LES ESCLAVES.

Par Gabriel DEBIEN.

Vendredi 19 juin 2015 // L’Histoire

Note d’Histoire coloniale 210bis

LES ESCLAVES 

Extrait de : Histoire des Antilles et de la Guyane sous la direction de Pierre Pluchon édition Privat 1982 pages 141 à 161

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LES ESCLAVES

Il n’est pas de plus grand paradoxe que d’entreprendre de parler des esclaves alors que du temps des colonies presque personne n’a observé leur vie et que ce sont toujours des Blancs - colons ou gérants de plantations, administrateurs coloniaux, et de rares voyageurs -, qui nous apportent quelques renseignements sur eux. Car les esclaves sont à peu près silencieux. On risque donc de pencher du même côté. Les limites de nos sources sont étroites et toutes n’inspirent pas confiance.

Des Blancs, l’on voit des individus, le point final de leur fortune, leurs carrières particulièrement heureuses de sucriers, de caféiers, de négociants, d’artisans, de gérants ou leurs aventures et leurs malheurs, des esclaves on ne voit rien, pas même leur esquisse de groupements par ethnies. On ne connaît que très peu de destinées particulières d’esclaves. Presque tous nous deviennent si profondément anonymes qu’on finit par conclure que d’une plantation à l’autre, même aux Antilles d’une colonie à l’autre, les conditions de leur vie ont été analogues ou du moins ne présentent pas de bien grandes différences, ce qui ne doit pas être vrai.

On dit que l’exploitation de nos îles a été assurée d’abord par des engagés, ces Blancs sans ressources qui, pour leur passage, se louaient aux planteurs pour trois ans. Les esclaves, de plus en plus nombreux, les auraient remplacés quand se développèrent la culture de l’indigo et surtout celle du sucre. Les faits ne furent pas si simples. Il y eut des esclaves dès le début de nos îles, les engagés n’ayant jamais à eux seuls assuré le travail de la terre. Ils n’ont jamais été que les cadres des équipes d’esclaves, que des ouvriers : tonneliers, charpentiers, maçons, armuriers, et ils ont été de moins en moins nombreux à mesure que les Noirs se sont multipliés et ont été dressés aux métiers nécessaires à la marche des plantations.

ORIGINES

Les origines ethniques du peuplement noir de nos Antilles sont complexes. La traite ne s’est pas méthodiquement développée en commençant par la pointe occidentale de la côte d’Afrique, s’étendant vers le fond du golfe de Guinée, puis atteignant le Congo, puis l’Angola. Dès le milieu du XVIIe siècle, à côté d’esclaves tirés des bords du Sénégal, on trouve des Aradas venant du Dahomey, des Mines du Ghana et beaucoup d’Angolas. Brunetti, dans son mémoire de 1660, dit qu’on achetait les esclaves « au royaume d’Angola » et le long de la côte de Guinée, et le P. Pelleprat précise la complexité ethnique des esclaves : « Les nègres qu’on transporte aux îles sont de diverses nations d’Afrique, d’Angola, du Cap Vert, de la Guinée, du Sénégal et de quelques autres terres voisines de la mer. On compte dans les îles jusqu’à treize nations de différentes langues. »

Mais, sans jamais cesser de fournir des esclaves au XVIIIe siècle, Bambaras, Tacouas, Cotocolis, Coromantins, Judas, Ayos et Nagos de l’Est et Ibos de l’Ouest du bas Niger, ce furent par très grands groupes qu’arrivèrent des Aradas puis après 1770 les Congos, achetés surtout par les planteurs caféiers.

Ce ne sera qu’après 1774, qu’apparaîtront des Mozambiques. Vinrent-ils plus de 40 000 ? Ils ne seront jamais très nombreux dans les ateliers, peu appréciés au reste à cause de leur petite taille, de leur constitution plutôt faible et de leur tendance au marronage.

Remarquons que toutes ces ethnies sont de la côte et que seuls venaient des terres lointaines les Bambaras par le fleuve Sénégal, les Haoussas du haut Nigéria et quelques individus des ethnies de la boucle du Niger. Si l’on s’en rapporte à leurs noms, peu d’entre eux sont musulmans ; ils ne paraissent pas avoir constitué dans nos îles des groupes particuliers. Assez tôt la proportion des créoles, c’est-à-dire des esclaves nés à la colonie, fut importante. A la Guyane en 1678, sur la sucrerie Noël qui compte 104 esclaves, un tiers sont des créoles, en 1760, sur la sucrerie Rochalard, sur 212 esclaves, les deux tiers sont créoles. Il est loin d’en être ainsi sur toutes les plantations, mais c’est beaucoup plus qu’une tendance générale, surtout sur les sucreries.

Organisation des tâches

ESCLAVES DE VILLES ET ESCLAVES DE PLANTATIONS

De ces hommes transportés aux Antilles comme main-d’œuvre forcée, c’est le travail qui retiendra d’abord notre attention.

A leur arrivée, ils sont la plupart acquis par des colons et conduits aussitôt sur les plantations, quelques-uns par des marchands pour leur servir de commis ou de domestiques ou par des artisans pour être leurs manœuvres.

On a mal observé les esclaves des villes et des bourgs, sans doute parce qu’ils étaient les moins nombreux et qu’on les considérait comme une population marginale. Cependant les actes de vente, de location, d’apprentissage ou d’affranchissement, les testaments, les inventaires des maisons de ville, que l’on trouve dans les minutes notariales, permettraient de le faire. Parmi eux, ceux qui travaillent comme manœuvres dans les équipes de maçons, de charpentiers, de tonneliers, reviennent le plus souvent sous les yeux, mais assez obscurément parce que leur tâches sont emmêlées à celles de Noirs libres, de mulâtres, à celles d’artisans blancs. Beaucoup de ceux qui étaient loués au mois ou à l’année, vivant de leur salaire dont ils n’avaient à remettre qu’une partie à leur maître, pouvaient devenir quasi autonomes au milieu des gens de couleur libres. Ils échappaient pour un temps à la surveillance méthodique des planteurs. Parmi ces esclaves de ville qu’on laissait se louer contre une rente, on parle surtout des couturières, des lingères, nourrices, vendeuses de tafia au détail et pacotilleuses qui parvenaient à accumuler un petit pécule et à acheter leur liberté.

Le plus grand nombre des nouveaux allait travailler sur les plantations, en plaine sur les sucreries et les indigoteries, dans les mornes sur les caféières. Mais sur toutes les exploitations et dans toutes les îles on les-distribuait en trois groupes : les esclaves de la grand’case ou domestiques, les ouvriers, les esclaves de jardin dits aussi de terre, de place ou de bêche, qui étaient les ouvriers agricoles.

La domesticité des cases de maîtres était moins nombreuse que ne le dit la légende. Elle correspondait à peu près à celle des bonnes maisons de France. Ce qui étonnait, c’est qu’elle n’était pas toujours proportionnée à l’importance des plantations, comparativement plus étoffée sur les petites que sur les grandes, car elle était là pour rehausser le prestige de la famille créole, pour faire façade. Quand « l’habitation » était dirigée par un gérant, elle était bien plus réduite.

Pour la grand’case on choisit des hommes bien faits, d’heureux caractère. Pas de nations préférées et malgré ce qu’on a dit, pas plus de Sénégalais que d’autres, cependant avec prépondérance des créoles. Des gens de couleur peu nombreux, des nouveaux parfois frais arrivés d’Afrique qui apprendront le créole en servant.

