L’univers carcéral en question.

Mercredi 6 novembre 2013 // La France

La Chancellerie s’attaque aux difficultés nées de l’abondance des récidives et de la sur-population pénale. Elle fait bien. Son intention est bonne, mais l’avant-projet, tel que nous le connaissons, est très insuffisant. Et cette insuffisance le rend, dans les circonstances actuelles, dangereux.

Que la prison ne soit pas l’unique sanction et que l’abus de la détention ou les circonstances de celle-ci ne favorisent en fait que la récidive, qui le niera ? Le constat-même qui ouvre l’avant-projet le fait voir clairement. Si la récidive augmente alors que l’incarcération augmente aussi, c’est que la prison ne vaut rien.., ou, en tout cas, ne remplit pas son office.

L’affaire veut, pour être comprise, un bref retour en arrière.

La théorie du « tout-prison » date de l’époque des Lumières. Elle est marquée par une très forte dose d’utopie, mal fréquent à l’époque et qui devrait, aujourd’hui, s’estomper. Construite comme une arme contre la peine de mort et les peines corporelles, l’idée du tout-prison, économique, humain et salvateur, a été imposée par les théoriciens du droit pénal et de la criminologie comme une sorte de nouveau dogme. Depuis, les prisons se sont multipliées et agrandies sans que l’efficacité annoncée fût au rendez-vous. Maintenant, il est question de les vider.

L’intérêt de cette énième réforme, c’est qu’elle souligne le caractère inique, scandaleux et notoirement inefficace, de la prison, aujourd’hui, en France. Avant d’aller dénoncer les atteintes aux Droits de l’Homme dans le monde entier, si nous balayions devant.,notre porte, nous constaterions que notre système pénitentiaire est une fabrique de délinquants et, en aucune manière, un chemin de réinsertion.

Il n’est pas non plus dissuasif, puisque la récidive s’amplifie. Trop dur pour les primo-délinquants, trop faible pour les récidivistes, il n’encourage personne et ne fait pas peur aux vrais méchants. La conclusion est simple : il faut changer de système... Mais la routine et les dogmes de la pensée unique sont plus forts encore que ces constats. Nous ne sortons pas du tout pénitentiaire. Dès lors les réformes, vers une apparente sévérité avec Sarkozy, vers un laisser-aller catastrophique avec Taubira, sont incapables de porter un remède à cet accroissement de la délinquance.

La population des prisons, et celle qui risque d’y aller, est une population au psychisme fragile qui réagit d’abord aux signes, aux impressions, beaucoup plus qu’au raisonnement. L’impression donnée par la réforme Taubira est celle d’un relâchement voulu, d’une contrainte adoucie, en bref d’une impunité plus grande. Évidemment, un tel ressenti n’est pas de nature à freiner la délinquance, ni à diminuer la récidive, au contraire.

Mais la réaction apparemment opposée n’est pas non plus le remède approprié à notre situation. Il faudrait explorer d’autres voies... accepter de revenir sur des tabous qui n’ont aucun sens, considérer qu’il peut être nécessaire de donner au juge pénal le droit de prononcer la peine de mort, de surveiller, sous la contrainte, la réparation du préjudice causé à la victime, de faire entamer un vrai chemin de réinsertion par l’accomplissement réel d’un travail d’intérêt général...

En bref, non pas une réformette misérablement démagogique, mais un vrai chantier de refonte du Code pénal.

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