LA CAMPAGNE ELECTORALE MENEE PAR L’UNION EUROPEENNE BAT SON PLEIN : FAIRE VOTER, PEUT IMPORTE POUR QUI, PUISQUE LE RESULTAT NE CHANGERA RIEN !

Par le Mouvement politique d’émancipation populaire (M’PEP).

Mercredi 21 mai 2014 // L’Europe

L’élection du parlement européen, le 25 mai dans les 28 pays de l’Union européenne, est une occasion rêvée pour l’Union européenne. Entre trolls sur les réseaux sociaux, Maisons de l’Europe et médias consentants, la guerre idéologique fait feu de tout bois pour vendre les « mérites » de l’institution. Objectif : combattre l’abstention par tous les moyens, quitte à culpabiliser ceux qui refusent le principe même du système européen qui prive les peuples de leur souveraineté. Petite revue de la propagande de l’UE menée à grand coup de millions d’euros.

Premier objectif : faire oublier les trahisons

En 2005, lors du référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE), 73% du temps de parole avait été accordé aux partisans du « oui » par les médias. Tout le temps que dura la campagne, les « élites » - politiques, économiques, journalistiques et intellectuelles - répétèrent à l’infini leurs injonctions à voter en faveur du TCE, traitant inlassablement les partisans du « non » d’irresponsables (au mieux), de populistes et de nationalistes (au pire).

Malgré ce matraquage infantilisant, le peuple vota un « non » franc et massif.

En 2007, la même élite inscrivit le TCE - rebaptisé pour l’occasion « traité de Lisbonne » - dans la Constitution française, trahissant le vote exprimé deux ans plus tôt. Le « parlement » européen, censé représenter les intérêts des peuples, ne broncha pas. Cet épisode démontra - à qui en doutait encore - que le projet d’ « Union européenne » n’avait jamais été celui des peuples d’Europe. La méthode a cependant écorné l’image démocratique dont la belle Europe du libre-marché voulait s’auréoler. Au point que les élections au « parlement » européen qui suivirent (en 2009) connurent un taux d’abstention record (59,5%en France).

Depuis, les pro-européens essaient de re-badigeonner leur joujou technocratique de vernis démocratique. La mise en scène de l’élection des euro députés au « parlement » européen vise cet objectif. Le spectacle de la démocratie – en lieu et place de la démocratie - est le moyen choisi pour faire oublier 2005 et 2007. Le taux de participation mesurera l’évolution du terrain ainsi regagné.

Les propagandistes pro-UE ont tiré quelques leçons de 2005

Bien sûr, les grands médias – qui tous ou presque sont aux mains de le la classe dominante - sont mobilisés pour l’occasion : « un vent nouveau souffle sur l’Europe » (France Inter, 10/10/12) ; l’Europe connaît un « mercredi rose » (France Inter, 13/09/12) ; « la solidarité impressionnante [de l’Union européenne] ne laisse pas tomber la Grèce », « dans cette crise, l’Union a si bien resserré ses rangs […] que le cap de l’union politique est maintenant pris », « l’utopie fédérale est devenue hier le programme de la Commission mais une utopie réfléchie. »

En pleine débâcle économique, l’euro-système peut compter sur ses chiens de gardes habituels. Cependant, la charge se fait plus douce qu’en 2005. Car on a bien compris que le tapis de bombes pro-UE déversé sur « le temps de cerveau disponible » des citoyens avait eu des effets inverses à ceux attendus. C’est donc sur d’autres terrains que l’artillerie lourde se fait entendre aujourd’hui.

L’Ukraine pour toile de fond

« Artillerie lourde », l’expression n’est pas trop forte lorsqu’on regarde vers l’Est. Les événements qui se déroulent en Ukraine laissent pour le moins dubitatifs. Les manifestants de Kiev étaient-ils animés par la volonté de faire adhérer leur pays à l’Union européenne comme les médias nous l’ont expliqué ? N’étaient-ils pas d’abord dans la rue pour faire tomber le régime corrompu de Ianoukovitch ? Même lorsque des milices ouvertement nazies se mêlent à la foule puis au gouvernement de « coalition », les médias voient encore dans cette dernière des pro-européens (forcément démocrates) en lutte contre de méchants pro-russes (qualifiés de « terroristes »).

Cette façon dont les grands médias ont couvert ces événements – qui ressemble à de la « com’ » par temps de guerre - n’est-elle pas dictée par la nécessité du contexte politique : les élections européennes à venir ? L’Union européenne est en effet en grande difficulté dans l’opinion publique.

Les commémorations de 14-18 sous contrôle

Les commémorations de 14-18 sont l’occasion pour les pro-européens d’essayer de renforcer le mythe européen selon lequel « l’Europe, c’est la paix ». Documentaires télévisés et articles en tous genres nous racontent l’Histoire pour qu’elle serve au combat politique du moment en faveur du vote à l’élection européenne. La thèse bien connue des eurolâtre est que la Grande Guerre (comme le Seconde), aurait été provoquée par l’égoïsme et l’antagonisme des nations. Ce révisionnisme historique – le même qui sévit au sujet de la Seconde Guerre mondiale - vise à faire passer l’Union européenne comme le moyen de préserver la paix, sans que jamais n’en soit faite la démonstration.

