Environnement.

LE CARBONE SOUS SÉQUESTRE

Dimanche 21 avril 2013 // Divers

La Commission européenne a lancé, le jeudi 27 mars, une communication consultative pour faire le point sur les leviers susceptibles de débloquer le développement du captage et du stockage de dioxyde de carbone (CSC). Pour la Commission en effet, le CSC constitue l’une des principales technologies capables de réduire les émissions carboniques jugées responsables du réchauffement climatique.

Son raisonnement repose sur le fait que, d’une part, les combustibles fossiles continueront à peser encore longtemps dans le mix énergétique et dans de nombreux procédés industriels, que, d’autre part, le protocole de Kyoto n’a pas permis de diminuer le total des émissions de gaz à effet de serre et, qu’enf in, les puits de carbone naturels, qui absorbent le gaz carbonique dans l’atmosphère (on parle aussi de piégeage ou de séques tration), ne suffirront pas à stocker les quantités produites.

C’est en effet la nature qui, par elle-même, constitue le premier outil de séquestration du carbone, par le biais de la photosynthèse. Les océans sont les principaux puits naturels de carbone, assimilé via le plancton, les coraux et les poissons, puis transformé en roche sédimentaire ou biogénique. lis absorberaient ainsi environ 50% du carbone émis dans l’air (sous forme de carbone dissous ou minéral). Ce sont ensuite les forêts qui accumulent d’énormes quantités de carbone dans le bois, les racines, le sol et tout leur écosystème, La FAO estime que « l’expansion des plantations d’arbres pourrait compenser 15% des émissions de carbone des combustibles fossiles » dans la première moitié du XXIe siècle.

A maturité, le carbone représente 20% du poids des bois durs des forêts tempérées et jusqu’à 50% et plus des bois denses des forêts tropicales. Mais 50% environ des coraux des eaux chaudes semblent malades ou morts ces dernières décennies et lorsque le niveau de CO2s’accroît au-delà d’un seuil critique dans l’atmosphère, en augmentant également l’acidité des eaux marines, il crée potentiellement de désastreux océans acides qui pourraient tuer le plancton qui piégeait lemieux le carbone, en rendant l’océan plus acide encore. Quant aux forêts, les chiffres indiqués le sont sous réserve qu’elles ne relarguent pas le carbone prématurément, qu’on ait pas surestimé les surfaces enforestées et leur capacité de stockage et qu’il ne s’agisse pas que de plantation d’essences à croissance rapide.

Dès lors, le stockage géologique (ou confinement) du dioxyde de carbone est envisagé comme une des formes possibles de traitement du carbone récupéré dans les processus de captage et de stockage du dioxyde de carbone. Le CSC fait l’objet d’un nombre croissant de projets internationaux, soutenu par les groupes pétroliers et certains Etats, avec quelques applications expérimentales. Le CO2 émis par les transports et l’habitat l’est de manière trop diffuse pour qu’il puisse être capté et ainsi stocké, mais les grandes sources industrielles peuvent le faire (en 2012, elles représentaient en France environ 75 millions de tonnes de CO2/an, soit 20% des émissions du pays). Selon le GIEC (groupe d’experts international sur le climat), 99% du CO2 injecté sur 1 000 ans pourrait être emprisonné pour plusieurs millions d’années sous réserve que les technologies nécessaires soient développées et validées. Ce CO2 serait injecté dans des formations rocheuses profondes via des puits dans des roches perméables situées sous des formations jugées suffisamment hermétiques. Mais là aussi, il existe des limites et des risques.

Le processus ne convient qu’aux sources de CO2 fixes et importantes, soit au moins 100.000 tonnes par an. Les risques, pour leur part, viennent du fait que le gaz carbonique est un gaz à la fois acide et solvant susceptible, en cas de fuite, d’avoir des conséquences humaines et écologiques immédiates et graves voire mortelles.

Pas sûr, dans ces conditions, que l’enthousiasme de la Commission européenne soit partagé par la majorité des habitants du continent. Nouvel exemple du divorce entre les élites et le peuple.

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