La répartition des rôles y était précise : à la cuisine toujours un homme avec son marmiton, un valet pour la table, un garçon de courses et souvent un cocher. La femme du colon avait une femme de chambre, qui était en même temps lingère et couturière, puis la nourrice des enfants. Quand on avait été content d’elle et que les enfants lui étaient attachés, on la gardait à la grand’case jusqu’à sa mort. L’infirmière et la surveillante des plus jeunes enfants des esclaves étaient souvent assimilées aux servantes. Toutes restaient plus longtemps à la grand’ case que les hommes, qu’une faute : un vol, une réplique insolente, faisait facilement renvoyer « au jardin. »

Tous ces domestiques étaient des privilégiés car ils recevaient étrennes, pourboires, cadeaux, de vieux habits, de vieilles robes, à la Noël. Ils parvenaient à disposer de quelque argent, mais pour les hommes il y avait le tafia et le jeu, pour les femmes les bijoux, la toilette, les colifichets. Cependant les servantes, mieux que les hommes de la grand’case, arrivaient à se constituer un pécule. A tous, la nourriture était préparée à la cuisine. Ils logeaient à part, à l’écart des autres esclaves, surtout ils ne « descendaient » au jardin qu’en cas d’extrême nécessité, au plus fort de la roulaison, quand on coupait les cannes à sucre ou au moment du ramassage des cafés quand le temps menaçait. On voit rarement châtier des domestiques et fort peu s’enfuir.
Entre les domestiques et 1’« atelier » agricole : les ouvriers. Ils représentaient à peu près le dixième de l’effectif général des plantations. Ils étaient donc assez nombreux, car les tâches particulières étaient multiples.

D’abord les cabrouetiers à bœufs et les cabrouetiers à mulets. Sur les caféières des mornes où les sentiers tenaient lieu de chemins, des muletiers remplaçaient les cabrouetiers. Venaient ensuite les tonneliers, les forgerons, les maçons, les charpentiers et un machoquier qui était à la fois un serrurier et un armurier, des hattiers ou gardiens du bétail sur les parcs d’élevage, et tous les gardiens des champs de cannes, de vivres, les éclusiers et les arroseurs quand la plantation était irriguée, toutes ces équipes ayant chacune son chef ou commandeur, le nombre de ces ouvriers variant naturellement avec l’importance de la plantation.

Les sucreries avaient leur équipe de sucriers attachés au moulin à cannes, avec un chef, qui était souvent un Blanc. Leur étaient confiés les travaux de la fabrication des sucres ; les mouliniers qui assuraient la marche régulière du moulin, les chauffeurs des fourneaux, les porteurs de combustible (la bagasse ou paille des cannes passées au moulin et séchée), les sucriers proprement dits auxquels était confiée « la cuite » du jus des cannes. Ce groupe d’ouvriers qui se reconstituait à chaque saison de la coupe des cannes ou roulaison, était renforcé par des hommes du jardin qui doublaient les quarts de nuit ou qui pilaient les pains de sucre passés à l’étuve pour les mettre en barriques et les expédier. Parmi tous ces ouvriers se comptaient des hommes de couleur. Plus les esclaves étaient nombreux, plus leurs travaux étaient soigneusement encadrés.

Sur toutes les habitations les ouvriers du jardin étaient distribués en trois ateliers selon leur robustesse : le grand atelier auquel on destinait les tâches les plus pénibles, coupes des cannes, piquage des plants, « fouille » de la terre, transport des matériaux, etc... seuls des hommes le composaient à l’ordinaire ; le second atelier où l’on voyait surtout des femmes, aux tâches moins pénibles, mais presque aussi harassantes par leur monotonie, les sarclages en particulier ; le petit atelier enfin, chargé de fumer les cannes ou les pieds de caféiers. S’y voyaient les convalescents, les faibles et les enfants. Les grands ateliers n’étaient parfois constitués que provisoirement ; les seconds et grands ateliers travaillaient souvent en commun.

Il y avait de grandes différences entre les travaux des sucreries et ceux des caféières et des indigoteries, ceux-ci moins durs. Les ateliers des sucreries étaient plus fournis, plus rigoureusement disciplinés, surveillés de beaucoup plus près. La proportion des caféières dirigées par leurs maîtres était plus grande que celle des sucreries. Sur celles-ci les travaux très fatigants, comme bêcher les terres, faire des trous profonds pour y planter les cannes, revenaient tous les ans sur une pièce ou sur une autre, tandis que les pieds de caféiers une fois en terre n’avaient plus qu’à être sarclés ou remplacés quand ils manquaient. Sur les caféières, les plus grandes tâches étaient liées à l’extension des cultures nouvelles au dépens des cantons boisés : déboisement, fouille et plantations. La cueillette des « cerises » bien que fatigante n’était pas à comparer au labeur de la roulaison.

Rares étaient les colons qui étaient seuls à s’occuper de leurs esclaves, sinon sur les petites plantations. Quand ils vivaient sur leur bien, ils s’aidaient d’un surveillant, d’un économe. Quand le colon ne résidait pas, il confiait la direction de sa plantation à un procureur qui tenait la comptabilité, faisait les gros achats, en particulier celui des esclaves, décidait des constructions ou des réparations à faire. Sous lui un gérant menait les travaux, tenait en main les esclaves, assurait leur discipline. Ils étaient là pour faire rendre à la plantation le plus possible, au bénéfice des propriétaires, s’il se trouvait. Il ne changeait pas très souvent, contrairement aux économes et surveillants qui ne faisaient que passer. Mal payés, inconnus du maître quand il ne résidait pas, ces cadres inférieurs des plantations étaient les ennemis à la fois des esclaves et des colons.

Entre le maître ou entre le gérant et les esclaves se trouvait placé le commandeur. C’était au début un Blanc, un engagé recruté à cette fin. A la fin du XVIIe siècle, un Noir l’avait remplacé. Il était responsable du travail et de la discipline des esclaves. Une grande autorité lui était laissée pour cela. Comme il connaissait bien leur origine ethnique, leur ancienneté, leur santé, on peut dire que leur esprit et leur assiduité dépendaient du commandeur. Il était au centre du rendement. Aussi ne changeait-on de commandeur qu’en toute extrêmité. Sa stature, sa vigueur, son sens du commandement le faisaient choisir sans préférence de « nation », ni d’âge. Cependant on trouve dans cette fonction très souvent des créoles, parfois même des nouveaux comme commandeurs en second, mais presque jamais des mulâtres.

LA JOURNÉE DE TRAVAIL

Les journaux des travaux tenus par les gérants nous font suivre le rythme général de la journée des esclaves. C’est exactement le même horaire sur toutes les plantations bien réglées.

Vers 5 heures, au jour qui, aux Antilles, se lève toute l’année à peu près à la même heure, les esclaves étaient appelés par la cloche de la plantation, par le lambi ou coquillage dit la corne du commandeur : un réveil de caserne. Une prière commençait la journée, que suivait l’appel. Puis l’économe levait les noms des malades et des indisponibles qui étaient consignés à leur case jusqu’au passage du chirurgien.

Sur certaines plantations on déjeunait avant de partir pour le travail, dans d’autres c’était dans les champs vers 7 heures. Tout dépendait de la distance à parcourir. On y allait en groupe que le commandeur à l’arrière faisait serrer et avancer le moins lentement possible.

