La République des camarades.

Dimanche 17 juin 2012, par Hilaire de Crémiers // La France

C’est une affaire entendue : après avoir vitupéré l’État UMP, le premier souci du nouveau gouvernement est de créer l’Etat PS. Question de régime !

La France n’est pas dans de bonnes mains. Ses maîtres sont, non pas des hommes d’État, mais des hommes de parti. Le gouvernement n’est composé que de camarades, essentiellement du parti devenu majoritaire et subsidiairement de partis « frères » ou associés ; et comme les camarades sont nombreux à devoir satisfaire, le gouvernement est pléthorique. Question de combinaison ! La subtilité de cette combinaison gouvernementale ressortit des arrangements d’un comité de quartier ou des partages de postes dans la moindre instance socialiste : il ne s’agit que de complaire à tous ceux - ou, convention oblige, à toutes celles ! - qui peuvent, à un titre ou à un autre, favoriser l’implantation du parti dans l’appareil gouvernemental, lui-même subdivisé en autant de ministères, de secrétariats, de délégations, puis de directions et de sous-directions, autant dire de loges, qu’il y a de propositions dans « le projet » hollando-socialiste.

La France est ainsi livrée à des hommes de main, à des femmes fanatisées, à une bande de bourgeois - car ce sont des bourgeois ! - sans foi ni loi, ainsi qu’eux-mêmes se proclament hautement : pas de foi autre que celle qu’ils ont en eux, et en eux exclusivement, pas de loi autre que celle de leur envie et de leur seule envie. Ils font de la République leur chose à eux, leur religion de substitution qui leur donne autorité en vertu d’un Droit aussi indicible qu’inflexible pour sacraliser l’idéologie dont ils se servent pour justifier leur prétention à gouverner. Ils l’ont dit carrément : ils ont pris le pouvoir avec l’aide des médias pour « ça » ! L’absurde, l’insensé, l’illicite deviendront par leur seule volonté la loi générale qu’il sera interdit de contester, d’enfreindre, d’éviter. Leur morale - car ils affirment qu’ils en ont une ! - sera au-dessus de la morale, leur vérité au-dessus de la vérité, leur objectif au-dessus de tous les biens. Leur norme sera absolue au nom d’on ne sait quelle révélation que leur dicte on ne sait quel « humanisme » et réduira tout autre norme à se relativiser par rapport à elle.

Tout ce qui est national, chrétien, tout ce qui relève de la France éternelle, sera contraint d’accepter d’être englobé, avalé, digéré, absorbé et finalement détruit par leur règle suprême, leur seule « règle d’or ». Où est le contre-pouvoir ? Et y aura-t-il assez de force spirituelle en France, là où elle doit être, douée d’assez de sagesse et d’intelligence, pour dire « non » quand il faudra dire « non ». Non licet !

Car ces maîtres aux allures patelines sont sans vergogne. Tous, ou à peu près tous pour les principaux, sortis de familles catholiques et d’institutions catholiques, connaissent fort bien ce qu’ils foulent au pied ; ils ont fait leur choix ; en France, pareils choix sont toujours explicites ; ils savent ce qu’ils font ; ils n’ont pour excuse que d’appartenir à une génération où l’ambition personnelle, surtout politique, n’avait d’autre possibilité, dans le cadre général de toutes nos institutions, que de renier, d’une manière ou d’une autre, l’essentiel de l’héritage ; d’ailleurs, combien d’hommes d’Église ont eux-mêmes contribué à pareils reniements ? De ce passé au relent clérical, ils ont conservé un air fourbe et artificieusement bonasse, ce langage d’hypocrite fraternité qui vous embrasse pour mieux vous étouffer. Ils affichent des manières paternes et ne parlent pluralisme et participation que pour mieux dissimuler sous des allures de modération leur implacable détermination. Ce qui était déjà le non-dit de notre société sera explicitement exprimé : la négation, le refus radical de tout ce qui constitue l’ordre immémorial, les traditions, l’histoire, la force fondamentale et l’intelligence profonde de notre pays.

