La Libye, une erreur collective.

Mardi 21 juillet 2015 // La France

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François Hollande a déploré le chaos en Libye, conséquence, selon lui, des « erreurs du passé ». Suivez son regard... Que Nicolas Sarkozy ait joué un rôle décisif pour faire partir Kadhafi est une réalité. Mais, d’abord, un peu d’histoire.

Mi-décembre 2010, un jeune Tunisien s’immole par le feu. Drame de la pauvreté. Des émeutes éclatent dans tout le pays, la police tire sur la foule, il y a des morts. Un mois plus tard, le dictateur Ben Ail, qui régnait sans partage depuis vingt-trois ans, s’enfuit en Arabie Saoudite. Puis c’est au tour du président égyptien, Moubarak, d’être chassé par les "indignés de la place Al-Tahrir", après trente ans de pouvoir absolu. En Europe, on applaudit. Et voilà que la contagion gagne la Libye. Les manifs commencent à Benghazi, le 15 février. L’aviation pilonne la foule, on déplore des centaines de morts.

Accusé par les socialistes de ne pas avoir vu venir les révolutions arabes, avec Martine Aubry qui fustige « le manque de courage à agir », Nicolas Sarkozy entre dans la danse. Il sera le premier à reconnaître le Conseil national de transition (CNT), cette poignée d’hommes qui constitue l’opposition libyenne. Bernard- Henri Lévy, qui se trouve auprès d’eux à Benghazi, organise leur venue à l’Élysée. Nicolas Sarkozy convainc David Cameron de faire cause commune. D’abord réticente, l’Union européenne veut bien reconnaître le CNT mais renâcle à aller plus loin. Or, Kadhafi continue de martyriser la population et menace de faire couler « des rivières de sang ». On évoque alors des « frappes ciblées » à condition d’avoir l’accord de l’Onu, de la Ligne arabe, de l’Union africaine, de l’Arabie Saoudite. Conditions bientôt remplies. La France obtient un vote favorable du Conseil de sécurité de l’Onu pour protéger les civils. Une action militaire est possible.

Le 19 mars, Nicolas Sarkozy reçoit à déjeuner la coalition anti-Kadhafi (22 pays et organisations internationales, dont les États-Unis, le Canada et le Qatar). Depuis la veille, une colonne de chars fonce sur Benghazi. « Si nous n’agissons pas, nous aurons un massacre sur la conscience, prévient Sarkozy. Des Rafale sont déjà en route, si je n’ai pas votre feu vert, ils reviendront. » On connaît la suite : la colonne est détruite. Après quoi les avions canadiens, américains, arabes poursuivront les frappes. Le 22 août, le régime Kadhafi s’effondre. Les 63 délégations qui composent la conférence internationale des amis de la Libye sont reçues à l’Élysée. On se congratule. Deux mois plus tard, Kadhafi est assassiné.

François Hollande parle aujourd’hui d’erreur. Il a probablement raison, mais c’est oublier que les socialistes, et lui avec eux, ont approuvé l’intervention. Alors, la faute à qui ? Elle est collective. L’absence de vista a été, hélas, générale. C’est bien la preuve que l’élimination d’un dictateur n’est jamais la fin des problèmes, c’est même souvent le contraire.

Ne parlons pas d’invasion !

Invasion. C’est le mot sacrilège que Giscard se décida à prononcer pour caractériser le sentiment que les Français commençaient à éprouver devant la montée irrésistible de l’immigration incontrôlée. Comment caractériser à présent autrement l’intrusion forcée d’embarcations remplies de pauvres hères, mais aussi de fanatiques, en Méditerranée ? Comment ne pas apercevoir la main de l’État islamique derrière les bras qui poussent les candidats à l’asile vers l’Europe candide ?

Car si l’Europe est désarmée, elle ne l’est qu’en raison de son corps décérébré par la propagande et l’air du temps. Un journal présentait l’opinion suivant laquelle le meilleur moyen de freiner les migrants serait précisément... de ne pas les freiner ! Il était constaté « que les frontières n’ont jamais été aussi fermées, et pourtant, il n’y a jamais eu autant de migrants ». Tout le relativisme gauchisant est contenu dans ce raisonnement incongru. Les frontières n’arrêtent plus personne, parce qu’elles n’existent plus réellement. Le droit d’asile est dévoyé parce que ses déboutés ne sont pas renvoyés. Les candidats à l’immigration imposée le savent...

Il existe deux sortes d’hypocrites : les premiers ne veulent pas avouer qu’ils ne veulent plus de frontières en Europe. Les seconds feignent de croire que l’application du droit d’asile fera le tri entre ceux qui le méritent et les autres. Tous ceux qui vont pouvoir passer resteront. Que cela plaise ou non.

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