Les esclaves travaillaient en ligne, le commandeur là aussi derrière eux pour la régularité de la progression et la facilité de la surveillance.

A midi, une pause de deux heures ou d’une heure et demie. Quand la pièce de cannes ou de caféiers n’était pas trop éloignée des cases, on rentrait déjeuner et les esclaves pouvaient aller à leurs jardins particuliers mais, quand la pièce était éloignée, une vieille négresse, restée aux cases pour préparer le repas, l’apportait aux travailleurs.

L’après-midi on changeait souvent de champ. Le coucher du soleil marquait l’heure du retour mais, auparavant, chacun avait à ramasser un paquet d’herbe pour les bêtes restées au piquet ou de bois pour la cuisson du soir. On ne devait jamais rentrer les mains vides et pour cela il y avait l’inspection des paquets à l’arrivée. Après le repas du soir bref, prière et appel. Pour aller coucher sur une autre plantation le commandeur devait en principe être prévenu. La nuit était libre.

A la saison de la roulaison sur les sucreries, les tâches étaient particulièrement pénibles pour couper puis pour empaqueter et amarrer les cannes sur les cabrouets, pour mettre la bagasse à sécher, pour l’entasser auprès de la case qui servait de magasin de combustible et alimenter les fourneaux de la sucrerie, pour remuer dans les cuves le jus des cannes, le vesou.

Sur les caféières, le travail n’était jamais aussi intensif ni la surveillance aussi stricte à cause de la fragmentation des travaux de la préparation des cafés. Dans les pièces la pratique d’imposer par paniers la tâche quotidienne du ramassage des graines réduisait la surveillance.

Quand, au moment de la coupe des cannes ou de la cueillette des cafés, le temps menaçait, tous les esclaves étaient mis aux champs, ouvriers et domestiques renforçant les hommes du jardin. Le dimanche matin n’était pas un temps de repos. On consacrait ces heures à l’arrachage des patates ou des ignames, au battage du maïs, à la distribution du sel ou des salaisons pour la provision de la semaine.

Chaque jour, parfois deux ou trois fois par jour, le colon, le gérant ou un économe allait se rendre compte de l’avancement du travail. Il n’avait jamais à le faire ralentir. Sur le rapport du commandeur le colon ou le gérant faisait le soir distribuer les punitions, des coups de fouet ou des nuits à la chaîne. Des planteurs soigneux, pour mieux suivre le travail et l’industrialiser en quelque manière, faisaient uniformiser la superficie de leurs pièces de cannes ou de caféiers. Ils arrivaient ainsi à savoir combien de journées demandaient la « fouille » des terres, les plantations, les sarclages, la coupe des cannes ou la cueillette des cafés. On avait devant soi l’exemple des années précédentes. Mais malgré ces calculs on ne parvenait pas à régulariser les efforts car la main d’œuvre n’était jamais exactement la même d’une année à l’autre. Il y avait plus ou moins de malades, d’indisponibles, de marrons, d’esclaves détournés par des tâches inattendues, de morts non remplacés avant plusieurs mois. Puis l’on visait constamment au plus haut rendement possible pour ne pas être au-dessous de la meilleure année. On exténuait ainsi les esclaves, même quand il n’y avait pas de nouvelles pièces de cannes ou de caféiers à planter.

Il fallait que la pluie fût bien forte pour qu’on ne partît pas pour les champs. En cas de mauvais temps, un vieux sac sur les épaules était la protection ordinaire, ou un ajoupa léger élevé par les colons prévoyants servait d’abri en coin d’une pièce. Un coup de tafia, au retour, pouvait .réchauffer hommes et femmes.

L’examen des journaux de travaux montre qu’on essayait de varier les tâches au cours de la saison des plus grands travaux. Ainsi, au moment de la roulaison on voit des colons consacrer la matinée à là coupe des cannes tandis que l’après-midi l’est à sarcler ou à fouiller de la terre pour planter de jeunes cannes ; ou bien les premiers jours de la semaine sont pour la coupe et le reste pour les plantations.+

Le quotidien des esclaves

LA NOURRITURE

La nourriture des esclaves ne fut exactement la même ni durant toute la période coloniale, ni dans toutes les îles ou même à Saint-Domingue dans tous les quartiers. Au XVIIe siècle, le manioc y tient une grande place, sous forme de farine qu’on mettait dans toutes les cuisines chaudes ou dont on faisait une galette - la cassave - qui servait de pain, et qu’on pouvait conserver quelques jours. On y ajoutait parfois des salaisons - têtes de bœuf, tortues, morues et harengs, par endroits des patates.

Au siècle suivant, la cassave n’est plus aussi universellement consommée ni les salaisons, sauf celles de morue. A leur place se multiplient les patates, les tayaux, le maïs, les pois, mais surtout peut-être le millet et les bananes. C’est selon les habitudes de chaque quartier et selon l’altitude. La patate tend à simplifier la nourriture. La volaille, les cabrits, les crabes de terre et sur certains rivages le poisson et les coquillages servent parfois d’extras.

Le grand nombre des règlements administratifs pour assurer la suffisance des vivres, la multiplication des essais de plantes importées-pour assurer une nourriture plus abondante et plus régulière indiquent que ce côté des travaux agricoles fut toujours très négligé et les disettes fréquentes. Les malheurs étaient les grandes sécheresses et les avalasses ou pluies diluviennes qui noyaient les cultures vivrières. Par exemple la Guadeloupe perdit à la fin de 1776 et en 1777 plus de 11 000 esclaves à la suite d’un ouragan qui avait détruit les vivres, et un autre ouragan encore un grand nombre en 1778 au mois de décembre. A Léogane, à Saint-Domingue, le jeune économe Regnault de Beaumont, dont le père est colon indigotier, écrit le 1er mars 1776 : « les nègres meurent de faim, il n’y a point de vivres et pas le sol pour en acheter ».

On avait cru qu’en accordant aux esclaves un petit jardin individuel et l’après-midi du samedi pour le cultiver, ils parviendraient à se nourrir sans qu’on recourût à la distribution des rations. Mais l’essai ne réussit que sur de très rares plantations. On se rendit compte qu’on ne pouvait laisser les esclaves à eux-mêmes pour assurer leur nourriture dans le cadre des plantations. Un petit jardin leur resta, mais les plantations durent continuer à entretenir des pièces « de vivres communs », de patates, petit mil, bananes, où tous les esclaves de jardin travaillaient comme sur les champs de cannes et dans les pièces de caféiers. Chaque semaine des patates étaient ramassées, des pois cueillis pour être distribués à chaque case. En cas de disette on tâchait d’acheter quelque provision de biscuit ou de riz.

Sur peu de plantations on eut autant de souci de la suffisante alimentation des esclaves que sur la sucrerie Galbaud du Fort auprès de Léogane. Au dire du gérant on y manqua cependant assez souvent de vivres : « Léogane, 26 juin 1786.- Depuis le 15 du courant, je manque absolument de vivres. Je ne puis trouver à m’en procurer si ce n’est du riz que je donne aux nègres nouveaux. J’ai cessé de faire du tafia pour soutenir les autres avec du sirop. Malgré cela l’atelier souffre et je souffre davantage d’en exiger du travail. C’est plutôt le besoin que la maladie qui en amène un grand nombre à l’hôpital. Je désirerais bien que le peu de maïs et de petit-mil que je distribue fût suffisant pour attendre les patates sur lesquelles je ne peux compter au plus tôt que dans six semaines. »

Pour conclure, dans toutes les îles les esclaves furent toujours mal nourris, constamment sous-alimentés par l’absence de viande fraiche dans leur nourriture ordinaire et par l’importance exagérée des féculents dans leur ration. Là fut le point noir constant de leur vie.