Pour parvenir malgré tout à faire avaler ce bobard, il faut effacer les mémoires.

Oubliée la crise du capitalisme libéral de la fin du XIXe siècle ! Une crise résultant de la surproduction qui conduisit les grands industriels à convertir leur outil industriel en une juteuse industrie d’armement à l’échelle européenne - industrie qui produisit des armes pour les deux camps !

Oubliée la lutte des classes ! Celle qui conduisit ouvriers et paysans vers la boucherie des tranchées pendant que la haute bourgeoisie tenait le commandement militaire, bien à l’abri des bombes.

Oubliées les guerres coloniales qui se déroulèrent durant la « construction » européenne ! Guerres qui furent elles aussi celles des intérêts capitalistes contre les souverainetés populaires et nationales, principe que l’Union européenne foule sans cesse du pied en Europe.

Oubliée la guerre des Malouines ! Oubliées la guerre du Koweït ! Oubliée les guerres de Yougoslavie et du Kosovo ! Oubliée la guerre en Libye ! Tant que les guerres que mènent les États d’Europe ne se déroulent pas au cœur de la métropole économique européenne, il n’y a pas de guerre !

Oubliée, enfin, la montée des nationalismes dans les pays de l’Union européenne à travers la poussée électorale d’organisations politiques xénophobes, résultat direct de la guerre économique à laquelle se livrent les pays de l’UE.

Pour les eurolâtres, les élèves des écoles qui étudient l’Histoire du XXe siècle doivent retenir que les nations c’est la guerre et que l’Europe (sous entendu : l’Union européenne) c’est la paix. Ainsi, en Seine-et-Marne, le maire (PS) de Vaux-le-Pénil organise une commémoration de la guerre de 14 durant laquelle on fera chanter l’hymne européen aux enfants des écoles. Seule la volonté de manipuler l’Histoire explique qu’on chante cet hymne au cours d’une telle cérémonie, car sinon, quel rapport avec la Grande Guerre ? Cerise sur le gâteau, au cours de la même cérémonie, les enfants de la République laïque chanteront le « God save the queen » (« Dieu préserve la reine ») ! Car si l’Union européenne veut effacer les nations, c’est d’abord pour effacer la République.

Les Maisons de l’Europe et leur « joli mois de mai »

Il existe 36 « Maisons de l’Europe » (ME) en France, réparties un peu partout sur le territoire. Elles sont financées pour une part par la Commission européenne et pour l’autre par les collectivités territoriales. Elles publient et diffusent des revues. Elles organisent des débats et des animations dans l’optique des élections européennes. A Tours, par exemple, la ME (deux emplois à plein temps et un emploi à mi-temps) organise des « événements » à l’université ainsi qu’une « fête de l’Europe » le 11 mai.

Sans le savoir, les citoyens financent donc par l’impôt la campagne que l’Union européenne mène en faveur du vote européen.

Sur le site de la FFME (Fédération française des Maisons de l’Europe), on lit que les « Maisons » sont là pour « expliquer l’idée européenne comme projet économique, social, politique, culturel et spirituel ». Si chacun voit assez clairement en quoi consiste le projet économique de l’Union européenne – et le projet social qu’il sous tend - le projet culturel et (surtout) le projet spirituel mériteraient effectivement d’être explicités plus clairement. L’Union européenne, un projet spirituel ?

Ou encore celui-ci : « agir dans un souci de grande objectivité et de respect du pluralisme des opinions ».

Ce « souci » transpirait dans les propos de Christine Bousquet-Labouérie, présidente de la Maison de l’Europe de Tours, lors de la présentation du programme de cette ME début 2014 : « Un grand rendez-vous marquera 2014. Celui des élections européennes qui aujourd’hui paraissent un peu sacrifiées sur l’autel des municipales et redoutées pour des résultats qui la remettraient en cause. » Elle ajoute que « donner la parole et la place à ceux qui s’appuient sur la disparition de l’Europe nous condamnerait au silence international, à la ruine et à la détresse sociale. » Enfin, pour cette eurolâtre, « l’avenir de l’Europe est à nous et servons-nous de ce droit fabuleux qu’est le vote pour l’exprimer et de cet outil non moins fabuleux qu’est l’engagement associatif. » [Propos rapportés par La Nouvelle République du 4 février 2014].

En termes de respect du pluralisme, les opérations « fête de l’Europe » ou encore « joli mois de mai » ne sont pas mal non plus. Sur le site http://www.jolimoisdeleurope.org nous lisons que ces opérations qui visent à « valoriser les actions de l’Union européenne dans les régions », sont « une occasion de mieux faire connaître les milliers de projets qui ont bénéficié d’un financement européen, au service de l’emploi, l’innovation, les entreprises, les salariés, les demandeurs d’emploi dans les zones urbaines et rurales. » En toute sobriété...

