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LA CRISE FINANCIÈRE MONDIALE.

Une aubaine pour l’Afrique

Lundi 10 juin 2013 // Le Monde

Ouf ! L’année 2012 est désormais derrière nous. Une très (très) mauvaise année dont je me passe de vous commenter. Vive 2013, une année qui risque d’être tout aussi redoutable que 2012. Les trois grands pays émergents, la Chine, l’Inde et le Brésil, pourront-ils relancer l’économie mondiale par l’accroissement de leur demande en produits manufacturés venant des pays occidentaux et en matières premières achetés aux pays africains ? Personne n’en sait rien. Avec leurs énormes excédents de trésorerie, ils sont capables de tirer la croissance des pays de l’OCDE vers le haut et les aider à sortir de la crise. Mais nous n’en sommes pas là, et les trois grands pays émergents cités, avec des taux de croissance à un seul chiffre, n’affichent plus une santé économique et financière époustouflante comme il y a encore quelques années.

En 2013, l’Afrique devrait s’en sortir avec un taux de croissance moyen situé entre 5 et 7%. Une telle performance, qui fait pâlir les pays de l’OCDE de jalousie, n’a, malheureusement, aucune influence sur l’économie mondiale car la part africaine dans celle-ci, assez marginale, dépasse à peine les 3%. Pourtant, la crise financière qui n’arrête pas d’assommer les vieilles nations industrielles ne pourra que lui être favorable car il s’agit essentiellement d’un choc sans précédent (hormis la crise de 1929) qui est en train d’impulser de nouveaux comportements. 

La nouvelle donne, c’est que, maintenant, il va être difficile à un pays occidental de continuer à vivre au-dessus de ses moyens. Les critères de convergence imposent la bonne gestion à tous les pays de la zone euro sinon on est sanctionné par Bruxelles. Par exemple, les pays européens sont contraints forcés de réduire leur (éternel) déficit budgétaire, pour le mettre à un niveau 0 qui est celui qui permet de vivre en fonction de ce qu’on gagne. D’où une nécessité de baisser les dépenses et d’augmenter les recettes là où c’est possible, tout en gardant à l’idée que le marché étant ouvert à la concurrence, il faut réaliser des réformes qui permettent au pays de maintenir un haut degré de compétitivité par rapport aux pays émergents, sinon on est largué.

Qu’est-ce que cela veut dire pour l’Afrique ? Cela voudrait dire que, à travers des mécanismes indirects de refinancement de leurs économies, les pays de l’OCDE ne seront plus autorisés, comme avant, à financer leurs déficits avec la planche à billets. Autrement dit, par la bienveillance des pays émergents grâce à leurs surliquidités et des pays africains à travers la mainmise économique, financière et monétaire, dont ils font l’objet. Cette mutation devra aussi influer sur les individus. En Europe, désormais, la banque va octroyer le crédit à son client non plus parce que le pays s’inscrit dans l’ère de la consommation des masses, mais parce qu’un tel concours financier permet au client, de financer un bien utile et, surtout, parce que son client dispose d’une capacité de remboursement certaine, sans qu’il ne soit contraint de prendre deux ou trois autres crédits-relais destinés à honorer son engagement bancaire initial. Une spirale dans l’endettement qui ne permet plus de respecter les normes bancaires en matière d’octroi de crédit.

Les Africains devraient donc se dire en quelque sorte : à quelque chose malheur est bon. Car même si on ne le dit pas, il vaudrait mieux pour eux de vivre dans un monde où les grands pays donneurs d’aide ne vivent pas à crédit, grâce à la planche à billets, c’est-à-dire, au-dessus de leurs moyens que le contraire.

Faute d’argent pour leurs propres besoins sociaux, les pays de l’OCDE où la pauvreté augmente à vue d’oeil, sont obligés de faire des coupes sombres dans leurs budgets d’aide en Afrique. Question d’aider en priorité leurs propres pauvres. Conséquence, partout, sur le continent noir, on crie parce que les niveaux d’aide baissent dramatiquement, et aussi, parce que les sommes d’argent envoyés par des migrants ont tendance à fondre comme neige au soleil. Mais là aussi, je dis que c’est une aubaine qui devrait permettre aux pays africains d’apprendre à compter (d’abord) sur eux-mêmes, et aux familles de ne plus considérer l’immigration comme la voie (du salut) par excellence apporte la prospérité dan la famille. Parce que la vie devient de plus en plus difficile pour un Africain qui débarque en Europe que s’il avait choisi de rester dans son pays, à force de creuser la tête pour s’en sortir, on finira par trouver des solutions localement. Il en est même des partenaires gagnant-gagnant qui pourraient se multiplier entre les pays africains et les pays émergents au gré des intérêts des parties.

Cette crise financière devrait, surtout, responsabiliser les dirigeants des pays africains à ne compter que sur eux-mêmes. A force de recevoir de l’aide (même s’il est prouvé que celle-ci est constituée en partie par ce qu’on donne de la main gauche et qu’on a pris de la main droite), les pays africains en sont devenus tellement dépendants qu’ils ne peuvent pas fonctionner sans celle-ci. C’est comme un drogué qui n’est pas bien tant qu’il n’a pas consommé sa dose quotidienne de haschich. Désormais, il faut apprendre à se passer de l’aide. Des études montrent que le domaine d’affectation de cette aide est parfois discutable : elle n’a pas un impact déterminant sur le développement réel des secteurs où elle est investie. Parfois, elle cause beaucoup plus de tort que de bien.

Bref, cette crise financière est du pain béni pour les pays africains, à condition qu’ils sachent tirer leur épingle du jeu mondial des intérêts où ils n’ont jamais brillé par leur clairvoyance et par leur intelligence.

En attendant que nous puissions, ensemble, approfondir cette réflexion, dans les mois à venir, permettez-moi, au nom de la rédaction et des services administratifs et techniques qui produisent AFRIQUE EDUCAT10N, de vous souhaiter une très heureuse année 2013, pleine de santé, de vigueur et de prospérité. Que le Seigneur Dieu tout puissant continue de veiller sur le bimensuel AFRIQUEDUCATION et sur ses lecteurs que vous êtes, afin que notre belle aventure commencée il y a plus de 20 ans, puisse se poursuivre, encore, le plus longtemps possible.

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