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La République « pas » exemplaire !

Jeudi 16 mai 2013 // La France

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François Hollande n’aime pas les riches, c’est entendu. Qu’il doit se sentir mal à l’aise le mercredi matin en conseil des ministres ! De Laurent Fabius qui a déclaré 6 millions d’euros de patrimoine à la pauvre Belkacem qui se contente de 100 000 euros, les ministres de la « République exemplaire » pèsent tout de même, si l’on compte bien ce qui est déclaré, 35 millions d’euros. Naturellement, on se demande si certains d’entre eux n’ont pas été tentés de pécher par omission dans ce bouleversant exercice de probité morale. Le seul élément intéressant dans la déclaration de patrimoine d’un élu n’est-il pas ce qu’il n’y fait pas figurer ? Les mauvais esprits pourraient même s’interroger sur la sincérité de l’engagement socialiste quand ses plus hauts représentants possèdent des patrimoines de millionnaires.

Tout comme Fabius, est-ce que Michel Sapin (2,15 millions d’euros) ou Marisol Touraine (1 million d’euros) sans parler de Jean-Marc Ayrault lui-même (1,5 million d’euros) sont capables de comprendre le sort des 9 millions de Français vivant sous le seuil de pauvreté avec 820 euros par mois (14,5 % de la population) ? D’ailleurs, la question se pose également pour François Hollande qui, lors de son entrée à l’Elysée, avait déclaré 1,17 million d’euros de patrimoine... Sans compter celui des compagnes ! Le problème, finalement, n’est plus de savoir qui est malhonnête, mais qui est riche.

Avec cet exercice d’enfumage dont il a le secret, le chef de l’État a cru trouver le moyen de mettre fin aux ravages provoqués par l’affaire Cahuzac. A l’heure où 77% des Français jugent les hommes politiques « plutôt corrompus », cette mesure prise dans l’urgence et dans le seul but de détourner - pour un temps - la colère de l’opinion, comporte pourtant le risque évident d’étendre la suspicion sur l’ensemble des élus. Le chantage à la transparence qui va être imposée par la loi dite de « moralisation » de la vie politique, prévoit ainsi que chaque élu devra déclarer son patrimoine. C’est cher payer une « trahison » dont la gauche et le gouvernement sont les seuls victimes. Car ce que révèle l’affaire Cahuzac, c’est que la richesse est aujourd’hui à gauche. Elle fait vivre les lobbies de gauche, les alimente et leur donne la clientèle politique pour faire- passer •leur loi : telle est la République exemplaire de François Hollande...

L’affaire Cahuzac est, en effet, exemplaire d’un certain mode de fonctionnement du système : mensonge et corruption font donc bon ménage avec les leçons de démocratie morale assénées à tout bout de champs par les supermoralistes qui nous gouvernent. Mais, « si une affaire devient un scandale public, c’est parce qu’une société est en crise », explique l’historien Jean Garrigues dans l’entretien qu’il nous accorde. De fait, dans un contexte de crise économique et sociale - mille chômeurs de plus pointent chaque jour au Pôle emploi ! -, alors que l’autorité du président de la République est de plus en plus contestée de tous les côtés et que plus personne ne croit à l’efficacité du gouvernement, jamais les Français n’ont semblé autant rejeter leur classe politique. La cote de popularité de François Hollande en est le témoin avec 24% d’opinions dites favorables, soit, tout de même, 75% de défavorables !

Transparence, justice sociale, égalité des droits : ces slogans creux rabâchés en boucle ont perdu, depuis l’affaire Cahuzac, toute légitimité. Le gouvernement peut-il encore se permettre d’administrer des leçons de vertu ? Puisque c’est au nom de sa prétendue supériorité morale que la caste des dirigeants socialistes se croit fondée à accabler les Français d’impôts, à fustiger leur identité, à leur imposer la « morale laïque » de Vincent Peillon, à réprimer les opposants au mariage homosexuel.

Tant sur la manière de faire passer la loi du mariage pour tous par un coup de force légal que par sa façon de mépriser, de rejeter, d’écraser la manifestation vivante d’une France réelle, la République exemplaire de François Hollande se révèle telle qu’en elle-même elle est constituée : une génération de bobos soixante-huitards qui fait du pouvoir le moyen d’imposer sa conception, en drapant de morale son sordide égoïsme.

Elle est d’autant plus violente et cynique qu’elle sait que son heure est en train de passer. Qui s’en plaindra ?

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