela lui semble utile et utilisable. Quels sont ceux, parmi les politiques, qui sont vraiment amoureux de la France et des Français, ce peuple que nous aimons tant mais que nous voyons sombrer dans une nuit opaque et terrifiante ? Seul compte pour eux le pouvoir, rien que le pouvoir. Ce dernier, acoquiné à la finance - qu’ils prétendent « détester » mais qu’ils ont favorisé par de nombreux lobbies à Bruxelles, à Strasbourg et dans les instances mondialistes -, pompent le fluide monétaire qui ne circule plus vers la base, privée de surcroît d’une grande partie de ses libertés. Quant à l’argent électronique, sa nature est virtuelle. Il nous apparaîtra un beau matin, lorsqu’on s’en rendra compte - mais trop tard - que « le grand Duc est nu » !

Une véritable gouvernance devrait faire prendre conscience que l’essentiel est de s’accomplir dans un travail que l’on aime et un projet d’avenir épanouissant. Un pouvoir juste doit mettre en oeuvre les moyens pour que chacun puisse exercer sa liberté dans la dignité.

LES INSTITUTIONS SONT-ELLES À LA HAUTEUR DE LA CRISE ?

Nous sommes en 2014 et la France s’accroche encore aux acquis de 1789, cette grande révolution matrice de toutes les révolutions du XIX° et du XX° siècle, ayant généré trois guerres mondiales. Notre classe dirigeante s’ingénie ainsi à copier le « Sapeur Camenber » qui « faisait du neuf avec du vieux ». J’en veux pour preuve le nouveau « patchwork » des régions de France qui ressemble à un découpage d’enfant de maternelle à qui on aurait confié des ciseaux et des crayons de couleurs. N’aurait-il pas été plus sensé, et source d’économies, de conserver les régions actuelles et de supprimer départements et cantons - nés de 1789 - en tenant compte d’aménagements possibles dans le domaine de la santé ou de la justice ? En revanche, dans le mode de vie et les particularismes de nos provinces, la place des maires demeure essentielle.

S’IL FALLAIT FAIRE TROIS RÉFORMES IMMÉDIATES, QUELLES SERAIENT-ELLES ?

Gouverner, c’est prévoir. Il existe des fondamentaux dans toute réflexion politique et sociale saine. Le premier, c’est de bien connaître son peuple, dans la diversité de ses milieux sociaux, des plus simples aux plus favorisés. Bien connaître les Français à toujours été mon souci majeur. C’est même l’histoire « d’un grand amour » qui ne tient compte d’aucun obstacle ni d’aucun clivage !

Le deuxième, c’est de connaître nos racines et notre histoire - intimement liée à une géographie particulière - pour prévoir l’évolution probable du monde dans lequel nous vivons ; voir ses forces mais aussi ses menaces ; si l’on n’y prend garde, les dérèglements climatiques, écologiques, peuvent nous précipiter dans l’abîme... C’est pourquoi les décisions prises sans discernement, au mépris du présent et de l’avenir, marquent le refus d’entendre les Français désireux de construire leur vie, de faire, d’entreprendre ou de donner du travail.

Le troisième, qui est la base de tout, concerne l’éducation et l’enseignement de notre passé, de notre histoire, de notre langue, de notre éthique. C’est une exigence de civilisation qui se poursuit par l’apprentissage des sciences et des mathématiques, par celui des arts et des métiers.

Au Moyen Âge, déjà, sans voitures ni trains ni avions, l’Europe de la culture était une réalité. Les étudiants, à pied ou à dos de mulet, voyageaient de Prague à Cordoue et de la Toscane à Paris pour recevoir l’enseignement des universités qui avaient une approche universelle de la connaissance. Cette dernière puisait aux mêmes sources, celles de la Grèce antique, de la science et de la culture apportées par cette belle civilisation arabe d’Andalousie, tout comme à l’exégèse des textes sacrés. Ainsi, tous portaient dans leur âme et dans leur cœur l’idée d’un Créateur qui les dépassait. Or, le nihilisme actuel, imposé, a détruit dramatiquement tout souci d’espérance et de foi.

Dès lors, faut-il s’étonner que l’individualisme ait été érigé en valeur suprême ? Celui-ci se traduit, entre autre, par cette maladie congénitale de notre pays, à savoir ce virus endémique des « privilèges » auxquels nul corps politique, économique ou social ne veut renoncer. Faut-il que la France ne puisse évoluer qu’en se révoltant contre ces « Bastilles » ?

DANS L’HISTOIRE DE FRANCE, QUELLE GRANDE FIGURE DE RÉFORMATEUR VOUS MARQUE PARTICULIÈREMENT ?

Parmi tous ceux de mes ancêtres, celui qui me fascine le plus est le roi Charles VII. Nous sommes à la fin d’une guerre qui aura duré cent ans, qui a détruit, saccagé des régions entières... Le « petit roi de Bourges », comme le désignent ses ennemis, conquiert Orléans en un an - certes grâce à Jeanne d’Arc - et se fait sacrer à Reims. Trois ans plus tard, les Anglais sont « boutés hors de France. Les structures héritées du Moyen Âge sont alors obsolètes et il faut tout réinventer. En moins de six ans, soutenu par Jacques Cœur, son grand-argentier, et aidé par Agnès Sorel, premier top model de l’histoire qui lance la mode, l’industrie et les arts sont relancés, les foires renaissent dans tout le royaume et les ports de commerce rapportent des devises. Le Roi poursuit ses réformes, modernisant l’armée, inventant des stratégies adaptées à l’utilisation d’un armement nouveau. L’agriculture et la pêche se développent. À la fin de son règne, son fils Louis XI consolide le territoire, invente la poste et fait de ce moyen de communication un atout pour son pays. D’ailleurs notre poste actuelle porte toujours les couleurs « sable et or » (noir et jaune) que le Roi lui avait octroyées. La France commence à devenir une grande puissance.

Notre pays a toujours eu la capacité de se redresser après de grands malheurs. Encore faut-il qu’on lui permette d’avoir cette ambition et qu’on lui insuffle cette force. Il ne faut jamais désespérer.

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