LE LOGEMENT

A la veille de la Révolution un colon de Saint-Domingue nous décrit ainsi le logement de ses esclaves : « Les cases à nègres forment un petit village dans chaque plantation. Elles sont alignées, faites en bois et bien couvertes. Elles ont 30 pieds de long sur 16 de large, sont composées d’une cuisine, d’une salle, d’un cabinet et d’une chambre à coucher. Les cases sont données à une famille. »

Ce colon était un philanthrope ou voulait passer pour l’être ou bien était un romancier, car les inventaires des plantations nous mettent sous les yeux une tout autre réalité. Les cases des esclaves étaient-toujours petites, rarement à deux pièces. Un bâtiment, toujours léger, plus ou moins long, abritait plusieurs ménages, chacun d’eux ne jouissant que d’une travée, en fait d’une seule pièce partagée par une claie, la cuisine se faisant toujours dehors. Pendant très longtemps, les cases des esclaves sur les petites, les moyennes et même sur les grandes plantations étaient réparties sans grand ordre, leur alignement n’est devenu commun que quand on les fit construire par des entrepreneurs comme les autres bâtiments. On pouvait ainsi mieux les surveiller, y tenir la discipline et elles revenaient moins cher, mais on s’éloignait des habitudes africaines. Cette disposition se développa surtout à Saint-Domingue. A la Martinique et à la Guadeloupe on conserva plus longtemps l’ancien éparpillement.

Dressées ou non par des maçons, les cases étaient particulièrement fragiles, leurs toitures toujours légères ; une mauvaise saison pluvieuse, un fort coup de vent, crevassaient leurs murs faits de gaulettes garnies de terre ou de bois non équarri et mal lié, les lézardaient, emportaient les végétaux de leur toit. Elles restaient peu de temps en bon état. Elles n’étaient réparées qu’après de longs mois de plaintes et, au lieu de les restaurer, on préférait les porter ailleurs, ce qui veut dire en quel état on les avait laissées le plus longtemps possible. Sur la fin du XVIIIe siècle ce fut un grand progrès de les couvrir d’essentes ou petites planchettes.

Au sol de l’intérieur, de la terre battue, un lit fait d’une paillasse garnie de feuilles mortes, mise sur une claie, rendue obligatoire par les colons et l’administration pour éviter les maux provoqués par l’humidité, quelques couis et calebasses servant de plats, une demi-barrique pour la provision de patates, une jarre, une ou deux chaudières, et chez les plus soigneux, un coffre où placer les vêtements du dimanche.

LES CHÂTIMENTS

On parle souvent des châtiments qui étaient infligés aux esclaves et l’on pense qu’on est là au centre de leur vie. La question est d’importance, mais, avouons sur ce point notre grande ignorance, car si nous pouvons connaître les châtiments des esclaves, on parvient rarement à savoir avec précision et leurs causes et les conditions qui les entourent : le caractère de l’esclave, celui du colon ou du gérant et du commandeur. Et là encore nous n’avons que des témoignages de colons et plus souvent encore des témoignages de gérants.

La punition la plus légère était celle de la barre : une lourde poutre de bois sciée en long, percée de deux trous où étaient engagés les pieds de l’esclave pour les entraver. C’était comme une plus sévère salle de police militaire. A l’ordinaire on l’imposait pour la nuit. Les malades légers de l’hôpital, qui étaient à la diète, étaient aussi mis à la barre, c’est-à-dire consignés pour qu’ils se tinssent tranquilles et isolés de leur famille qui ne manquait pas de leur apporter des aliments.

Le fouet était la punition universelle car elle s’adaptait à toutes les fautes : 10 ou 20 coups pour les chapardages, mais 50 ou plus, répartis sur deux ou trois jours, au retour d’un marronage qui avait été bref. Le nombre des coups ne dépendait pas seulement de la faute, mais de la robustesse du sujet, de son âge, de son ancienneté sur la plantation, parfois aussi de son sexe, les femmes paraissant avoir été moins fortement punies que les hommes. La façon dont on donnait le fouet pouvait être une punition plus grave. Etre fouetté debout n’atteignait pas l’honneur de l’esclave, mais c’était une honte que de l’être sur le dos, couché et attaché aux chevilles et aux poignets.

Devant la dureté de certains maîtres qui multipliaient les coups de fouet et rendaient le lendemain tout travail impossible ou mutilaient ainsi les esclaves, l’ordonnance dite des gérants de décembre 1784 voulut imposer un maximum de coups par punition et le fixa à 50. Mais elle fut appliquée aussi exactement que toutes les autres. Pendant la guerre d’Amérique en 1782, Darot, le gouverneur de Tabago, avait puni de 200 coups de fouet un esclave qui avait achevé un soldat malade. L’esclave en mourut. On estimait qu’une centaine de coups risquaient d’entraîner la mort. Mais l’on voit encore à la Martinique en 1838 et en 1840 des esclaves punis de 100 coups de fouet.

La chaîne et les fers suivaient le reprise d’un marron parti depuis de longues semaines, ou un vol important ou des coups et une blessure donnés à un autre esclave, parfois un avortement. A la chaîne simple, on pouvait ajouter un boulet, le « nabot », très lourd, que l’esclave avait à porter à un pied, nuit et jour, à la case comme au travail. Des coups de fouet, plus ou moins nombreux, étaient l’introduction à ces châtiments.

Des fautes particulières avaient leur punition particulière. Ainsi les voleurs de cannes invétérés et les mangeurs de terre pouvaient être contraints à porter un insupportable masque de tôle et les marrons récidivistes, un collier de fer muni de longues pointes qui rendait très difficile de se cacher dans les halliers. Des marrons sont repris avec des colliers de cette sorte. Devaient porter une grosse pièce de bois sur le dos jusqu’à leur prochaine grossesse, les mères qui s’étaient fait avorter ou qui, faute de soins, pensait-on, avaient perdu leur nouveau-né.

Sur la fin du XVIIIe siècle à Saint-Domingue, mais surtout à la Martinique et en Guadeloupe, on appliqua la peine du cachot, au moins sur les plus importantes plantations. C’était une chambre forte, aux murs épais, à porte basse, voûtée ou couverte de lourdes poutres, à l’intérieur obscur. L’esclave y était aux fers ou à la barre. Un colon de la Guadeloupe y enferma une mulâtresse pendant 22 mois.

On paraît n’avoir jamais appliqué la question, mais avoir souvent puni par l’imposition d’un travail supplémentaire pénible, le soir, ou avoir retenu au jardin : le dimanche, ou simplement à la plantation. Les esclaves étaient très sensibles à : cette punition.
La plus grande que l’on pouvait donner à un domestique de grand’case et même à un ouvrier était d’être « descendu » au travail du jardin, de même pour les commandeurs, mais on n’y recourait qu’en des cas extrêmes.

