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LÉGISLATIVES GUINÉENNES.

Mercredi 9 octobre 2013, par Jean Paul Tedga // L’Afrique

Alpha Condé et le chant du cygne selon un décret présidentiel lu sur les ondes de la RTG (Radio télévision guinéenne), le 22 août, dans la soirée, « la campagne électorale pour les élections législatives du 24 septembre 2013 débutera sur l’ensemble du territoire national le vendredi 23 août à 00 h 00 et prendra fin le dimanche 22 septembre à 00 h 00 inclusivement ». Ces élections qui devaient se tenir six mois après l’arrivée au pouvoir, en décembre 2010, du président Alpha Condé, auront lieu, le 24 septembre 2013. Après avoir accusé un retard de 26 mois, on ne pensait plus qu’elles allaient être organisées. D’autant plus qu’entre temps, le chef de l’Etat a perdu la grande majorité des partis politiques alliés pour divergences de vue dans la gestion de l’Etat, qui lui avaient permis de gagner l’élection présidentielle de 2010 face au candidat Celou Dalein Diallo. On dira donc : Mieux vaut tard que jamais » et que impossible n’est pas guinéen ».

Il n’a échappé à personne que 2015, année pendant laquelle doit se tenir l’élection présidentielle, n’est plus très loin. Le compte à rebours a d’ores et déjà commencé. Les calculs politiciens aussi. Conséquence, ces législatives risquent de servir de galop d’essai à la mère des batailles en 2015.

Au regard du fait que le président Alpha Condé a vu l’alliance politique qui l’a porté au pouvoir fondre comme neige au soleil, la majorité présidentielle, note la plupart des observateurs, à ce jour, serait minoritaire dans le pays. Il faudrait cependant qu’une telle affirmation soit confirmée dans les urnes le 24 septembre. Cela dit, les législatives, contrairement à la présidentielle, se feront à un seul tour, ce qui va avantager le RPG (Rassemblement du peuple de Guinée), le parti au pouvoir, et les minuscules formations satellitaires qui le soutiennent. Saura-t-il accentuer les divisions au sein de l’opposition, pour obtenir un score honorable ? Ce n’est pas exclu, l’union de l’opposition ayant, lamentablement, échoué à constituer des listes communes, qui devaient affronter celles du pouvoir. D’autre part, Alpha Condé a entrepris des tournées à l’intérieur du pays dans le but de remobiliser ses militants.

L’opposition a, toutefois, de solides arguments pour contrer le gouvernement. En trois années, presque, de présence à la tête de l’Etat, le président Alpha Condé n’affiche aucun bilan parlant. Là est la déception. C’est vrai qu’il a trouvé un pays et une administration complètement par terre, qui étaient difficiles à remobiliser, mais lui qui a vécu beaucoup plus en Europe qu’en Afrique et qui connaît mieux que quiconque les bienfaits de la communication, qu’a-t-il fait pour passer ne serait-ce que des messages de détresse ? Le moment venu, il n’aura aucune excuse à faire valoir. D’autre part, le fait que ses amis politiques ayant fait de lui le président de Guinée, à l’instar de l’ancien premier ministre, Lansana Kouyaté, qui l’avait soutenu au second tour de la présidentielle, et qui ont dû, malgré eux, rejoindre l’opposition au bout de quelques mois de présence dans la majorité présidentielle, pousse à s’interroger sur les capacités de rassembleur d’Alpha Condé.

L’appréciation qui est faite de sa vie privée n’est pas très différente de ce qu’il donne à voir tous les Guinéens. C’est comme si les trois ans passés au pouvoir l’ont fait oublier d’où il vient. A preuve, il a tourné le dos à tous ses amis avec qui il a partagé, pour certains, une bonne partie de ses 50 ans d’opposition en France. Par fois, il a opté pour la demande de certains Dictateurs qu’il dénonçait hier, à Paris, dans des réunions d’opposants. Aujourd’hui, il va jusqu’à refuser de les prendre au téléphone. Le pouvoir, même s’il a des contraintes, doit-il changer à ce point un homme ?

Conseiller politique du président de Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, comme il se définit lui-même, Alpha Condé aurait, vraiment, intérêt à s’appliquer à, lui-même, les recettes qu’il propose à son petit-frère d’Abidjan. Car, politiquement, il réussit moins bien que lui, au point qu’on peut se demander si le professeur a réellement le niveau de son étudiant ?

Un gros gâchis ! Voilà comment on risque de qualifier, demain, son passage à la tête de l’Etat. La fonction présidentielle est-elle si mystique au point de faire trébucher tous les intellectuels francophones qui s’y aventurent ? Alors que beaucoup avaient misé sur lui, Alpha Condé n’est pas différent des autres. Il déçoit, comme hier, Pascal Lissouba du Congo-Brazzaville, Laurent Gbagbo de la Côte d’Ivoire, Ange-Félix Patassé du Centrafrique, Paul Biya du Cameroun, et bien d’autres.

Un capital de confiance qu’il a intérêt à très vite refaire s’il ne veut pas être accueilli, une fois éjecté du pouvoir, dans deux ans, par un concert de quolibets quand il remettra les pieds à Paris. Cette ville que la françafrique a fini par transformer en cimetière des opposants africains.

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