LE RÉGIME DES PARTIS

Voilà le beau résultat d’un régime qui, en sapant la France, aboutira inéluctablement à sa propre destruction. Sa fin est bientôt là, quasi programmée, mais dans quel désastre ? Il n’est pas de personne sensée qui n’en ait l’appréhension. Qui connaît un tant soit peu l’histoire, ne se fait aucune illusion. Y-a-t-il encore en France des esprits politiques capables de perspicacité ? Ce qui se passe, ce qui va se passer relève de ces drames connus, répertoriés dont notre histoire a le secret et dont il semble qu’il soit impossible de tirer jamais une leçon ! Nos Républiques successives ont toutes finis de manière catastrophique. Pourquoi ? Il doit bien y avoir une raison, en dehors des sempiternels discours aussi oiseux que prétendument savants de ceux qui se sont toujours trompés, fussent-ils docteurs ès sciences d’État.

Car le mal n’est pas dans l’accession au pouvoir d’une bande de zozos et, paritairement, de zozotes - la France en a tant connu, aussi incompétents qu’irresponsables et qui se croyaient plus malins que les autres ! -, non le mal est dans le régime qui permet ce genre d’insanité.

La Ve République n’est plus un État dont les fonctions régaliennes sont exercées en vue d’un bien commun qui transcende les générations et s’inscrit dans une histoire de longue durée, ce n’est plus aujourd’hui qu’un régime de partis. La seule question politique est de savoir lequel aura le pouvoir et comment ils peuvent ou doivent se le partager, à quel niveau et jusqu’où. « Victoire », « défaite », ces mots qu’ils répètent à l’envi - et les prochaines législatives vont encore en redoubler l’emploi - montrent suffisamment qu’ils considèrent le pouvoir qui leur donne prise sur la France, comme l’unique enjeu de leur bataille.

Les professionnels de cette vie de parti en ont si bien conscience qu’ils n’hésitent pas à se traiter entre eux de politiciens, à se reprocher mutuellement dans des dénonciations réciproques leurs visées et leurs manoeuvres partisanes : ils se connaissent si bien entre eux ! Ils ne sont intéressés que par le pouvoir et les avantages et la gloriole qui y sont attachés. La France n’est qu’un mot dans leur bouche. « Le parti, mon parti, l’investiture de mon parti, l’argent de mon parti... » Et pour quoi ? « Pour ma carrière politique, pour mon ambition personnelle ».
La carrière d’un François Hollande n’a jamais été qu’une carrière d’homme de parti. Rien d’autre en dehors de cette seule vision. Tel est le cadre dans lequel ils évoluent. Le reste n’est qu’habillage idéologique et mesures démagogiques.

PLUS DE VRAIE POLITIQUE

Vouloir insérer une politique nationale dans un tel cadre est impossible. C’est une erreur de jugement. Tout au plus peut-on faire passer quelques idées simples mais qui ne pourront jamais aboutir vraiment et politiquement. Nicolas Sarkozy lui-même a été victime de ce régime des partis. Obligé d’y satisfaire pour donner carrière à son ambition et pour réussir son dessein, il a cru le dominer ; il s’ y est cassé. Les quelques réformes qu’il a voulu instiguer, ont contribué ... pour la plupart, à renforcer ledit régime bien qu’il voulût l’améliorer ; en particulier, il a aggravé son caractère de plus en plus partisan avec une bipolarisation totalement néfaste et qui a fort peu à voir, malgré les apparences, avec les modèles anglo-saxons ou germaniques. Ce qui est national chez les autres, n’est chez nous essentiellement que partisan et idéologiquement partisan. Il s’avère qu’il est vain de vouloir corriger, amender ce maudit régime. Le jeu des partis a tué Sarkozy : quelle leçon ! Un Poincaré, à la fin de sa vie, l’avouait dans ses mémoires : le bien est impossible dans le cadre de telles institutions. Elles sont mauvaises en elles-mêmes et pervertissent les intentions, les intelligences, les coeurs et les hommes .