« Je ne puis passer sous silence la cruauté des habitants envers leurs Noirs, écrit le chevalier de Cotignon. Je conviens qu’il est nécessaire d’en venir à des exemples, mais enfin ce sont des hommes et la nature est pour eux comme pour nous. Ne pourrait-on pas les punir avec humanité ?... Je me rappelle toujours avec plaisir une notion que j’ai faite un jour à la chasse aux environs de la Pointe-à-Pitre à la Guadeloupe. J’entendis tout à coup en traversant de petites broussailles des plaintes qui me déchirèrent le cœur. Je m’approche de l’endroit d’où elles partaient. Je vois une bande d’oiseaux voraces s’enfuir. Je tirai dessus et en tuai un. Mais quelle ne fut pas ma surprise d’apercevoir une cage de fer dans laquelle était un nègre tout en sang que ces oiseaux dévoraient. Cela me fit horreur et je crois que si dans le moment l’habitant qui l’avait condamné à ce genre de mort s’était présenté, je l’aurais tué. Le pauvre malheureux implora mon secours et il ne fallut pas me prier. A force de secouer les barreaux et à coups de pierre, je parvins à l’arracher à son tombeau et à lui donner la liberté. Il me baisa la main et se sauva. Il y avait déjà deux jours qu’il était là, sans boire ni manger, les bras derrière le dos et les pieds dans un cercle de fer. J’ignore quel était son crime, mais s’il méritait la mort, on pouvait la lui donner sans raffinement de cruauté.

En général les créoles ont le cœur dur et pour peu qu’un de leurs nègres s’éloigne de son devoir, le chabouc n’est pas épargné. »

LES MALADIES

Le nombre des malades sur les plantations attira très tôt l’attention des colons. Dès la fin du XVIIe siècle, les maladies des esclaves sont un sujet important de la correspondance du ministre avec Fagon, le médecin du roi, qui envoie un mémoire sur celles qui règnent à la Martinique.

L’on avait remarqué d’abord les maladies qu’apportaient d’Afrique les « nouveaux », le pian, la géophagie, la dysenterie et la petite vérole ou que l’on disait venues d’Afrique.

Le pian atteignait un très grand nombre d’esclaves, c’était une maladie cutanée qui passait pour vénérienne, très contagieuse. Elle affectait surtout les membres inférieurs, la hanche, les plis du coude, présentait des ulcérations arrondies, recouvertes d’une croûte comme un chancre avec prurit et température. Toutes les habitations étaient encombrées de « pianistes ». On y installait de petites infirmeries pour eux, mais qui étaient bien plus maisons de repos que de soins ; elles étaient isolées des cases-nègres. Toutefois on ne parvenait pas à se débarrasser du pian, même après le passage aux soporifiques.

Les correspondances des gérants nous entretiennent avant tout des malades qui sont le plus longtemps retenus à « l’hôpital » de la plantation ou dont les soins sont le plus coûteux.

Dabord les maladies vénériennes qui affaiblissaient tant les ateliers. On avait assez rarement le souci de garder ces malades sur une « place » isolée. La publicité intense faite dans les gazettes coloniales au XVIIIe siècle pour les poudres, sirops, tisanes et pastilles qui guérissaient immanquablement ces maladies, nous dit à elle seule leur fréquence. Les bains, lavements, purges, passages au traitement mercuriel, remises des plus atteints à des chirurgiens entrepreneurs de guérisons à forfait, occassionnaient des dépenses plus importantes que toutes les autres maladies, pians compris, aussi grandes que pour l’ensemble de la nourriture sur certaines plantations.

Les gérants parlent beaucoup des parasitoses amenées par les négriers. Ils leur attribuent mille mauvaises suites très variées qui « ne cessent de faire des ennuis », mais on ne sut jamais s’en prémunir ni s’en débarrasser.

Les épidémies revenaient souvent, dysenteries et varioles surtout. Les dysenteries restaient un mal un peu mystérieux parce qu’elles sévissaient par rafales et sans causes bien connues. Quand on ne pouvait attribuer leur point de départ au débarquement de nouveaux, on n’en voyait pas souvent l’origine locale. La petite vérole qu’on appelait vérrette venait, elle, le plus souvent d’Afrique. La pratique de l’inoculation, apparue en 1745, réduisit le mal, mais elle se montra très coûteuse - un louis par sujet - et elle était loin d’être généralisée en 1789.

Les fièvres putrides ne désignaient-elles pas à la fois les dysenteries et les typhoïdes ? On parlait peu de fièvre jaune. On ne parvint jamais à extirper la géophagie, assurément apportée d’Afrique. Elle provoquait bien des décès, même chez les enfants. Au reste on en déplore encore quelques cas aujourd’hui, à la Guadeloupe.

Longtemps aux îles, le « mal de mâchoire » fut attribué aux manœuvres criminelles des matrones des plantations. De nombreux nouveau-nés en mouraient, et toujours dans les jours qui suivaient immédiatement leur naissance. C’était un effet du tétanos ombilical. Après 1770, on vint à des vues plus justes, et en prenant plus attention à l’entourage des accouchées, en les isolant, on put diminuer le mal, mais sans jamais le faire disparaître complètement.

Sans les rendre indisponibles pour le travail, les ulcères aux jambes ou aux pieds - malingres ou crabes - réduisaient les forces des esclaves. On croyait toujours ces plaies d’origine vénérienne.

Les planteurs se plaignent d’une maladie assez commune dont ils nous décrivent les symptômes et que nous n’arrivons pas à identifier : le « mal d’estomac ». Les nouveaux surtout en étaient atteints et ils ne paraissent jamais en guérir. Elle était aussi désignée sous le nom de « marasme », de « maladie de langueur », de « dissolution ». Une lassitude générale, la tête pesante, des douleurs épigastriques la marquaient. Les malades refusaient de manger, voulaient rester couchés, s’assoupissaient. Ils ne pouvaient travailler. Suivaient les tremblements, une bouffissure générale, puis la mort. Peut-on penser à l’ankylostomiase ?

Sur les caféières des mornes, le froid faisait beaucoup souffrir les esclaves qui, sauf la nuit et encore ! n’étaient pas plus couverts que sur les sucreries de plaine, d’où des toux sans fin, des bronchites, des fièvres lentes. Souvent, des « pulmoniques » entrent à l’hôpital. On songe à la tuberculose.

Si l’on s’en tient aux déclarations des gérants et aux journaux d’hôpital ou de travail, la proportion des malades était considérable, 15 % au moins des ateliers en temps ordinaire, et bien plus dans les moments d’épidémie. Il est vrai que l’on entrait facilement à l’hôpital et que ce qu’écrivent les gérants aux lointains propriétaires est à interpréter. Ils ont souvent intérêt à gonfler la proportion des malades pour cacher des détournements de travailleurs à leur profit.

L’HÔPITAL DE LA PLANTATION

Dès le temps du P. Labat, on commençait à réserver, sur quelques grandes plantations, une case pour les malades. Elle était plus grande que toutes les autres, mais sans dispositions bien particulières, seulement isolée tout en restant dans le voisinage de la grand’case qui pouvait la surveiller. Peu à peu la pratique s’en répandit. L’hôpital s’agrandit, fut pourvu d’une infirmière : « l’hospitalière ».

