L’espace et le temps.

Samedi 22 septembre 2012 // Le Monde

Cartes, graphiques et statistiques permettent à deux géographes d’expliquer les complexités passées et présentes des Balkans, partie intégrante de l’Europe.

La géopolitique est toujours une géohistoire. Pour comprendre une collectivité ou un ensemble de collectivités il faut penser selon l’espace et le temps en oubliant la querelle des déterminismes. Amaël Cattaruzza et Pierre Sintès offrent aux familiers des Balkans et à ceux qui voudraient découvrir les beautés et les tragédies de cet ensemble plus que jamais fragmenté un survol méthodique de la péninsule.

Cela commence par une indispensable révision des données historiques : opposition entre l’empire ottoman, puissance européenne, et les Austro-hongrois ; constitutions des nations ; fédération yougoslave, guerres de la fin du siècle dernier. Aujourd’hui, nous assistons à d’importants bouleversements. Les campagnes se dépeuplent, les capitales s’étendent, l’émigration ajoutée au vieillissement provoque le déclin démographique. Ces mouvements s’accomplissent sans tentatives sérieuses de maîtrise politique car les nouvelles nations issues des conflits yougoslaves sont fragiles - surtout la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo et instables en raison des antagonismes persistants et des multiples faiblesses du personnel politique.

L’ultra-libéralisme qui ravage actuellement la Grèce a des conséquences sociales très négatives sur le coeur des Balkans : le taux de chômage des jeunes se situe entre 50 et 70 % en République de Macédoine, au Kosovo et en Grèce ; entre 30 et 50 % en Albanie, au Monténégro et en Serbie. Dès lors, on peut s’interroger sur l’intégration européenne qui était regardée par les peuples comme une promesse de prospérité.

Les guerres, la corruption des milieux dirigeants et la pauvreté ont favorisé l’économie grise : en 2010, 37 % de l’héroïne afghane, soit 140 000 tonnes, sont passées par les Balkans en direction de l’ouest européen ; en 2005, on estimait que 120 000 femmes et enfants étaient chaque année victimes de la traite dans les pays balkaniques.

Tout n’est pas noir : la péninsule est mieux reliée au reste de l’Europe qu’il y a vingt ou trente ans, il y a des investissements étrangers et ceux-ci pourraient se développer, le tourisme offre à tous les pays de belles perspectives si les paysages ne sont pas massacrés. Il faut dès à présent envisager les nouvelles dynamiques économiques et politiques qui pourront être mises en ouvre lorsque la crise européenne sera surmontée.

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