LE SILENCE NOUS TUE.

Mercredi 13 novembre 2013 // L’Afrique

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A chaque acte abominable commis par les djihadistes, il ne sert à rien de faire l’autruche et de dire que cela n’a rien à voir avec l’islam.

L’abominable attentat du 21 septembre contre des civils innocents qui se trouvaient dans le centre commercial de Westgate, à Nairobi, mérite d’abord la condamnation la plus ferme. C’est un acte barbare, inhumain. Plus de soixante personnes ont été tuées de sang-froid, sans aucune justification.

Mais cet attentat mérite une explication, en particulier du point de vue musulman. Car ses auteurs, qui font partie d’un groupe de rebelles basé en Somalie, les chebabs, disent agir au nom de l’islam. C’est la raison pour laquelle ils ont cherché à savoir si leurs cibles étaient musulmanes ou non. Avant d’appuyer sur la détente, ils leur ont, dit-on, demandé de citer le nom de la mère du Prophète, une question à laquelle tous les musulmans ne sont pas capables de répondre. Bien sûr, la plupart des musulmans - dont moi-même – sont choqués par une telle cruauté. Mais il ne sert pas à grand-chose de dire que "cela n’a rien à voir avec l’islam".

Les chebabs, les membres d’Al-Qaida et les autres terroristes ne sont pas de simples criminels de culture musulmane. Ils prétendent agir au nom de l’islam et veulent imposer la loi islamique. Le coeur du problème est le djihad, l’idée islamique de la guerre sainte. Même les visions les plus moyenâgeuses du djihad ne peuvent justifier le terrorisme d’aujourd’hui. Car les juristes ont toujours fait une distinction entre combattants et non-combattants, et ont respecté la vie de ces derniers.

Mais, au cours des deux dernières décennies, Al-Qaida et consorts ont rejeté cette distinction et justifié la violence gratuite contre quiconque se met en travers de leur route. Le fanatisme virulent auquel nous sommes confrontés est le produit d’un mélange toxique de fondamentalisme religieux, d’indigence culturelle et de mécontentement politique. Et nous autres, musulmans, ne pourrons y remédier si nous ne discutons pas du problème plus ouvertement et en faisant notre propre autocritique.

Malheureusement, la plupart des leaders d’opinion musulmans évitent de se remettre en question, parce que le monde musulman est déjà soumis à la critique de l’Occident et qu’ils craignent qu’une autocritique ne fasse le jeu des islamophobes. En fait, c’est leur silence qui sert ces derniers.

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