Ce n’était pas l’idéal pour le P. Labat. Il eût voulu voir s’établir dans chaque quartier un hôpital spécial pour les esclaves, tenu par les Frères de la charité. Ils y auraient été mieux traités que sur les plantations, et la dépense eût été moins grande. Mais ce ne fut là jamais qu’un vœu.

Ces infirmeries de plantation étaient toujours rustiques. Elles offraient au moins deux salles, une pour les hommes et une pour les femmes. Y fut installée par la suite une petite salle centrale pour l’infirmière où l’on plaça un fourneau pour préparer tisanes et remèdes et tenir chaude la nourriture, et une baignoire. Chaque malade eut son lit-de-camp avec une paillasse, parfois avec des draps. Une barre était toujours là avec son cadenas. La pharmacie était des plus réduite : quelques pots où l’on gardait des simples pour les tisanes, et une seringue.

Le régime alimentaire et la discipline étaient confiés à l’hospitalière : pas d’épices, surtout pas de piment-diable, pas de salaisons, mais du pain, un verre de vin chaque jour, du riz et de la viande fraîche sous forme de bouilli. Rarement du lait.

L’hospitalière était souvent en même temps sage-femme.

Le chirurgien venait faire sa visite tous les jours ou deux fois la semaine selon les conventions et le nombre et la gravité des maladies. Ses soins étaient payés à forfait, mais avec des extra, en particulier en cas d’accidents, toujours nombreux.

Les malades ne restaient jamais bien longtemps à l’hôpital, ce qui fait penser que beaucoup d’entre eux étaient là surtout au repos après de grandes fatigues. Mais on est étonné que les journaux d’hôpital ne signalent pas souvent les décès, ce qui nous prive d’un renseignement capital.

LA RELIGION

On ne croit pas pouvoir traiter ici la question de la religion des esclaves, car les témoignages sont souvent contradictoires et superficiels. Le code noir imposait leur baptême, et ils étaient portés à se faire baptiser. C’était une fête pour eux et leurs parrain et marraine avaient une grande autorité sur eux. Sur certaines paroisses ils étaient baptisés après une assez longue période d’instruction religieuse, ailleurs ils recevaient le baptême aussitôt après leur arrivée. Peu n’étaient pas baptisés. On leur faisait faire les prières en commun du matin et du soir dont une pour le roi et « Monseigneur le dauphin ». A Saint-Domingue c’était à peu près toute leur vie religieuse, sauf au Cap où il y avait « un curé des nègres », spécialement chargé du ministère auprès d’eux. Sauf dans les villes et ceux qui servaient sur une plantation de plaine assez proche du centre de la paroisse, ils n’assistaient guère à la messe, ainsi que nous l’apprennent les journaux de travaux. Presque jamais ils n’approchaient des sacrements à Saint-Domingue, même à l’article de la mort. Fort peu se mariaient. Sur quelques plantations où la femme du colon résidait, elle enseignait les rudiments du catéchisme, mais le cas était rare. Le clergé se considérait surtout comme le clergé des Blancs. Il en faut excepter cependant les Jésuites (1704-1764) dans le Nord, qui furent très actifs auprès des Noirs et qui surent résister à la pression des colons. Les esclaves non baptisés étaient enterrés dans un coin de savane, les autres, après avoir été portés par leurs camarades, à l’église. A la Martinique le curé allait donner les derniers sacrements aux malades graves et le maître payait comme une récompense l’enterrement des esclaves à la vie régulière.

On ne sait presque rien du Vaudou de l’époque coloniale. Il semble d’ailleurs s’être développé à partir de la Révolution. Les colons en parlent peu et avec beaucoup d’erreurs. Ils ont retenu surtout les danses. Il est curieux qu’en dehors de Moreau de Saint-Méry qui lui consacre quelques pages en 1797, de Ducœurjoly en 1802 et de Descourtils en 1809, Mazère ; Drouin de Bercy, le colonel Malenfant, Joinville-Gouban ne nous l’ont révélé qu’en 1814.

Les voies de la liberté

LE MARRON AGE
 
Pas de question plus discutée que celle de la fuite des esclaves, du marronage comme on disait, sans aucun doute parce qu’elle est très mal connue et que les sources de son histoire sont sommaires. On ne s’entend pas sur le nombre des « marrons », sur leur proportion par rapport à l’effectif général des esclaves, sur les motifs de leur échappée, sur la part de ceux qui furent repris et même sur l’attitude des planteurs.

D’abord, le mot prête à interprétation. Les uns n’entendent que le marronage par grandes bandes contre lequel on faisait des battues et même parfois des expéditions militaires. Pour d’autres, toute « désertion » de l’atelier, même pour quelques jours seulement ou plusieurs semaines, était du marronage.

L’attention n’a retenu que le grand marronage, celui dont les gouverneurs et les commandants de quartier entretiennent le ministre. Il est à grand effet et c’est sur lui qu’on a écrit, sans qu’on sache comment ces bandes se formaient, combien de temps elles duraient, ni leur aire de subsistance. On ne les entrevoit qu’au travers des brefs rapports des commandants d’expédition. Ces chasses ne réussissaient jamais comme on le souhaitait, tuant quelques esclaves, ramenant quelques prisonniers. Ces bandes étaient ainsi dispersées, mais elle se regroupait au bout dé quelque temps. Jamais ces rapports ne sont très circonstanciés.

Les marrons paraissent avoir été plus nombreux à Saint-Domingue que dans les petites Antilles, à cause sans doute du refuge que constituaient l’étendue de l’île et le voisinage de la partie espagnole.

Mais le grand marronage était la partie la moins importante des fuites. Les plus nombreux marrons sont ceux qui sont indiqués sur les états de plantation, les prises de possession. Il s’agit de fuyards individuels ou par tout petits groupes. Les colons précisent si ce sont des cas accidentels ou des « marrons invétérés », qui repartent quelques jours après leur prise et dont on ne peut rien tirer de bon. Ils ne s’en inquiètent pas beaucoup. Pourtant le mal est de tous les quartiers, de presque toutes les plantations, que le colon fût là ou un gérant.

On voit très rarement s’enfuir des ménages ou des femmes avec un enfant. Au reste, les femmes marrones ne sont pas le cinquième des hommes. De ces « déserteurs », combien vont retrouver une bande qu’ils savent plus ou moins voisine ? Isolés, ils pourront vivre plus facilement à proximité de la plantation, et en symbiose avec elle, et ils en tiennent compte.

Au XVIIe siècle on trouve de nombreuses condamnations à mort. Elles deviennent rares ensuite, les peines infligées se nuancent selon le genre de marronage et les circonstances qui l’accompagnent. Le 20 juin 1672, le Conseil supérieur de la Martinique punit de mort un marron qui était resté dehors pendant trois ans, mais qui n’avait, lors de sa fuite qu’un an de colonie ; après quoi fut établi que les esclaves arrivés depuis moins d’un an et repris marrons ne seraient condamnés qu’au fouet. C’était homologuer un usage général. La même année 1672, les marrons repris dans les deux mois qui suivaient leur fuite recevraient, décida le Conseil supérieur, le fouet et la marque d’une fleur de lis. Quand le marronage avait été plus long, ils perdraient une oreille, et on leur couperait une jambe s’ils avaient été absents plus de six mois. Mais ce barême était assez théorique car c’était aux maîtres d’appliquer la punition. Tout cela était le fait d’une justice particulière, de la discipline de plantation. Les colons appliquaient ce qui leur paraissait la meilleure punition à leurs yeux, de manière à déprécier l’esclave le moins possible, à ne pas diminuer sa force. En fait, le châtiment était arbitraire.

