L’empereur de Centrafrique Bokassa 1er.

Qu’est-ce qu’être centrafricain aujourd’hui ?

Mardi 11 mars 2014 // L’Afrique

Contrairement à ce que veut nous faire croire l’Occident, nous ne sommes ni Séléka ni antibalaka de naissance. Notre seule identité, c’est un besoin urgent de rassemblement et d’unité.

Souvenez-vous de ces quelques phrases qui ont été souvent prononcées fièrement çà et là : "Je viens du pays où ruissellent le diamant et l’or" ou "Je suis plutôt ressortissant du plus grand empire moderne d’Afrique, celui de Bokassa 1er, empereur de Centrafrique [1976-1979], le monarque qui a fait perdre les élections à un président français, le nommé Valéry Giscard d’Estaing". Depuis plusieurs mois cependant, moins nombreux sont les citoyens d’autres Etats qui ne connaissent pas la Centrafrique et son peuple, les Centrafricains. Et pour cause.

En revanche, chaque pays (et ses ressortissants), on s’en doute, a ses idées, sa définition, son lexique des attributs relatifs au Centrafricain. Sauf le Centrafricain lui-même, à qui on ne demande plus :’"Quelle est ta nationalité ? La Centrafrique c’est où ?" Maintenant, il suffit simplement de prononcer les mots Centrafrique ou Centrafricain pour que les regards se tournent vers vous, instinctivement. Les plus curieux vous assailliront de questions aussi pernicieuses que désagréables, et auxquelles vous n’aurez aucune envie de répondre.

Certains gentils individus s’empresseront, non sans écarquiller les yeux, de détaler rapidement, comme pourchassés par des êtres invisibles armés de fusils et de machettes. Beaucoup, enfin, se limiteront à grogner en silence : "Ah oui, encore un de ces criminels, sauvages, cannibales et antimusulmans, qui nous arrive de cette république bananière tropicale du coeur de l’Afrique."

S’il vous arrive, chers lecteurs, souhaitons-le, de tomber malgré tout sur des interlocuteurs qui ne sont pas pressés de s’en aller, et s’ils veulent réellement savoir d’où vous arrivez, qui vous êtes, s’il vous plaît, prenez votre temps. Faites-les asseoir poliment, et commencez à leur expliquer patiemment et simplement ceci : la Centrafrique n’est pas cette république des troupes de la Misca [Mission internationale de soutien à la Centrafrique] et des éléments français de l’opération Sangaris, gouvernée par le trio CEEAC [Communauté économique ? les Etats de l’Afrique centrale], France et Onu, trio représenté par le Tchadien Idriss Déby, Hollande le Français et Ban Ki-moon, le secrétaire général de "ce grand machin", qui veulent négocier la partition du pays et se partager ses ressources, restées malgré tout intactes.

Ni musulman, ni chrétien.

Le Centrafricain, quant à lui, n’est pas ce détestable "produit fabriqué" que présentent les médias européens, et plus spécialement français ; il n’est ni animiste ni chrétien, ni musulman tel qu’on veut le faire croire ; il n’est pas cet homme de misère, de peur et qui n’aurait que la haine au coeur pour tout ce qui est humain.

Le Centrafricain n’est ni Séléka [rébellion musulmane] ni antibalaka [milice chrétienne] de naissance ; il n’est ni cet homme du Nord ni celui du Sud, qu’on veut séparer. Faites comprendre à tous ceux qui vous font l’honneur de vous écouter attentivement que le technocrate et homme politique tribalo-régionaliste, incompétent, véreux et corrompu, ainsi que le candidat déclaré et l’opposant assoiffés de pouvoir qui ne crient que pour quémander des postes ne sont pas non plus des Centrafricains ; tout comme ne l’est guère l’intellectuel blasé, impassible et sourd-muet ; moins encore ce jeune homme impétueux, prétentieux et sans vision patriotique, ou ce cadre des institutions transitoires, tous deux spécialistes des déclarations oiseuses. Aujourd’hui, être centrafricain, ou se réclamer de l’identité centrafricaine, c’est d’abord et avant tout éprouver le besoin de se dépasser, de se surpasser et de renaître à soi-même.

C’est vouloir exister différemment et penser autrement ; c’est se décider à inventer une nouvelle Centrafrique, à accepter de construire et d’intégrer en soi ce concept d’une "centrafricanité nouvelle". Cette centrafricanité, qui doit s’exprimer ici, maintenant, partout et toujours, est comme un profond besoin de s’ouvrir à tous les possibles, de parvenir à d’autres imaginaires, de s’orienter vers des perspectives de plus en plus ambitieuses et modernes. Le vrai Centrafricain ne saurait se gargariser de fausses revendications subjectives, fondées sur des considérations d’ethnie ou de région, de gain facile ou de pouvoir usurpé, et principalement de religions, toutes venues d’ailleurs. La centrafricanité est, et doit être quelque chose de dynamique, débarrassé de tous les complexes, résolument tourné vers le respect des valeurs humaines et marqué d’un sentiment profondément nationaliste. En conséquence, elle suppose pour chaque citoyen Centrafricain la volonté fondamentale et individuelle de se remettre en cause, de s’ouvrir aux autres et de progresser avec assurance. C’est aussi cela le centrafricano-optimisme.

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