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Mardi 28 août 2012 // L’Europe

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Drapeau de FranceOn va saturer tout l’été avec Londres et les J.C. Les. clichés touristiques et sportifs auront peu à voir avec la réalité : crise de la City et chaos d’une nouvelle tour de Babel.

Le 7 juillet 2005, à Singapour, Londres l’emportait face à Paris comme siège des Jeux Olympiques d’été de 2012. Le lendemain, une vague d’attentats bouleversait la capitale britannique. L’an dernier, des émeutes ont déchiré plusieurs quartiers durant des semaines. Le risque est devenu systémique. 

Au cours des vingt-cinq dernières années, la proportion d’étrangers est passée de 18% à 33%. Certes, c’est la même à New York ou en Ile-de-France. Mais dans ces deux derniers cas, l’évolution de ces vingt-cinq dernières années a été lente alors qu’elle est exponentielle à Londres. Ce taux recouvre des réalités différentes : en France on raisonne sur une douzaine de nationalités, essentiellement du pourtour méditerranéen ; à Londres sur plus de cent, dont trente à plus de 30.000 personnes, aussi bien d’Europe que d’Asie ou d’Afrique, à parts sensiblement égales. En outre, en France la proportion d’étrangers est à peu près constante entre Paris, l’lle-de-France ou la France métropolitaine. A Londres, elle est de plus du double de celle dans le reste de l’Angleterre. A Londres, 42% des enfants scolarisés n’ont pas l’anglais comme langue maternelle.

Autre différence essentielle : les nouveaux arrivants à Londres sont à 61% diplômés (taux double des natifs !) et jeunes, avec un taux de chômage inférieur à partout ailleurs. Parce que Londres ne vit aujourd’hui que du tertiaire au bénéfice du monde entier, en cela égale et parfois supérieure à New York. La différence ici encore est que Londres ne travaille presque pas avec le reste de la Grande-Bretagne, tandis que New York est à plus de 80% tournée vers l’intérieur des États-Unis dont il est vrai, une partie de l’économie est mondiale.

L’internationalisation de Londres en fait son attrait mais aussi sa précarité. Les Jeux Olympiques ne feront pas oublier les scandales à répétition mettant à mal deux des fleurons de la City : l’empire médiatique Murdoch et le monde bancaire (de la prestigieuse Barclays à la vénérable Banque d’Angleterre). Or, excentrée et souvent excentrique Londres est jalousée par les autres centres de la vie britannique qui ont perdu leur dynamisme comme Liverpool, Manchester ou Birmingham. Un grand soin a été mis à diffuser le « bénéfice » des Jeux vers les cités de l’intérieur, de même que la flamme a fait le tour des Îles. Londres absorbe de plus en plus la substance d’un pays gravement sur le déclin.

 Si la capitale britannique arrive en seconde position après New York, le Royaume-Uni a glisse au septième rang mondial. Le fossé entre les deux est de plus en plus flagrant. C’est le même phénomène au niveau de l’Europe tout entière qui voit partir vers les bords de la Tamise ses meilleurs jeunes cadres (150.000 Français) à Londres ; les Polonais y sont la seconde plus nombreuse nationalité après les Indiens, comme ses plus riches investisseurs.

La réaction risque d’être contre-productive : les Britanniques, « Blancs » à 90% hors Londres, sont (sauf à Londres) à 75% en faveur d’une restriction drastique de l’immigration : Un visa pour la GB est déjà plus difficile à obtenir qu’un visa Schengen Sous prétexte d’assainissement, si nécessaire soit-il, on risque de tuer la poule aux oeufs d’or. Il ne restera plus à nos jeunes ambitieux Européens, Indiens et autres Nigérians qu’à aller tenter leur chance à Pékin. Le réveil après les Jeux sera douloureux.

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