Politique Magazine

LA RÉPUBLIQUE EXEMPLAIRE ! Quelque chose de pourri...

Par Christian TARENTE

Vendredi 31 mai 2013 // La France

Qu’il y ait quelque chose de pourri « au royaume de Hollande » ne saurait être, à proprement parler, une surprise. L’affaire Cahuzac n’est jamais qu’un voyant d’alerte’` passé brusquement au rouge, mais d’une manière assez éblouissante pour que toute la France en ait été saisie.

Le mensonge et l’argent-roi, l’installation dans le mensonge et la soumission à Mammon, sont deux maux congénitaux de notre République des maux bien connus, de vieille souche si l’on ose dire... Les voilà une fois encore mis en relief, mais dans un contexte particulièrement alarmant.

MENSONGE DE « SURVIE » ET CYNISME PRAGMATIQUE

Dans le cas de Cahuzac, le mensonge aura été poussé au-delà de ses propres limites. On peut affirmer, sans risque de calomnier l’ex-ministre, que l’aveu même de sa « faute » et sa demande de pardon constituent un degré ultime de mensonge, une sorte de « sur mensonge » : pris dans les rets d’un filet indémêlable ; il n’a plus d’autre ressource que de s’installer dans l’être même du mensonge, en quelque sorte un mensonge d’ontologie autant que d’anthologie.

« Je n’ai jamais, etc. jamais ! » ; « c’est ahurissant, je démens catégoriquement ! » ; « je nie en bloc et en détail », etc. Avant d’en appeler - ultime recours aux forces magiques - à cela même que l’on détruit, la « vérité » : « Depuis le début, c’est moi qui dis la vérité ! » Le sophisme fait chair : je mens en disant que je mens, « je mens en avouant que j’ai menti », le paralogisme à l’aune de l’absurdité d’un système autiste, clos sur lui-même, ou plus rien n’existe que la survie de chacun au sein de son équation individuelle propre. « Dévasté par le remords », dit-il : il faut évidemment lire « dévasté par le regret d’avoir été pris ». Ah, s’il pouvait un jour bénéficier à nouveau du vieux principe « pas vu, pas pris » !

Mais, comme un animal sauvage découvert par surprise, il s’est trouvé dans la situation où il faut laisser à la bête traquée un itinéraire de fuite, le sentiment d’être perdue pouvant la rendre extrêmement dangereuse. Sauf si ses forces l’ont abandonnée. Or il n’y avait plus, pour l’ex-ministre, ni porte de sortie, ni moyen de chantage inquiétant pour ses amis. Seul l’avenir nous dira si ses déclarations finales ont été - stade ultime du mensonge ! - calculées, mesurées au mot et à l’intonation près, en échange de quelque protection ultérieure.

L’affaire Cahuzac relève du mensonge de survie politique. Une autre forme de mensonge en usage est le pragmatisme cynique. Il s’agit de la volonté délibérée de tromper pour atteindre un objectif. Machiavel, dans sa part d’ombre. C’est, par exemple, ce qu’on a vu à l’oeuvre depuis des décennies au service de la machinerie eurocratique qui, sous le masque souriant de l’Europe unie, nous a imposé un système dont le caractère néfaste explose aujourd’hui.

Ce pragmatisme cynique, on l’a vu récemment s’exprimer par la bouche délicate d’Élisabeth Guigou, garde des Sceaux en 1998. Elle justifie la contradiction entre ses propos d’alors pour faire adopter le PACS et son attitude actuelle : « C’est parce que la droite cherchait à diaboliser la réforme alors en cours qu’il était crucial de séparer le PACS d’un côté et, de l’autre, la famille et la filiation. Il fallait une cloison étanche. » Il n’échappera à personne que la « diabolisation » dénoncée ici était tout simplement l’annonce de ce qui allait se passer quatorze ans plus tard. L’aveu est donc de taille. Elle affirme froidement qu’elle a menti pour que la dénonciation d’un risque majeur ne soit pas perçue par l’opinion. J’ai menti et j’ai eu raison de mentir : même Cahuzac n’aura pas eu la possibilité de dire cela...

