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L’avenir du site PSA d’Aulnay.

Par Simon Castel

Lundi 8 octobre 2012 // La France

Ce samedi matin, des salariés de PSA emmenés par le syndicat SIA ont brièvement pénétré dans le Salon de l’automobile, qui ouvrait ses portes, pour sensibiliser les visiteurs à l’avenir du site PSA d’Aulnay. Rien que de plus classique pour n’importe quel syndicat, mais une grande nouveauté pour le Syndicat indépendant de l’automobile.

De fait, la bataille pour la sauvegarde des emplois à Aulnay constitue un baptême du feu pour le SIA qui s’engage dans son premier vrai mouvement social, contre le patronat et aux côtés des autres syndicats de l’usine. Le SIA participe aux actions syndicales depuis la révélation du plan de fermeture du site d’Aulnay en juin 2011. Une participation qui donne un poids certain aux actions des salariés : avec un tiers des voix lors des dernières élections professionnelles, le SIA est le premier syndicat de l’usine d’Aulnay-sous-Bois, devançant de quelques voix son ennemi juré de jadis, la CGT.

Dans l’adversité, des unions parfois contre nature comme celle-ci s’imposent. Le « syndicat maison » de PSA, soutenu de tout temps par la direction et les pouvoirs publics de droite, défile depuis un an aux côtés de l’ouvertement trotskyste CGT d’Aulnay. « On ne peut pas faire autrement que d’être tous unis. Notre intérêt à nous, c’est celui des salariés et cela consiste à garder nos emplois, affirme Tanja Sussest (prononcer “Tania”), la déléguée syndicale SIA de l’usine d’Aulnay. Certes, on n’est pas d’accord sur tout, mais on est d’accord sur l’essentiel : aucun salarié au Pôle emploi.  » « Si l’usine ferme, le SIA disparaît aussi, explique Philippe Julien, délégué CGT de l’usine. Ils ont tout intérêt à aller le plus loin possible. »

Tanja Sussest - 13 septembre 2012
Tanja Sussest - 13 septembre 2012© Simon Castel

Aujourd’hui, malgré l’unité syndicale affichée, un « SIA, CIA », témoin du passé sulfureux du syndicat, échappe parfois encore de la bouche de certains ouvriers. Car le syndicat traîne derrière lui une réputation d’officine jaune, à la botte de la direction. 

Le SIA trouve ces racines après la seconde guerre mondiale. En 1949, la Confédération générale des Syndicats indépendants (SGSI) est créée par des soutiens au général de Gaulle. Elle recycle des anciens communistes déjà reconvertis par le régime de Vichy. Son premier secrétaire est Sulpice Dewez qui avait voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940, avant de retourner sa veste et de rejoindre la résistance. Il a pour adjoints Martin Leymarie, proche de René Belin, ministre du travail de Pétain, et Manuel Bridier, membre du tout jeune RPF. L’objectif à l’époque est déjà fixé : faire barrage au PCF, alors premier parti de France, et à son bras armé dans les entreprises, la CGT. Le SGSI prend ses quartiers à la mairie de Paris et à La Poste.

De scissions en regroupements et dispersions (voir sous l’onglet Prolonger), la CGSI accouche en 1959 de la Confédération française du travail (CFT) dont le secrétariat général tombe entre les mains d’un autre ancien communiste qui s’était lui aussi rallié à Vichy, André Parsal. La nomination, puis l’élection du général de Gaulle au poste de chef de l’État, conforte le syndicat et les fonds publics secrets abondent.

La CFT sert de prête-nom au Service d’action civique (SAC), milice de choc du général de Gaulle créée par Charles Pasqua et Jacques Foccart en 1960, pour s’implanter et casser les grèves dans les entreprises, avec la bénédiction du patronat. Dès la création de l’usine d’Aulnay-sous-Bois en 1973, la CFT s’installe durablement et joue le rôle, dans les ateliers, de mercenaire de la direction. Chez Renault, la CFT n’a jamais pu s’implanter, la résistance de la CGT étant trop forte.

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