L’indécente campagne de Hollande.

Lundi 14 septembre 2015 // La France

Les Français attendent de leur chef de l’Etat qu’il gouverne plutôt que d’assister aux kermesses de village au moment où le chômage et la dette battent tous les records.

Avec pas moins de six déplacements la semaine dernière, à Tulle, Angers, Nantes, au Mans, à Vitry-sur-Seine ou Bordeaux, le chef de l’État a décidé de sortir de son bunker élyséen. C’est une démarche nouvelle pour François Hollande qui a commencé à repartir, il y a un mois, à la conquête du territoire en commençant par Carcassonne. Une démarche audacieuse également pour un président de la République qui continue de battre des records d’impopularité, comme en témoignent les sondages, et surtout les huées et les sifflets qui l’ont accueilli lors du départ des 24 Heures du Mans. Une démarche que l’intéressé a été amené à contester publiquement en déclarant : « Je suis à ma place, je ne suis pas dans une course qui n’aurait aucun sens aujourd’hui . Il n’y a pas d’accélération par rapport à une échéance. »

Il reste que François Hollande a bel et bien décidé de reprendre son bâton de pèlerin en espérant reconquérir le coeur de chaque Français. À la manière de Jacques Chirac qui faisait en sorte de cocher chaque département où il passait. La preuve en est que le chef de l’État préside, mais ne gouverne plus. Il laisse à un Manuel Valls, largement démonétisé depuis son aller-retour de détente à Berlin, le soin de mener les réformes ou d’annoncer les nouvelles mesures en faveur des PME, en matière d’éducation, s’agissant du prélèvement de l’impôt à la source ou concernant la question des migrants. Comme si le président de la République avait bien compris tout l’intérêt électoral qu’il avait à prendre ses distances avec une politique impopulaire, inefficace et incohérente.

Bien sûr, ce n’est pas un mystère que François Hollande a très envie de prolonger de cinq ans sa présence Rue du Faubourg-Saint-Honoré. Bien sûr, l’état de désunion dans lequel se trouve l’opposition et son absence de projet constituent pour lui une bonne occasion pour aller reconquérir le coeur des Français. Bien sûr, en agissant de la sorte, François Hollande renvoie à leurs chères études tous ceux qui à gauche souhaiteraient une primaire pour choisir le bon candidat pour 2017, ou qui aimeraient voir Manuel Valls assurer une relève des générations.

Il reste que cette campagne (aux frais de la princesse !) est choquante, indécente et totalement déplacée. Elle est choquante car elle montre à quel point François Hollande n’a aucune conscience du bilan de ses trois premières années de présidence.

Il va visiter une France appauvrie, désindustrialisée, où les classes moyennes sont prises en tenailles entre la baisse du pouvoir d’achat et la hausse des impôts, et où la principale préoccupation des familles n’est même plus de savoir comment finir le mois mais de se demander si leurs enfants vivront encore dans une France française, fière de son identité, sûre de ses frontières et maîtresse de son destin.

Cette campagne électorale qui ne dit pas son nom est indécente. Parce que les Français attendent de leur chef de l’État qu’il préside le pays, qu’il les représente dignement à l’étranger, qu’il sache défendre les intérêts de la France face à la montée du péril islamiste. Et non pas qu’il aille manger des cochonnailles dans les kermesses de village au moment même où la barre des
6 millions d’inscrits à Pôle emploi est près d’être franchie et alors que la dette bat des records dramatiques qui font de la France une Grèce en puissance. Elle est également indécente par son côté clientéliste dont a clairement témoigné un des conseillers en communication du chef de l’État lors de son récent voyage aux Antilles en déclarant : « Une main, un bisou, un "selfie", ça fait trois voix. »

Enfin, cette frénésie de déplacements est inconvenante. Inconvenante lorsque François Hollande va rendre visite pour la seconde fois en deux ans au très corrompu président algérien, dans le seul but de s’assurer le vote des Français originaires d’Afrique du Nord. Elle est inconvenante lorsqu’elle amène à chaque fois le chef de l’État à humilier la France par des actes ou des paroles de repentance comme cela a été le cas aux Antilles ou à Haïti. Elle est inconvenante par l’ampleur des moyens de l’État que tous ces déplacements mobilisent. Les contribuables préféreraient que leur argent soit mieux utilisé que par des voyages d’agrément dans l’Air- bus présidentiel en compagnie d’actrices tout d’un coup sensibilisées au réchauffement de la planète. À chaque jour suffit sa peine, comme il est écrit dans la Bible. Et aujourd’hui, les Français aimeraient mieux voir leur président essayer de réparer ses si nombreuses erreurs, d’inverser vraiment la courbe du chômage et de redresser les comptes publics plutôt que de parader sur des scènes vides tel un vieux chanteur qui peine à comprendre qu’il a perdu son talent, sa voix et son public.

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