L’insécurité n’est pas un sentiment, mais l’injustice en est un.

Mardi 22 octobre 2013 // La France

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La colère du bijoutier de Nice qui place un chargeur dans son pistolet 7,65, c’est la colère de l’opinion. Le soutien qu’elle lui manifeste est massif. Il a tué dans un geste de réflexe l’un des deux braqueurs qui venaient de l’agresser ; celui-ci, âgé de 19 ans, avait déjà été condamné 14 fois ; il était pourtant toujours dans la rue pour se livrer à cette énième agression, à main armée, qui lui a été fatale. Pourquoi l’opinion s’est-elle soulevée à ce point ? Parce que cela venait trois semaines après une autre tragédie, l’attaque d’un bar-tabac à Marignane où, cette fois, c’est un homme de 61 ans qui avait été tué par des voyous à scooter pour avoir tenté de leur barrer la route. Le jeune braqueur de Nice a payé pour ceux de Marignane.

Mais ce soulèvement de l’opinion va bien au-delà de cela. A TFI, le président de la République en convenait : « L’exaspération, la colère, je la vois », disait-il. Il reconnaissait à demi-mot la responsabilité de la famille qui avait abandonné ce garçon en le laissant aller de condamnation en condamnation sans réagir. Mais la justice aussi l’avait abandonné puisqu’elle n’avait pas su le dissuader de recommencer en le punissant. Comme 19 000 autres délinquants au même casier judiciaire que le sien, multirécidivistes, "bien connus des services de police", mais condamnés à des peines jamais exécutées et convaincus de leur impunité. C’est pourquoi, lorsque François Hollande ajoute, dans la même phrase, qu’il faut donc « la justice, toute la justice, rien que la justice », l’opinion ne le croit plus. Car c’est tout le problème, la justice. Ces drames ne sont pas des dysfonctionnements, mais la traduction concrète du fonctionnement de l’institution.

I1 n’y a pas d’insécurité, prétendait Lionel Jospin dans une formule restée célèbre, il y a un sentiment d’insécurité. « Vous n’avez pas peur, vous avez l’impression d’avoir peur... », avait ironisé Nicolas Sarkozy. Aujourd’hui, le prétentieux Manuel Valls dénonce la manipulation des chiffres de la délinquance parce qu’ils ne lui conviennent pas. L’insécurité n’est pas un sentiment, mais l’injustice en est un. Et l’injustice conduit à l’insécurité. Cela ne date pas de Mme Taubira.

La gauche a toujours pensé que le délinquant n’était pas responsable de ses actes, mais victime de la société, de la misère, des inégalités, etc. Dans son excellent livre En finir avec l’angélisme pénal (Les Belles Lettres), l’essayiste Alain Laurent cite le romancier Roger Ikor, l’ami de Georges Pompidou, pointant du doigt l’obsession de la gauche à vouloir « décriminaliser le crime, et criminaliser le châtiment ». Un siècle plus tôt, c’est dire si la doctrine est ancienne, Oscar Wilde, également cité par Alain Laurent, écrivait (dans son livre l’Ame de l’homme sous le socialisme), pour s’en moquer, que « plus on inflige de châtiments, plus il se produit de crimes ». Donc : « Moins de châtiments, moins de crimes. Lorsqu’il n’y aura plus de châtiment du tout, le crime cessera d’exister ou, s’il se produit, sera traité par des médecins comme une forme très affligeante de la démence afin d’être guéri par les soins et la douceur... »

C’est ce que la ministre de la Justice a entrepris de mettre en oeuvre avec son projet de réforme pénale qui vise à vider les prisons des condamnés à des peines de moins de cinq ans ferme. C’était déjà la politique suivie par les juges militants du Syndicat de la magistrature et de son "mur des cons". Cela produit une société détraquée, illustrée par le réflexe d’autodéfense du bijoutier de Nice.

Quand la confiance dans les institutions de la République disparaît, quand la famille n’est plus responsable de ses enfants, quand le maître n’est plus respecté dans sa classe, quand le policier interpelle un voyou aussitôt remis en liberté au prétexte qu’il n’y a plus de place en prison, quand le magistrat prononce une peine qui n’est plus exécutée, quand le président de la République veut « punir » Bachar al-Assad alors que sa garde des Sceaux s’emploie à ne plus "punir" la délinquance quotidienne, il faut craindre le "retour de bâton".

De cela, François Hollande et Jean-Marc Ayrault sont conscients puisque, après avoir fait torpiller ce projet par le ministre de l’Intérieur cet été, ils veulent en repousser la discussion après les élections municipales : c’est donc qu’ils en redoutent les effets dévastateurs sur l’opinion. En quoi, ils ont raison. Mais la perversité du projet est égale, que ce soit avant ou après les municipales. Devant une gauche prisonnière de ses défauts, là droite a là une occasion en or de purger ses querelles de famille pour s’attaquer à ces sujets de vie en société sur lesquels elle est attendue.

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