L’étrange défaite des élites.

Dimanche 10 novembre 2013 // La France

Chaque fois que l’Élysée s’occupe d’un problème, c’est le résultat inverse qui se produit, comme si la province se rebellait contre Paris et le peuple contre les dirigeants.

Rarement autant qu’aujourd’hui les Français ont ressenti un mépris profond de la part de ceux qui les dirigent. Jamais il n’y a eu un tel fossé entre cette élite qui ne connaît du pays que l’intérieur du périphérique parisien et le peuple de France. Depuis certains élus reclus avec leur cour à dans leur province, le pays réel n’a jamais été aussi atrocement ignoré par ceux qui ont tous les pouvoirs.

Il suffit qu’une famille kosovare soit reconduite dans son pays, après avoir abusé de toutes les allocations possibles et de toutes les voies de recours, pour que la gauche bien-pensante, les éternels donneurs de leçons et bien sûr la concubine du président en appellent à la morale, donnent des leçons d’humanité et créent une crise qui n’avait pas lieu d’être. Au point de voir le ministre de l’Intérieur écourter un déplacement aux Antilles et le président de la République faire une intervention télévisée « grotesque » dans un décor solennel.

Un extraterrestre qui n’aurait pas suivi l’actualité de ces derniers jours, la manipulation des lycéens par quelques groupuscules gauchistes et celle de l’opinion par des médias aux ordres en aurait conclu que la France était entrée en guerre.
Cette affaire de la petite Leonarda a montré à quel point le pouvoir élyséen est complètement coupé des Français. Elle a prouvé de quelle manière le président de la République est une sorte de roi nu prenant ses décisions de façon à ne froisser personne pour finalement mécontenter tout le monde. Elle a illustré comment il importait peu au premier magistrat de ce pays de faire fi des décisions d’expulsion prises par la justice, au mépris de la séparation des pouvoirs. Enfin, elle a manifesté l’incroyable décalage entre la manière dont fonctionnent nos élites et ce que ressent chaque Français au fond de lui-même.

Que doivent penser les milliers de Bretons qui voient leurs abattoirs et leurs usines fermer dans l’indifférence générale lorsqu’ils savent que le président de la République prête plus d’importance à des individus qui ont violé à plusieurs reprises les lois du pays qu’à eux qui travaillent dans des conditions difficiles pour gagner leur vie ? Que ressentent les 127 salariés d’une imprimerie de Marcq-en-Barœul qui menacent de faire sauter leur entreprise et qui n’ont reçu la visite d’aucun représentant de l’État lorsqu’ils comprennent que leur sort compte moins que celui d’une famille de clandestins ?

Il y. a quelques semaines, Arnaud de Montebourg avait accusé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, d’être « le carburant du Front national ». Ce n’est pas faux, tant l’Europe d’aujourd’hui n’est plus qu’un super-gouvernement d’experts autoproclamés. Mais en agissant de la sorte, le "carburant du Front national" est aujourd’hui installé à l’Élysée, dans la mesure où sa politique donne systématiquement raison aux voyous, déroule un tapis rouge pour les clandestins, organise la montée des communautarismes et se moque comme d’une guigne de cette France des invisibles écrasée par le fardeau fiscal.

Cette attitude est d’autant plus hypocrite que ce sont les mêmes qui jouent aux apprentis sorciers et crient au feu dès lors que le Front national gagne une élection cantonale à Brignoles. Et comme la pudeur ne les étouffe en rien, ils font porter la responsabilité de leur propre défaite à une UMP qui a enfin compris la nécessité d’en finir avec un discours naïf, inodore, incolore et insipide. Chaque fois que l’Élysée, Matignon ou la Rue de Solférino veulent s’occuper d’un problème, à Villeneuve-sur-Lot, à Brignoles voire à Marseille, c’est le résultat inverse de celui escompté qui se produit, comme si les Français d’en bas avaient envie de faire un bras d’honneur aux Français d’en haut. Comme si la province se rebellait contre Paris. Et comme si le peuple de France renvoyait les élites à leurs comités Théodule.

Nous voilà donc revenus à la fin des années 1930, lorsque les dirigeants politiques issus du radical-socialisme, entourés d’une élite d’un autre genre, ont conduit la France à cette « étrange défaite » que Marc Bloch a si bien décrite. Dix-huit mois après son élection à la tête de l’État, et bien qu’il bénéficie de tous les pouvoirs, François Hollande se retrouve le triste metteur en scène d’un théâtre d’ombres. Et chacun pourrait dire de l’Élysée ce que Corneille faisait dire à Sertorius de Rome à l’époque de Pompée : « Ces murs, dont le destin fut autrefois si beau /N’en sont que la prison, ou plutôt le tombeau /Mais pour revivre ailleurs dans sa première force /Avec les faux Romains elle a fait plein divorce / Et commeautourde moi j’ai tousses vrais appuis /Rome n’est plus dans Rome, elle est toute où je suis. »

Répondre à cet article