Sur la fin du XVIIIe siècle, la marronage n’était plus aussi sévèrement puni qu’auparavant : le fouet, une semaine à la chaîne, la privation du dimanche, étaient les punitions les plus ordinaires du petit marronage, même quand il y avait eu récidive. Il en allait autrement quand l’absence avait été longue, que le fugitif avait été repris avec une arme ou était parti sur une barque pour gagner une île étrangère. On tenait alors qu’il y avait eu sédition, donc crime.

On étampait les esclaves pour identifier facilement les marrons quand ils étaient repris. Le nom ou les initiales du nom de leurs maîtres étaient imprimés à chaud sur leur poitrine, marque déshonorante à leurs yeux. Il n’était pas d’usage de les marquer tous. On épargnait les créoles, les domestiques et les gens de couleur, mais parfois aussi les nouveaux, mais pas d’usage général absolu. Le grand châtiment d’un esclave non étampé repris était d’être marqué aussitôt.

Des nouveaux se retrouvaient en grand nombre parmi les marrons. Ils s’échappaient au lendemain de leur débarquement ou dans les semaines qui suivaient et, comme à la fin du XVIIIe siècle, c’était les Congolais qui arrivaient les plus nombreux, c’est parmi leurs ethnies que l’on compte le plus de marrons. Viendraient ensuite les Mozambiques, de l’Afrique du Sud-Est dont la traite était pourtant beaucoup moins abondante.

Par son arrêt du 12 septembre 1740, le Conseil supérieur du Cap à Saint-Domingue ordonna aux planteurs de faire enregistrer la fuite de leurs esclaves avec leur nom, ethnie, métier, signalement physique et âge. Il fixe la taxe à payer au geôlier pour le temps où le marron serait demeuré à la geôle. Quand, à partir de 1763, ces listes furent publiées dans la gazette, on a une idée du marronage, et mieux encore quand furent dressées les listes des marrons repris. Mais sans qu’on puisse se faire d’illusion, car on a ainsi surtout les marrons des quartiers d’autour du Cap et de Port-au-Prince pour Saint-Domingue. Peu de chose sur les marrons de la partie du Sud et les gazettes de la Guadeloupe et de la Martinique des années d’avant 1789 sont presque toutes perdues.

On a peu recherché les causes du marronage. Systématiquement on y a vu le désir de la liberté, d’une indépendance générale. Il est difficile de savoir exactement pourquoi s’échappèrent tant d’esclaves. Pour les nouveaux, ils voulaient gagner le large, la liberté de se mouvoir à leur gré. Pour les autres, on est bien obligé de s’en rapporter à ce que disent les gérants et les colons, les seuls témoins. Deux motifs leur semblent particulièrement évidents : d’abord la sous-alimentation et l’excès de travail, qui au fond reviennent à la même cause. Puis la crainte d’un châtiment dont ils se savent menacés. Il en est d’autres, sans doute et nombreuses, mais moins générales, ainsi l’exemple, l’entraînement d’un camarade de la même nation, etc... Mais si on ne veut pas s’en tenir à ce que nous apprennent les contemporains, la discussion ne cessera pas, qui est ici sans utilité.

LES AFFRANCHISSEMENTS

Bien que les colons eussent alors tout pouvoir de libérer les esclaves, la proportion des affranchis était au XVIIe siècle insignifiante, comme si l’esprit des Blancs était de limiter leur nombre le plus possible, comme s’ils n’entrevoyaient pas dans l’avenir une société coloniale avec une troisième classe d’hommes.

A partir du début du siècle suivant, on perçoit une politique nouvelle de limitation des affranchissements, qui bornent le pouvoir du maître. Sans doute veut-on réagir contre les inconvénients du développement général de la classe des libres, particulièrement contre les libérations trop nombreuses des femmes de couleur concubines des colons. L’administration prétendit contrôler les libérations en imposant aux maîtres de demander une autorisation pour affranchir leurs esclaves. Les colons mineurs n’auront plus la possibilité de libérer leurs esclaves, et personne, un groupe important. Et ce n’était là qu’un commencement : une taxe fut imposée, assez lourde dès le début. Puis le motif de la demande d’autorisation dut être précisé, et les motifs furent réduits.

Malgré ces restrictions, la population des libres ne cessa d’augmenter. Mais la multiplication des esclaves par la traite cachait la réalité. Au reste, ce n’était pas le nombre des Noirs libres qui se développait, mais celui des gens de couleur et surtout celui des mulâtresses libres. Le nombre des Noirs libres fut toujours restreint parce qu’ils n’avaient pas comme les gens de couleur les moyens de ramasser le pécule nécessaire à leur rachat, ce que l’administration ne vit d’ailleurs jamais favorablement.

Deux causes expliquent la multiplication très rapide des libres : d’abord leur démographie. Ils avaient toujours plus d’enfants que les esclaves, non pas sans doute parce qu’ils se mariaient plus nombreux que les esclaves, mais parce que la mortalité infantile et enfantine sévissait moins chez eux. Puis parce que l’on tournait les règlements qui imposaient une autorisation et une taxe, en se contentant d’une liberté de fait, non officielle. Les colons, qui vivaient sur la plantation, les tenaient pour libres de leurs mouvements, de leur travail. Ces libres vivaient sur la plantation, non d’un jardin, mais des rations. Leurs enfants étaient tenus libres pour tous. On se rendit compte du nombre considérable de ces « libres de savane », quand on obligea tous les libres à présenter leur titre d’affranchissement aux curés et aux notaires. Mais on ne voit pas l’efficacité réelle de la mesure.

Dès le début, ce fut compétition et jalousie. Les libres de couleur commencèrent à s’adonner à des métiers exercés jusque-là exclusivement par des Blancs : maçons, menuisiers, charpentiers, charrons, ou occupèrent certains postes quand ils restaient attachés à une plantation, sucriers et distillateurs par exemple. Mais jamais ils ne furent commandeurs : les ateliers auraient pris feu.

Leur ascension sociale, qui avait été lente, apparut alors comme inéluctable. C’était une concurrence générale grandissante. On fit tous les efforts possibles polir la retarder et la restreindre, maintenant qu’ils doublaient ou remplaçaient les Blancs dans les métiers les plus lucratifs : perruquiers, tailleurs, bottiers, monteurs de moulins à sucre, entrepreneurs. On se mit à leur reprocher de ne pas s’attacher aux cultures, même vivrières, et de se concentrer dans les bourgs et les villes, piliers de tavernes, et de maison de jeu. Sans l’autorisation qui leur était nécessaire, d’assez nombreux hommes de couleur parvenaient à gagner la France où ils acquéraient un métier plus « relevé encore », d’horlogers, de pâtissiers, de chapeliers et, revenus aux îles, ils trônaient par-dessus toute leur classe, certains tenant boutique. Les femmes exerçaient des métiers liés aux travaux de la maison : lavandières, couturières, lingères, marchandes de tafia au détail, ou étaient « ménagères » de colons célibataires ou passés aux îles sans leur femme.

