L’art de la diversion.

C’est un scoop : François Hollande n’est plus socialiste.

Mercredi 5 mars 2014 // La France


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« En économie, c’est l’offre qui crée la demande », a-t-il expliqué lors de ses voeux, devant un parterre de journalistes qui a salué la performance. Rien n’est donc plus urgent que d’aider les entreprises en diminuant le coût du travail. À cet effet, sont prévus 10 milliards d’allégements supplémentaires d’ici 2017, à ajouter aux 20 milliards d’euros du Crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE). Et notre président de promettre 50 milliards de réduction de dépenses publiques jusqu’à la fin du quinquennat ! Avec ses manières ondoyantes, remplaçant des promesses de dépenses par des promesses d’économie, éludant les questions sur sa vie privée., François Hollande a, une nouvelle fois, gagné du temps. Il a aussi, sans doute, rassuré les créanciers.

Chapeau l’artiste ! Mais comment faire accepter ce « tournant social-libéral » ou « social-démocrate » à l’aile gauche de sa majorité qui, par la voix de certains de ses députés, ont dénoncé un « cadeau fait au Medef » ? En lui donnant des gages sur les questions dites « sociétales »... Le « mariage pour tous » avait déjà rempli cette fonction, permettant de resserrer les rangs d’une gauche que les premiers mois d’exercice de son mandat avaient quelque peu clairsemés.

Pour l’heure, il s’agit donc de rassembler une majorité et un électorat divisés sur la politique économique du gouvernement. C’est l’objectif poursuivi par la modification de la loi Veil sur l’IVG inscrite dans le projet de loi « pour l’égalité femmes-hommes » porté par le ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-ben-Belkacem. Adopté par le Sénat en septembre dernier, il a été voté à l’Assemblée nationale.

Outre un « délit d’entrave », qui justifierait de sanctionner de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende « le fait d’empêcher ou de tenter d’empêcher de pratiquer ou de s’informer sur une interruption volontaire de grossesse ou les actes préalables », le texte prévoit qu’une femme puisse demander une IVG si elle « ne veut pas poursuivre une grossesse » et non plus parce que « son état la place dans une situation de détresse ». Le changement de sémantique n’est pas neutre. Dans un pays où, chaque année, plus de 200 000 avortements sont pratiqués, il s’agit de transformer « l’exception à l’avortement », dépénalisé +fin 1975, en véritable « droit à l’avortement », garantissant la liberté dont disposerait toute femme de mettre fin à sa grossesse. À rebours de la nouvelle politique en train de s’ébaucher en Europe, où plusieurs pays ont discuté, voire adopté, de nouvelles lois améliorant la protection de la vie humaine, c’est un pas supplémentaire vers la banalisation de l’IVG que met en place le gouvernement socialiste. Le but ? « Cliver » la société à deux mois des municipales afin de remobiliser son électorat.

Est-ce un hasard du calendrier si le projet de loi a été voté à l’Assemblée au moment même où la « marche pour la vie » rassemblait plusieurs dizaines de milliers de personnes à Paris ?

Certains, à droite, ont compris le piège. Sur son blog, François Fillon a ainsi accusé le gouvernement de commettre une « faute morale, car il risque de banaliser l’avortement qui, selon les termes de Simone Veil, devait rester l’exception, et une faute politique, car il prend le risque de diviser, une fois encore, les Français. »

Aujourd’hui l’avortement, demain la loi Leonetti sur l’euthanasie, pourtant adoptée à l’unanimité en 2005, la stratégie du pouvoir est limpide : faire diversion en divisant sur les questions sociétales. Combien de temps dureront ces manoeuvres ?

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