L’ascèse du retour

Lundi 28 octobre 2013 // La France

Il y a un an, la nécessité du retour de Sarkozy allait de soi pour l’électorat de droite. Si l’hypothèse de sa candidature à la future présidentielle reste plausible, elle inspire des perplexités et fait renaître des acrimonies. Du coup, la concurrence ne désarme pas et Juppé s’inscrit en filigrane sur la liste des prétendants, aux côtés de Fillon et de Copé. Liste non exhaustive, car Bayrou ressuscite et Borloo piaffe : à tort ou à raison, ils croient apercevoir les prémices d’une embellie.

Pour comprendre cette baisse de régime des ferveurs sarkoziennes, il faut relire l’Ours et l’Amateur des jardins, la fable de La Fontaine. Sarkozy n’a pas été battu par Hollande en 2012 pour s’être fourvoyé sur une ligne politique inappropriée, comme d’aucuns l’ont prétendu. Au contraire, s’il n’avait durci opportunément la fin de sa campagne, il aurait plafonné à 45 %. S’il a perdu, de peu, ce fut certes l’effet de la crise, mais aussi d’un style jugé trop anxiogène par abus d’initiatives brouillonnes, hâtives, mal orchestrées par une "com" dont on voyait trop les ficelles.

Il a trop désacralisé la fonction présidentielle, trop sacrifié à l’éphémère de la société du spectacle. Son vibrionnage a stérilisé une énergie, un brio, un courage même par ailleurs indéniables. En conséquence, la perspective d’un retour en grâce impliquait une longue phase de recul et de silence. Il aurait dû, depuis un an, s’absenter pour de bon, aller rencontrer des savants, des penseurs, des économistes, des religieux, des historiens surtout. Apprendre le temps long, découvrir les ressorts du monde à venir et déceler les attentes profondes du peuple français.

Ainsi se serait-il avisé qu’il fut mal entouré, mal secondé. Au contraire, il n’a eu de cesse de tenir en haleine la classe politique et médiatique. Ses "amis" s’affichent et pérorent, ce qui le dessert, car la bonne troupe de ses fidèles n’a aucune sympathie pour la noria sarkozienne. Des obligés se répandent, propageant les oracles supposés de leur maître. Des factions soi-disant à sa solde grenouillent au sein de l’UMP, aggravant la pagaille et donnant la fâcheuse impression que Sarko l’entretient.

Son gros handicap, ce sont les sarkozystes brevetés d’hier et d’aujourd’hui. Ils ont besoin de lui pour survivre ; lui, il doit les évacuer pour resurgir : l’ingratitude est l’apanage obligé de tout homme d’État. Le Mitterrand vainqueur en 1981 n’était plus celui qui aboyait vainement aux basques de De Gaulle avec des caciques de la IVe. Le Chirac vainqueur en 1995 n’était plus le bretteur incohérent des années Giscard.

Point de come-back sans métamorphose : Elvis Presley l’a démontré en 1968, au terme d’une éclipse qu’on pouvait craindre définitive.

Sarko peut encore s’imposer comme seule alternative à la gauche. Mais pas en sollicitant la claque devant les instances de l’UMP. Pas en secrétant des acidités pour amocher Hollande ou rembarrer Fillon. Pas en s’exhibant dans les stades aux côtés d’émirs cousus d’or. Pas en nous rejouant le Sarko fasciné par les people, entiché de show-biz, intoxiqué par les sondages et impatient de reluire sous les sunlights.

Il n’en faudrait pas beaucoup pour réveiller les animosités viscérales qui l’ont éreinté, pour notre malheur. Il n’en faudrait pas beaucoup non plus pour les éteindre : un vrai mutisme, un vrai examen de conscience, un élagage sans merci des branches mortes du sarkozysme d’antan. Alors ce temps qui semble le harceler deviendrait son allié. On saurait qu’à terme surgirait de l’ombre un Sarko émancipé de ses démons, qui aurait gagné en hauteur et en sobriété sans devenir light pour autant. Un Sarko épuré de ses scories dont on escompterait un scénario politique soigneusement pesé, avec des acteurs inédits et un fond de sauce touillé dans notre mémoire collective, pas dans le cynisme communicant.

La gageure n’a rien d’impossible, tant sont hors norme la vivacité de ses neurones et l’acuité de ses intuitions. Sans compter son charisme de chef de meute et son côté Bonaparte au pont d’Arcole. Mais ces atouts seront inopérants s’il ne remet au préalable tous ses compteurs à zéro. En somme et contrairement aux autres acteurs de notre théâtre politique, son destin ne dépend que de lui.

Répondre à cet article