Vous voulez lancer une opération dans le cadre du « joli moi de mai » ? Rien de plus simple : l’Union européenne vous promet « un appui à la réussite de vos actions à travers la mise à disposition de matériel de communication, de documentation et le cas échéant le prêt de matériel, d’assurer une visibilité forte grâce à un programme commun et une campagne radio sur France Bleu les semaines 19 et 20. »

En plein mois d’élections européennes et jusqu’à la veille du premier tour de scrutin, chacun appréciera les moyens mis en œuvre par l’Union européenne en faveur du « pluralisme ».

PS et FN « en lutte » contre l’abstention

Les initiatives se multiplient de la part des européistes contre l’attention.

« L’Appel de la Moselle contre l’abstention et le FN » n’y va pas par quatre chemins : l’abstention est le « soutien officiel de l’extrême droite ». Sur son site (http://abstention.wesign.it/fr) on peut lire : « S’abstenir, ce n’est pas refuser de prendre part au vote, c’est tourner le dos à la communauté nationale et par là-même donner du crédit à ceux qui nous disent que nous serions de mauvais ou pas assez français. » Et de conclure : « Quel citoyen éclairé de notre République pourrait soutenir le FN sans états d’âme, fusse indirectement en s’abstenant ? »

Derrière cette initiative toute en finesse, on trouve le Parti socialiste en la personne de Yoan Hadadi, secrétaire fédéral du PS, délégué à la Mobilisation et aux Campagnes du Parti. Elle répond de manière presque symétrique à celle de « Minurne », blog pro-FN (http://www.minurne.fr) qui part lui aussi en lutte contre l’abstention et sur lequel on peut lire : « Nous voulons que ces élections soient la démonstration que le FN-RBM est le premier parti de France, et plus le taux de participation sera élevé, plus probante sera la démonstration. »

L’inquiétude vis-à-vis de l’abstention est palpable chez l’ensemble des pro-UE. Le système mobilise « des personnalités de la culture » à travers l’association Européens sans frontières (ESF), financée par la Charles Léopold Meyer Fondation for Human Progress, fondation de droit suisse dont les fonds sont placés en Bourse et dont le capital s’élève à 225 millions d’euros. C’est par les voix de Guillaume Gallienne, Olivier Duhamel, Dany Boon, Féfé, Plantu, Virginie Efira, Florence Pernel ou encore Jean-Christophe Victor que cette philantropique organisation nous invite à « voter pour que ça change » !

Enfin, on n’oubliera pas de citer l’initiative de cinq « obédiences maçonniques » qui entendent lutter contre l’abstention car « l’abstention favorise les extrémismes, l’abstention bloque le progrès, l’abstention favorise la régression. » Ainsi, « une abstention record ou un vote de protestation en faveur des candidats représentants des mouvements ou partis extrémistes, populistes, europhobes voire racistes, antisémites, homophobes ».
Abstentionnistes, boycotteurs, cochez les cases qui vous définissent le mieux !

Deux millions d’euros pour surveillance et propagande

L’information a déjà fait le tour du net, mais elle mérite d’être rappelée ici : selon le journal britannique The Telegraph, l’Union européenne a prévu un programme de communication sans précédent avant et pendant les élections européennes. Pour anticiper la flambée d’euroscepticisme qui risque de marquer ces élections, le Parlement aurait donc anticipé en dispensant à certains de ses représentants des cours de « trolling », pratique consistant à promouvoir une idée, défendre une personnalité ou une cause sur les réseaux sociaux ou dans les commentaires d’articles.

Selon l’article du Daily Telegraph (février 2013), l’UE a distribué à ses troupes cet ordre de mission : « Les communicants institutionnels du Parlement doivent être en mesure de surveiller les conversations publiques et leur sentiment sur le terrain, en temps réel, afin de comprendre les sujets chauds et avoir la capacité de réagir rapidement, de façon précise et appropriée. ». Ils doivent également « être en mesure de se joindre et d’influencer les conversation. »

Un document interne, également cité par le Daily Telegraph, souligne un « contraste frappant » entre la perception en pleine croissance « d’un bien-être compromis, d’une insécurité croissante et de l’instabilité financière » d’un côté, et les engagements de l’UE à garantir la « liberté, la sécurité et la justice sociale avec un marché intérieur prospère ». Ce document précise « il est évident que l’image de l’UE souffre ». Et il ajoute : « afin d’inverser la perception selon laquelle "l’Europe est le problème", nous devons communiquer que la réponse aux défis actuels est "plus d’Europe", pas "moins d’Europe’’ ».

Selon le quotidien britannique, cette proposition fait partie d’un plan pour lequel l’UE va dépenser plus de 2 millions d’euros. Les populations victimes des plans d’austérité dictés par la même UE apprécieront.

Conclusion

Les Français qui souffrent au quotidien de la mainmise de l’eurolibéralisme sur leur vie ; réduction des services publics, désindustrialisation, chômage, précarité, destruction progressive de la protection sociale, mise en concurrence des salariés des pays de l’Union, réduction du pouvoir d’achat, ne se laisseront sans doute pas impressionner par les arguments de bazar qui leur sont déversés en continu. L’armada propagandiste de l’Union européenne nous le démontre : Le 25 mai, boycotter c’est résister !

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