L’échec d’un apparatchik (gominé).

Samedi 20 octobre 2012 // La France

Le12 mai 2011 - Jean-Christophe Cambadélis était encore un homme heureux. Il affichait un sourire radieux, en se rendant à une énième réunion publique, à Trappes, pour présenter aux militants le projet socialiste pour la présidentielle. Dans la presse, on ne parlait de lui que comme du bras droit de DSK, du lieutenant en chef, de celui qui faisait le job à la place de son champion. Son champion qui, depuis des mois, s’imposait dans les sondages et écrasait Nicolas Sarkozy au second tour de la présidentielle. "Camba", comme le surnomment ses camarades, pouvait se féliciter d’avoir choisi le bon cheval. Havait déjà tracé sa trajectoire personnelle, celle qui devait le faire passer de premier lieutenant à premier secrétaire du PS. « Une
la candidature d’Aubry à la primaire socialiste. « Martine Aubry est une candidate qui assure et qui rassure, confiait-il alors au Monde. Qui assure à gauche et qui rassure les Français. » En coulisse, ses fidèles relayaient l’analyse du député de Paris : Hollande n’a pas su créer une "dynamique" après le retrait forcé de DSK... à L’Elysée, si Martine, d’aventure, accédait à d’autres responsabilités, je crois avoir l’expérience et les épaules pour me consacrer à cette immense tâche » (lui succéder à la tête du PS), confiait-il déjà à des journalistes, en octobre 2010.

La sortie de route de son champion, le 15 mai 2011, l’a évidemment touché. Mais pas coulé. Gamba n’a pas été désarçonné longtemps. Il est « l’homme des cambanaisons », raillent ses amis socialistes. « Sans relâche, il échafaude de subtiles constructions tactiques, des analyses politiques au cordeau, des coups de billard à douze bandes. »

À peine un peu plus d’un mois après le déclenchement de l’affaire du Sofitel, il est le premier des strauss-kahniens à prendre officiellement position pour la candidature d’Aubry à la primaire socialiste.

« MartineAubry est une candidate qui assure et qui rassure, confiait-il alors au Monde. Qui assure à gauche et qui rassure les Français. » En coulisse, ses fidèles relayaient l’analyse du député de Paris : Hollande n’a pas su créer une "dynamique" après le retrait forcé de DSK... Martine allait gagner. Raté, encore une fois. Jusqu’aux derniers jours de septembre, avant l’annonce officialisant le nom de celui qui allait prendre la tête du PS, Gamba a pourtant cru en ses chances. Martine allait le choisir. Comment pouvait-il en être autrement ? Dans le duel qui l’opposait à Harlem Désir, il tenait la corde. Camba le favori, Désir l’outsider. Jusqu’à ce qu’il se fasse doubler, sur la ligne d’arrivée. Tous ces plans, échafaudés depuis si longtemps, pour rien...

La mauvaise "cambanaison , une fois de plus, fait rire ceux, au PS, qui disent de lui depuis longtemps déjà : « Les plans de Camba sont toujours très séduisants intellectuellement, mais ne marchent jamais. Et ça fait trente ans que ça dure. » L’homme des machineries politiques, apparatchik dans ses gènes dont Gaëtan Gorce, alors député de la Nièvre, expliquait qu’il risquait plus de « s’embrouiller par intelligence que par bêtise, toujours tenté de multiplier les diversions et les bifurcations, au point de se retrouver dans un labyrinthe dont il n’arrive plus lui-même à sortir ». Bien vu.

Cambadélis est resté marqué par l’empreinte trotskiste de ses jeunes années, celles de ses débuts en politique, dans le mouvement lambertiste (l’OCI, qui deviendra le PCI). À l’époque les années 1980 , il se fait appeler Kostas : C’est son blase, au PCI. Il dirige l’Unef-ID, qui est alors le premier syndicat étudiant.

C’est l’époque des grandes manoeuvres, des stratagèmes tordus, des constructions tactiques dont la complexité confine à la pathologie. Dont il ne sortira jamais. En 1986, il passe au PS avec une bonne partie des jeunes trotskistes du PCI. L’ascension de ce proche de Lionel Jospin (issu de la même mouvance) en fait rêver plus d’un. Jusque dans les années 1990, où il est rattrapé par la justice et condamné pour un emploi fictif dans l’affaire de la Mnef..., la même histoire qui poussera DSK, alors ministre de l’Économie, à démissionner du gouvernement Jospin, en 1999.

Camba n’aura donc pas réussi à réaliser son rêve. Après avoir misé sur DSK, puis sur Aubry, il a tout perdu. La défaite est d’autant plus amère que son rival l’emporte sur fond de grisaille. Sans gloire. Harlem Désir ? « Consensuel, transparent », « il était jeune et beau [l’époque de SOS Racisme, NDLR], il est devenu vieux et chiant. », entend-on. La victoire de celui dont un député raconte qu’il a « le charisme d’un frigo » et à qui les journalistes décernent la médaille d’or de la langue de bois n’a même pas été saluée par des applaudissements, Rue de Solferino. 

JOSÉE POCHAT

Répondre à cet article