LIBYE DÉMOCRATIQUE.

Vendredi 17 août 2012 // L’Afrique

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Drapeau de FranceLe succès de la coalition « libérale » aux élections des 7 juillet récompense l’intervention occidentale en Libye, mais, n’a pas contribué à ramener la démocratie telle qu’elle fonctionnait lorsque le Roi Idriss était sur le Trône.

Pour une fois, ne lésinons pas sur la satisfaction légitime des acteurs du changement de régime en Libye. Les Cassandre nous avaient prédit le pire : la Libye post-Kadhafi serait un chaos sans nom ; l’intervention n’avait pas préparé la suite ; le pays se casserait en trois, etc. Contrairement à toutes les prévisions,. non seulement les élections ont été un succès technique, mais encore elles ont donné des résultats rassurants pour les opinions occidentales : les partis « islamistes » ont été largement devancés par les partis « libéraux ».

Bien sûr, ces appellations sont toutes relatives. Il n’y a pas en Libye une cassure nette comme en Tunisie entre laïcs et religieux. La situation est au contraire caractérisée par un large consensus autour de valeurs communes, noué sous la longue dictature de Kadhafi et l’isolement qui en a résulté. les mosquées étaient étroitement contrôlées, mais surtout elles n’avaient pas joué, comme en Egypte ou hier en Algérie, le rôle d’assistance sociale auprès d’une majorité de déshérités pour la simple raison que l’Etat avait mis en place un système social fort avantageux financé sur les revenus du pétrole. Ce facteur de pauvreté n’a donc pas joué en Libye.

II y a de nombreuses passerelles entre les deux camps politiques. il sera bien difficile de classifier les candidats indépendants (120 sur 200) qui, selon les sujets, voteront dans un sens ou dans l’autre (en Egypte le conflit actuel porte sur le fait que les sièges réservés aux indépendants avaient été préemptés par les Frères). Dans l’assemblée de transition élue en Libye, les lois devront de toute façon être adoptées à une majorité des deux tiers. La coalition « libérale » qui a emporté la majorité des votes au scrutin de liste (80 sièges sur 200) est composée d’une soixantaine de partis entre lesquels l’unité ne sera pas toujours garantie. La grande différence avec les élections tunisiennes est en effet que le camp laïc en Tunisie est allé au scrutin en ordre dispersé alors que les islamistes étaient unis autour d’Ennhada. Ce fut exactement le contraire en Libye.

Le succès des « libéraux » est aussi dû au fait qu’ils bénéficiaient de l’aura de la « libération » avec l’aide de l’Occident. Les Islamistes en Libye n’incarnaient pas l’opposition au régime. Leur organisation avait été prise de court par l’intervention extérieure. Ils ne pouvaient non plus jouer sur un réflexe nationaliste, cette intervention ayant été appelée de tous ses voeux paria grande majorité du peuple libyen. Ceux qui acclamaient Sarkozy à Benghazi ne pouvaient voter pour les Frères. Ils se sont plutôt reconnus dans des dirigeants libyens eux-mêmes internationalement reconnus.

Les islamistes, représentés au sein des premières instances de la révolution, se sont au contraire faits les plus discrets possibles.

L’ex-Premier ministre de la transition, Mahmoud Jibril, avait quitté ses fonctions il y a six mois pour préparer ces élections. Rien n’a donc été laissé au hasard. C’est un succès de nos diplomaties, française et américaine au premier chef. Pour avoir été prises au dépourvu en Tunisie et pour être à ce jour impuissantes en Syrie, au moins portera-t-on à leur crédit ce qui vient de se passer en Libye.

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