S’ils ne se consacraient pas aux cultures, ce n’était pas parce qu’ils ne possédaient pas de terre. Certes, en plaine, ils n’en avaient pas beaucoup, au moins à Saint-Domingue ; là se tenaient les sucreries. Mais dans les quartiers des mornes, ils pouvaient se vanter d’avoir de très grandes concessions. Leur propriété se développait même, et ils occupaient des cantons entiers non mis en valeur. Les Blancs se préoccupaient beaucoup de l’extension de leurs droits et des colons, quand ils vendaient leur plantation, imposaient à l’acquéreur la clause de ne pas revendre à un mulâtre. Mais les libres n’avaient pas assez d’esclaves, ni suffisamment de crédit pour établir des sucreries. Leur main-d’œuvre principale était leur famille aidée de quelques esclaves. On le voit clairement à la Guadeloupe où, pour la fin du XVIIIe siècle et pour le premier tiers du XIXe siècle, sont conservés les inventaires de nombreuses plantations d’hommes de couleur. Ils ne cultivent que le café et par petites places, ou pratiquent l’élevage de quelque bétail ou la revente des mulets.

VERS LA LIBERTÉ GÉNÉRALE

Cet antagonisme restera une guerre fourrée jusqu’en 1789, mais dont les Blancs ne perdront jamais l’enjeu de vue. La Révolution tournera ces oppositions sociales en guerre politique, dont l’égalité civique des gens de couleur avec les colons sera le grand but pendant les trois premières années.

1794 devait apporter officiellement la libération générale, mais au milieu de telles circonstances - guerre avec l’Angleterre, affres d’une guerre civile, difficultés financières d’une colonie coupée de la métropole - que cette libération ne fut qu’un mot pour beaucoup d’esclaves. Ne furent libérés que les anciens esclaves de ville, les militaires et ceux qui échappaient au cadre des plantations dont les règlements de culture voulaient assurer le rendement par la discipline de la résidence et du travail obligatoires.

L’occupation anglaise des Antilles qui nous restaient contribua à y maintenir jusqu’à la Restauration le statu quo social, c’est-à-dire la subordination de la classe de couleur et la survivance de l’esclavage, le gouvernement métropolitain soutenant l’attitude des colons.

Mais, au lendemain de l’affaire Bissette et après 1830 surtout, les gens de couleur et les colons perçoivent un changement. Les places que les gens de couleur ont prises en France sans que l’opinion s’en offense, l’effacement bien lent mais graduel du préjugé de couleur - en dehors des ports - inquiétaient les colons, qui se sentaient désapprouvés, isolés, montrés du doigt. Ils virent que la politique du gouvernement de juillet, prévoyant l’émancipation générale assez prochaine des esclaves, la préparait pour éviter les grands troubles sociaux dont on venait de souffrir à Saint-Domingue. Le ministère et les Chambres voulurent un esclavage plus humain, mieux réglé et une classe des libres moins rejetée vers l’esclavage. On reconnut au compte-goutte les droits des libres, dans la milice, dans l’armée, dans les rangs de l’ordre judiciaire. On montrait ce qu’ils deviendraient dans l’avenir s’ils continuaient à être aidés aussi ouvertement par la métropole.

Le résultat pratique fut une surveillance plus minutieuse de la discipline sur les plantations, mieux encadrées, mais aussi une amélioration des conditions matérielles de la vie des esclaves. On se soucia davantage de leur nourriture, de la créolisation des nouveaux qu’on débarqua encore très nombreux d’Afrique, jusque vers 1831. On veut des punitions plus justement appliquées et les juges interviennent plus souvent et dans bien plus de détails qu’autrefois. Et même, après 1840, le gouvernement fait donner le clergé pour l’instruction morale, civique et religieuse des non-libres.

Mais, de fait, les esclaves demeurèrent des esclaves jusqu’en 1848, qu’on dit les avoir libérés.

ORIENTATION BIBLIOGRAPHIQUE

Longtemps la thèse de Lucien Peytraud, L’Esclavage aux Antilles françaises au XVIIIe siècle (Paris, 1897) a résumé ce qu’on savait d’essentiel sur la question. C’était un classique. Il était unique ; plusieurs de ses chapitres restent excellents, mais il se contente trop souvent des sources législatives, qui ne sont que des vœux. L’Histoire de l’esclavage dans les colonies françaises, de Gaston Martin (Paris, 1948) se ressent de la hâte où l’occasion du Centenaire de l’Abolition l’a fait écrire. La thèse de doctorat en théologie du P. Gisler, L’Esclavage aux Antilles françaises, XVII-XIXe siècles, contribution au problème de l’esclavage (Fribourg, 1965), oppose la théorie du « Code noir » aux conditions réelles de la vie des esclaves, elle connaît mal les archives (pp. 152-208, chapitres originaux sur l’action du clergé). Depuis, on s’est efforcé de préciser la situation des esclaves en étudiant leur vie sur les plantations (sucreries : Galbaud du Fort, La Barre, Barré de Saint-Venant ; caféières Maulévrier, Andrault).

G. Debien, « Les sources de l’histoire de l’esclavage » (Revue haïtienne d’hist., 1967), « Archives de plantations » (Bull. Soc. arch. Nantes, 1964) ; M. Delafosse, J. Houdaille, R. Massio, R. Richard, « Origines des esclaves » (Bull. Institut franc. Afrique Noire, tomes XXV, XXVI, XXVII, XXIX) ; G. Debien, « La nourriture des esclaves... » (Caribbean Studies, July 1964), « Les Cases des esclaves... » (Conjonction, avril 1966) ; « Les affranchissements... » (Annario de estudios americanos, XXV, 1967), « La Christianisation des esclaves » (Revue d’histoire Amér. Franc., mars et juin 1967), « Destinées d’esclaves à la Martinique (1746-1778) » (Bull. Institut fr. Afrique Noire, 1960) ; Mme R. Siguret, « Esclaves d’indigoteries et de caféières du quartier de Jacmel » (Revue franc. d’hist. O.M., 1962, n° 2) ; G. Debien, « Les esclaves de la plantation Mauger à Saint-Domingue » (Bull. Soc. hist. Guadeloupe, n° 43-44, 1980) ; David Geggus, « The slaves of British occupied Saint-Domingue. An analysis of workforces of 197 absentee plantations, 1796-1797 » (Caribbean. Studies, April-June 1978).

Sur la fuite des esclaves : J. Fouchard, Les Marrons de la liberté (Paris, 1972), qui a étudié toutes les déclarations de fuites et de reprises d’esclaves publiées de 1763 à 1789 par les Affiches américaines ; Y. Debbasch, « Le Marronage. Essai sur la désertion de l’esclave antillais » (L’année sociologique, 1961 et 1962), uniquement sur le marronage par bandes ; G. Debien, « Le marronage aux Antilles françaises au XVIIIe siècle » (Caribbean Studies, oct. 1966). Ces monographies ont servi à la synthèse de G. Debien, Les Esclaves aux Antilles françaises aux XVIIe et XVIIIe siècles (Basse-Terre, Soc. d’hist. de Guadeloupe, Fort-de-France, Soc. d’hist. Martinique, 1974).

Il reste beaucoup de questions à étudier : l’esclavage au XVIIe siècle ; la vie religieuse ; l’insurrection d’août 1791 à Saint-Domingue ; la situation des gens de couleur esclaves ; la fortune des gens de couleur libres ; le mouvement abolitionniste de 1815 à 1848 ; 1848 et 1849 aux Antilles françaises.

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