On se rappelle le mot du pape François, citant Léon Bloy, selon lequel « celui qui ne prie pas le Seigneur prie le Diable ». De cette apostrophe lancée à la conscience personnelle des chrétiens, on peut aussi - et on n’y manquera pas - tirer une leçon politique : quand on perd le souci de la vérité, on se livre pieds et poings liés au mensonge. Nous sommes donc en plein dedans. Mais le Diable, qui ne manque pas de moyens,_ détient, une autre arme secrète : l’argent. Non que l’argent, on le sait, soit un mal en soi, le Christ lui-même demandant qu’on rende son dû à César, gestionnaire du bien commun. Mais il disait aussi qu’on ne peut servir à la fois Dieu et Mammon. Là encore, ce qui nous importe ici est la leçon politique à en tirer. Le Diable porte pierre ! Par tout ce qu’il évoque désormais, Cahuzac va nous y aider.

UNE REFORME INELUCTABLE

Dès que les carrières politiques sont trop étroitement mêlées à des affaires d’argent, les risques sont considérables. Dans une monarchie indépendante des puissances financières, ces risques sont limités : Louis XIV a envoyé le trop brillant Fouquet à Pignerol. Mais dans notre République, l’argent est une nécessité pour les partis dominants. Il est aussi une tentation permanente pour le personnel politique. Systématiquement découragé de toute velléité de défendre une politique naturelle pour la France, il ne peut que se soumettre à l’absurde dichotomie droite-gauche - dépourvue de sens dès qu’on vise le bien commun - et surtout à la dernière idéologie dominante : aujourd’hui l’indigeste mixture libérale et libertaire qui associe la toute-puissante consommation individuelle à la destruction de la famille. Seule limite admise à l’argent-roi : l’appui morbide à la jalousie sociale, à l’exigence que l’autre n’en ait pas plus que vous.

Ce que l’on est en droit d’attendre des responsables politiques de demain - certains d’entre eux sont aujourd’hui dans la rue à manifester leur colère ! - c’est une véritable révolution copernicienne de cet état d’esprit. Un serviteur de l’État est fait pour servir l’État et non des intérêts partisans. Tous les moyens seront bons pour garantir que nos gouvernants demeurent fidèles à cet engagement. C’est un aspect majeur de l’inéluctable réforme des institutions à engager.

LA BELLE MORT DE LA COCUCRATIE

C’est après qu’on le surpris pantalon aux chevilles dans les bras d’une énième radasse que l’infidèle déclare sa flamme avec le plus d’ardeur. Le voilà aux petits soins, amoureux comme au premier jour, promettant la lune et ses sources d’eau claire à qui voudra bien lui pardonner un moment d’égarement qui ne se reproduira plus...

Après les cachoteries de son ancien ministre, le gouvernement Hollande nous promet, en guise de réconciliation sur le canapé, ô surprise ! une loi, encore une ! En attendant la mise en plate d’un ministère de Honnêteté, de la Vérité et du Jure-Crache Hélas, l’électeur moyen a moins de mémoire qu’une ardoise magique et il semble toujours prêt à se faire cocufier une fois de plus. Depuis la publication de La France Orange Mécanique (Laurent Obertone, ed. Ring) le citoyen ne peut plus se faire d’illusions sur les bas-fonds glaireux de notre société, avec l’affaire Cahuzac, le doute n’est plus permis non plus sur le délabrement moral de nos « élites ». La pègre en jogging tend la main à la racaille en smoking par-dessus le corps inerte de la V° République.

Dans son éditorial du 11 avril, Le Monde soutenait la loi de moralisation de notre Papa Pingouin national, estimant que « la défiance des citoyens à l’égard de leurs élus » constituait un « cancer pour la démocratie « . Les vraies métastases, ce sont ces élus, leur arrogance, leur impunité, leur vie en vase-clos. Clystères et saignées n’y changeront rien : le malade est incurable, il souffre en vain et ses miasmes étranglent l’atmosphère. Français, votre défiance est votre dignité : soyez charitables et achevez-le !

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