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L’inquiétude grandit chez les parlementaires socialistes.

Par Lenaïg Bredoux

Vendredi 8 mars 2013 // La France

La scène se déroule à l’Assemblée, lors de la réunion du groupe socialiste, le 19 février. François Hollande est à Athènes, dévastée par l’austérité, et Jean-Marc Ayrault devant ses députés. Le gouvernement vient de confirmer que l’objectif d’un déficit de 3 % du produit intérieur brut ne sera pas atteint cette année. Les parlementaires sont fébriles. « On s’attendait tous à un autre tour de vis… On a soupiré d’aise quand Jean-Marc Ayrault a dit qu’il n’était pas là pour annoncer un deuxième plan de rigueur », raconte un participant.

Mais la réunion est « un peu surréaliste ». Le premier ministre semble « lessivé », « explosé », « accablé par la situation », selon plusieurs témoins. « Habituellement, il vient ressouder ses troupes. Mais là, on a eu parfois le sentiment que c’était lui qui venait chercher du soutien », dit l’un d’eux.

Le président de la République, s’il renonce à l’objectif d’un déficit de 3 % cette année, a confirmé samedi, depuis le salon de l’agriculture, que le prochain budget serait au moins aussi austère que le précédent, qu’il faudra faire des « économies dans tous les budgets » et que l’inversion de la courbe du chômage, promise pour 2013, aurait plutôt lieu l’an prochain. Les retraites seront réformées, ainsi que les allocations familiales. Mais François Hollande n’a livré aucun détail, prêtant le flanc aux accusations de flou ou de navigation à vue (lire le parti pris de Laurent Mauduit), qui contamine à nouveau une partie de sa majorité, bien au-delà des rangs du Front de gauche, des écologistes ou de l’aile gauche du PS.

Jean-Marc Ayrault à l'Assemblée nationale le 12 février
Jean-Marc Ayrault à l’Assemblée nationale le 12 février © Reuters.

« C’est la première fois que la gauche arrive au pouvoir sans pouvoir redistribuer. Le contexte est très difficile. D’autant que persiste l’incertitude sur la durée des efforts qu’il faudra faire. Deux ans ? Trois ? Cinq ? » explique Thierry Mandon, porte-parole du groupe socialiste à l’Assemblée. Défenseur de la politique du gouvernement et pourfendeur des théoriciens du « virage » de l’exécutif, il juge néanmoins que la gauche au pouvoir en est à son « épreuve de vérité ». « La vérité du moment, ce n’est pas celle d’un basculement. Mais on est au pied du mur. On a choisi une ligne obligeant à des économies très importantes, maintenant il faut les trouver », estime le député.

Proche de Martine Aubry, son collègue Christian Paul, juge lui aussi qu’on « entre dans une période charnière ». « Il y a une vraie attente d’innovation et pas seulement de pilotage budgétaire. On est dans un moment où chacun retient son souffle. Soit on continue à faire du cost-killing avec une croissance quasi nulle et une perspective qui va devenir intenable. Soit on parvient à faire converger nos voix parlementaires pour innover sur la politique de croissance. »

Face à un exécutif que beaucoup jugent affaibli, les parlementaires se sentent (un peu) pousser des ailes. Au Sénat, ils viennent de contraindre Matignon, qui y était hostile, à voter, amendée, la proposition de loi du Front de gauche sur l’amnistie des syndicalistes (lire notre article). À l’Assemblée, ils ont parfois mis en minorité le ministre de l’économie Pierre Moscovici pour arracher quelques amendements à une loi bancaire qu’ils jugeaient majoritairement trop timorée. En “off”, plusieurs députés ne se privent pas pour critiquer la future loi traduisant l’accord sur la sécurisation de l’emploi (ANI) négocié par trois syndicats et le patronat.

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