L’ombre écrasante de Mitterrand.

Lundi 2 avril 2012 // La France

Drapeau de FranceMalgré tous ses efforts, François Hollande n’arrive pas à la cheville de l’ancien président. C’est en réalité à un autre homme politique français qu’il ressemble. Et tant mieux.

Sous prétexte que François le Jeune est allé fleurir la tombe de François l’Ancien à Jarnac, Hollande est unanimement presenté comme le nouveau Mitterrand, son fils spirituel. Mais voir du Mitterrand chez Hollande relève de l’illusion d’optique. Le second cultive toutefois le malentendu en multipliant les poses évocatrices : bras ouverts pour incarner la volonté de rassembler la gauche, coude appuyé au pupitre et poing fermé pour captiver le public. La foule retient son souffle, c’est ensuite que tout déraille. Mitterrand prenait de la hauteur, maniait l’emphase avec aisance, aimait évoquer la grandeur passée et future d’une France éternelle. A l’inverse, Hollande se lance dans d’arides exposés sur la taxation des hauts revenus, annonce des créations d’emplois à gogo dans la fonction publique : il ale profil du sage élève de l’ENA, féru de chiffres, qui a mis au placard les rêves de grand soir auquel il ne croit plus.

Certes, Mitterrand fut son premier mentor, mais c’est un modèle trop difficile à suivre. François Mitterrand était un fils de la petite-bourgeoisie qui aimait s’entourer des élites issues des grandes écoles, sans jamais se départir de sa méfiance à leur égard. Un autodidacte dont la culture s’était forgée au contact solitaire des grands textes. Il séduisait hommes et femmes issus des milieux les plus différents : les combattants de la résistance, les collaborateurs de Vichy, les royalistes, les catholiques et les juifs, et même certains de ses fiers adversaires gaullistes. Il a su se bâtir un réseau et des amitiés à vie. A côté de lui, Hollande fait pâle figure avec ses copains énarques de la promotion Voltaire et ses soutiens du milieu parisien des affaires.

Autant Mitterrand était réservé, austère et peu enclin aux mondanités, autant Hollande est bon vivant, amateur de bonne chère et de vin. Il aime la compagnie, la plaisanterie, les bons mots, et sait être très drôle. Il est, à sa manière, simple, tout en rondeur. Humain.

Plutôt qu’un nouveau Mitterrand, il évoque ainsi un nouvel Henri Queuille [1884-1970]. Ce radical-socialiste fut une figure incontournable de la politique française pendant un demi-siècle. Un Rastignac parti à l’assaut de Paris depuis sa Corrèze natale, la région dont Hollande est président. Vingt et une fois ministre, trois fois président du Conseil, il jouissait d’une grande popularité, surtout dans la France rurale. Parce qu’il était aimable, affable, et particulièrement honnête. Devenir "le petit père Queuille" du troisième millénaire ne déplairait certainement pas au tout aussi aimable, affable et honnête François Hollande.

Répondre à cet article