La France de Zemmour, Élisabeth Lévy, Ivan Rioufol et André Bercoff.

Trois esprits libres contre la pensée unique.

Dimanche 16 juin 2013 // La France

Les (autres) corsaires anticonformistes : Écrivains, journalistes, polémistes... venus de gauche ou issus de la droite, ils forment, avec Zemmour, la galaxie des nouveaux insoumis.

Une officine de blanchiment d’idées sales. Une nébuleuse brune au sein de laquelle des écrivains et des journalistes communient dans l’obsession de la sauvegarde d’une identité française "blanche et chrétienne" », a écrit, au sujet de plusieurs d’entre eux, le Nouvel Observateur. Insupportables, inqualifiables, en effet, sont, aux yeux de la presse de gauche, mais pas seulement, ces antimoutons de Panurge, partis en guerre, à l’instar d’Éric Zemmour, contre le politiquement correct. Bien qu’ultraminoritaires en nombre, ces rebelles du Net ou de l’édition se sont pourtant imposés.

Partout présent, l’adversaire était de taille : « meute bien-pensante » pour le journaliste Ivan Rioufol, « meute persécutrice » pour le criminologue Xavier Raufer, « flicomanie des Torquemada de la rive gauche » pour l’écrivain Denis Tillinac, « machine à lyncher, à exclure, à exiger des têtes qui gouverne notre aimable république des lettres » pour la fondatrice de Causeur, Élisabeth Lévy... Mais rien n’y a fait : il a bien fallu leur faire une (petite) place. Non par générosité, mais contraint et forcé par des Français qui n’en peuvent plus, selon l’écrivain André Bercoff, de « quarante années de pensée unique aussi convenue qu’oppressante ». De l’air ! Et vite ! « De plus en plus nombreux en France, confirme Rioufol, sont ceux qui en ont plus qu’assez de se faire malmener, ridiculiser, enfumer par des démocrates qui n’aiment pas le peuple, des humanistes qui n’aiment pas les gens, des journalistes qui n’aiment pas les faits, des antiracistes qui n’aiment pas les Blancs, des progressistes qui aiment tellement les pauvres qu’ils sont prêts à en faire venir toujours davantage... »

Livres, sites, blogs, revues... La parole se libère les initiatives foisonnent.

Prenant la suite des hussards des années 1950 et du Jean Raspail prophétique du Camp des saints, journalistes et écrivains de renom sont de plus en plus nombreux à délaisser la sacro-sainte religion du Progrès pour se revendiquer ouvertement « réactionnaires ».

« Le réac tente d’observer la réalité telle qu’elle est, y compris quand elle est déplaisante et elle l’est », explique Élisabeth Lévy. « Pays réel » contre « pays légal » : la fracture, dont parlait déjà Maurras, n’est pas nouvelle. Mais impossible, durant trop longtemps, de l’évoquer. Jusqu’à ce que les faits, enfouis, ne puissent plus être tus. L’arrivée sur le devant de la scène des « nouveaux réacs », c’est « la revanche du réel », décrypte Rioufol. « À la pensée magique, au pouvoir depuis trente ans, succède la pensée réaliste, réactive, réanimatrice », poursuit-il.

Ancien compagnon de route d’Aragon, homosexuel revendiqué, rien ne prédisposait l’écrivain Renaud Camus à partir en lutte contre la « Grande Déculturation » et le « Grand Remplacement » (de population) si ce n’est le constat de ce « réel » : une immigration incontrôlée, entraînant, selon lui, « le phénomène politique le plus important et le plus cataclysmique de toute l’histoire de notre pays : le changement de peuple, la contre-colonisation ». Ajoutée à son appel à voter pour Marine Le Pen à la présidentielle, cette prise de conscience publiquement assumée lui a valu d’être lâché par ses éditeurs. Qu’importe ! À l’instar de Péguy affirmant « Qui ne gueule pas la vérité, quand il [la] sait, se fait le complice des menteurs et des faussaires ! ».

Camus persiste et signe : « Nous n’avons d’autre ressource que la dissidence », dit-il.