D’ailleurs, quelle ineptie de prétendre enfermer la politique française dans un programme. Comme si une politique de la France, digne de ce nom, pouvait se réduire à un catalogue de propositions plus ou moins saugrenues. Ces programmes absurdes qui ne tiennent aucun compte de la réalité, ne sont que les instruments démagogiques de la prise du pouvoir. Le pouvoir, leur unique obsession ! Toujours le pouvoir ! Le conquérir, le prendre, le reprendre, s’y installer, en user à son gré, y placer ses hommes, s’y faire une clientèle, se constituer, se reconstituer un électorat en flattant les pires passions, n’envisager la politique intérieure et la politique extérieure que sous l’angle le plus étroit de la vue la plus mesquine, le tout rehaussé de discours d’une éloquence de margoulins dont le ridicule est aussi achevé que la sottise en est insondable.

COURSE À L’ABÎME

Voilà la vérité d’aujourd’hui qu’il faut dire. Ce régime mène la France à sa ruine. Hollande, dans toutes ses interventions, malgré tout ce que proclament les thuriféraires du parti, est d’une platitude exemplaire qui reflète la hauteur de son ambition pour la France, quitte à la mettre en guerre demain sur un coup de tête, histoire de se donner de l’allure. L’idéologie de l’équipe gouvernementale fonctionne à fond. Les nominations et promotions ont commencé bon train. Il est des administrations où il sera impossible d’entrer et de servir sans avoir sa carte du parti. Taubira, garde des Sceaux, Bertinotti, déléguée à la famille - pourquoi mettre madame puisque l’on veut nous infliger l’indifférence des sexes ? - ont déjà annoncé la couleur : la justice, ce sera la suppression de tout système répressif et, d’abord, pour les jeunes criminels, ensuite l’installation dans les prétoires de l’idéologie au lieu de la loi et de la magistrature ; quant à la famille, ce sera, d’abord, le mariage homosexuel et, ensuite, l’homoparentalié. Vincent Peillon va reprendre l’Éducation nationale en main et en faire le grand instrument des visées du parti sur la France par la plus totalitaire des politiques appliquée dès le plus jeune âge et étendue à tout le corps enseignant et à toutes les formes d’enseignement, y compris privées. Le reste suivra, dans la même veine. Les patrimoines seront pourchassés. Cependant et après tout, que les grands patrons qui ont vécu de ce régime et qui n’ont cessé de le soutenir, se voient, eux aussi, frappés dans leur portefeuille, pourquoi pas ? Ça ne les fera même pas réfléchir ! Ils crieront à l’injustice !

Maintenant que François Hollande a fini sa première tournée internationale où il ne s’est dit que des banalités qu’il a prises avec fatuité pour des succès diplomatiques, les législatives une fois passées, le gouvernement français va se trouver concrètement devant la plus formidable crise économique et financière de l’après-guerre. Il ne l’a pas mesuré. Hollande récite ses cours de l’ENA d’il y a plus de trente ans. Et ses amis de même. Or, tout a changé. L’Europe de ses bouquins et de ses cours qui est sa seule conception politique - car il n’en a pas d’autre -, ne correspond plus à rien. Il s’en apercevra au sommet européen de fin juin. L’Allemagne n’entrera pas dans ses vues. La Grèce sera obligée de quitter la zone euro ;1’Espagne et le Portugal seront en défaut de paiement ; l’Europe explosera. Et la France se verra devant une dette qui va devenir mécaniquement, en dépit des discours rassurants, monstrueuse. Aucun dialogue social, même à la méthode Ayrault, ne résistera à la tempête.

Alors commencera une course à l’abîme. Est-il possible d’envisager qu’il y ait un groupe d’hommes et de femmes de qualité qui, un jour, dans l’effondrement qui se prépare, se présentent comme une relève éventuelle. Politique magazine, en pareil cas, se propose d’être l’organe de cette possible renaissance.

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