Mediapart

L’ex-para qui radicalise la « Manif pour tous »

Par Karl LASKE et Marine TURCHI et Mathieu MAGNAUDEIX

Vendredi 19 avril 2013 // La France

Jusqu’où vont-ils aller ? Le groupuscule « Printemps français », émanation radicale de la “Manif pour tous” de Frigide Barjot, a organisé dans la nuit de samedi à dimanche une opération coup de poing contre le « Printemps des assoces LGBT » (Lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), à l’espace des Blancs-Manteaux, dans le Marais, à Paris. Sur une vidéo de leur action, ils apparaissent masqués après avoir vandalisé la façade du lieu.

Devant l'espace des Blancs-Manteaux, dimanche.
Devant l’espace des Blancs-Manteaux, dimanche.© Capture d’écran de la vidéo du Printemps français.

Le « Printemps français », ce “mouvement dans le mouvement”, s’est illustré lors de la manifestation du 24 mars, en participant aux tentatives d’entrée en force sur les Champs-Élysées (lire notre article). La “Manif pour tous”, le collectif de Frigide Barjot, fonctionne comme une structure gigogne, de laquelle a émergé ce groupuscule (en écho aux printemps arabes selon ses organisateurs). Mené par une dizaine de personnes, il a surgi après la mobilisation du 13 janvier, sur la blogosphère d’extrême droite (notamment au sein de la frange catholique traditionaliste), puis via le site printempsfrancais.fr. Son objectif : forcer le gouvernement à abandonner son projet de loi sur le mariage pour tous. Et peut-être un peu plus. Pour certains radicaux, la « Manif pour tous », c’est apparemment l’insurrection qui vient...

Philippe Darantière.
Philippe Darantière.© Capture d’écran du portail de l’IE.

Un homme incarne cette radicalisation : Philippe Darantière, qui dirige dans l’ombre le « Printemps français ». « En 2013, La Manif Pour Tous est près de faire vaciller le gouvernement de François Hollande  », a-t-il pronostiqué. Ancien officier parachutiste de 52 ans, reconverti dans l’intelligence économique, il a impulsé les débordements de la manifestation du 24 mars, visant à envahir les Champs-Élysées. Les affrontements avec les forces de l’ordre n’avaient, semble-t-il, rien de spontané.
Mediapart en a retrouvé la preuve dans une tribune publiée par Darantière sur le site Nouvelles de France, cinq jours avant les incidents : « Il serait pittoresque de voir le préfet de police de Paris prendre le risque de livrer la capitale au chaos de centaines de milliers de manifestants se massant dans les rues, saturant ses capacités de maintien de l’ordre et pressant de toute part les barrages de police qui prétendraient interdire l’accès aux Champs-Élysées… », écrit-il le 20 mars, prenant acte de l’interdiction préfectorale.

Le 24 mars, la première vague de manifestants, environ 200, qui tente de forcer les barrages est issue des milieux catholiques traditionalistes. Ceux-là mêmes que mobilise le « Printemps français ». Les militants de Renouveau Français – groupuscule nationaliste, catholique, contre-révolutionnaire qui combat le « lobby homosexualiste » –, ceux du GUD-Lyon et des anciens du GUD (Groupe Union Défense), s’y agrègent par la suite.

Dans sa tribune du 20 mars, Philippe Darantière appelle également à « livrer la contre-offensive sur le terrain de l’influence, de la reconnaissance et de la coercition ». La coercition ? « On objectera qu’une telle réaction de La Manif pour Tous serait illégale. C’est une fausse analyse. La logique même du rapport de forces est de contraindre l’autre partie par l’imposition de sa supériorité. À cette étape, tout est affaire de bluff et de contrôle de ses nerfs. »

Illustration diffusée par des militants du 'Printemps français'
Illustration diffusée par des militants du "Printemps français"

Officiellement bien sûr, le « Printemps français » est mené par Béatrice Bourges, évincée du porte-parolat de la “Manif pour tous”. Présidente du “Collectif pour la famille” – qui regroupe « 79 associations françaises de défense du mariage et de la famille » et est engagé dans des combats anti-mariage pour tous depuis 2007 –, ancienne candidate divers droite aux législatives de 2012 à Versailles, Béatrice Bourges est proche de Christine Boutin, qui s’est effondrée, victime des lacrymogènes, le 24 mars, alors qu’elle s’approchait des barrages de police.

C’est pourtant bien Philippe Darantière qui tire les ficelles du mouvement et en détecte les faiblesses, ainsi que les perspectives. « La première faiblesse tient à une méconnaissance des principes du rapport de forces », explique dans sa tribune l’ancien para, qui suggère de ne pas oublier « le pouvoir coercitif »« qui s’exerce par la capacité de mobilisation et, si nécessaire, de blocage »« La seconde faiblesse tient à la structuration du mouvement, ou plutôt à son absence de structure », relève-t-il.

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