Autre grand écrivain autrefois très en cours et devenu "dissident", Richard Millet a connu un cheminement identique. Attendant le métro un soir à la station Châtelet, il s’est, raconte-t-il, retrouvé « le seul Blanc ». Ce sera son déclic. « Jamais, explique-t-il, je n’aurais pensé me retrouver minoritaire sur le plan racial, culturel, religieux, au point de faire figure de perdant historique sommé de renoncer à ma culture pour mieux "accueillir l’autre". » « En plus du ras-le-bol des Français pour la pensée unique, l’autre phénomène qui explique le succès du non-conformisme, estime André Bercoff, c’est l’irruption de l’islamisme radical, qui n’a rien à envier au fascisme et au stalinisme, et les réponses non adaptées de nos politiques. »

Ces vérités qui, longtemps, ne furent pas bonnes à dire ni à entendre sont aujourd’hui réclamées par les Français. À travers les faits, le réel, ceux-ci redécouvrent, y compris pour eux-mêmes, le besoin de "tout dire". « Les gens en ont assez que l’on pense pour eux, ils veulent s’exprimer, confronter leurs idées », constate Jean-Jacques Bourdin, qui a bâti le succès de sa matinale, sur RMC, sur les témoignages de ses auditeurs. Éric Brunet, qui vient de publier Sauve qui peut ! (Albin Michel), s’adressant à « ces millions de Français qui ne se sentent plus aimés parleurs pays », a reçu des centaines de témoignages d’anonymes, commentant ses propos, mais aussi livrant leurs propres idées. Idem pour Laurent Obertone, dont le livre, la France Orange mécanique (Ring), figure parmi les meilleures ventes malgré sa mise au pilori par la plupart des grands médias...

Les « j’accusateurs » dénoncés par Élisabeth Lévy et les « professionnels du choquage » pointés par Zemmour n’y peuvent rien : à travers leurs idées nouvelles et dérangeantes, la galaxie non-conformiste a réinventé ce qui manquait le plus aux Français : la liberté d’expression. « Qu’ils soient ou non d’accord, quand les gens entendent autre chose, ils courent », se félicite Robert Ménard. C’est parce qu’ils soufflent à contre-courant, que les nouveaux insoumis ont le vent en poupe.

Robert Ménard : Longtemps à gauche, l’ancien président de Reporters sans frontières a créé le site anticonformiste Boulevard Voltaire. Entretien.

Vous venez d’annoncer des audiences records. Comment expliquez-vous ce résultat ?

Par la soif de débats des Français. De vrais débats, qui n’excluent aucun point de vue. Ce qui n’est plus possible sur les médias traditionnels. C’est pour cela qu’avec Dominique Jamet et Emmanuelle Duverger, nous avons créé Boulevard Voltaire. On y débat de toutes les questions, sans exclusive, ni retenue. Et qui passionnent le public : l’immigration, l’islam, l’Europe, la défense des valeurs traditionnelles... Et chacun peut s’exprimer sans se faire aussitôt traiter de "facho" ou de "raciste". Résultat : nous comptons près de 200 contributeurs réguliers et dépassons 75 000 visiteurs uniques par jour.

Pour vous, aucun point de vue n’est donc tabou ?

Aucun, tant qu’il n’appelle pas à la violence et qu’il n’est pas diffamatoire. Rappelez-vous Voltaire : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ». C’est notre devise.

Mais on débat beaucoup plus, aujourd’hui, y compris sur les grandes chaînes de radio et de télévision. Zemmour a une chronique sur RTL, Brunet sur RMC et BFMTV...

Des exceptions qui n’empêchent pas que certains ne soient jamais, ou quasiment jamais, invités. Rappelez-vous la liste, établie par Patrick Cohen qui officie sur France Inter, des "cerveaux malades"... Et quand on finit par recevoir ces "mal-pensants", on les traite comme des pestiférés. L’immense majorité des journalistes se conduit comme des gardes-chiourme. Ils chassent enmeute. J’ai eu les pires ennuis sur iTélé pour avoir interviewé l’historient Bernard Lugan. On m’a viré de RTLpour avoir osé dire que « sur certains points, j’étais d’accord avec Marine Le Pen » !

Vous avez longtemps été proche de la gauche : comment et pourquoi vous en êtes-vous éloigné ?

Le réel, le poids du réel. On ne peut faire fi de ce qui se passe, de ce que l’on voit. La question de l’immigration est, de ce point de vue, centrale. Tout comme celle d’un islam toujours plus voyant, agressif, conquérant.

Ce qui nous rapproche : Zemmour, aussi, a été de gauche. Quels points communs partagez-vous avec lui ? Et quelles différences vous reconnaissez-vous ?

Ce qui nous rapproche : une sensibilité commune, le refus des chasses aux sorcières. Mais alors que je suis prêt à me battre pour des personnes avec qui je suis, par ailleurs, en désaccord je pense aux identitaires poursuivis pour avoir occupé une mosquée en construction, Éric est, peut-être, plus prudent.

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